Le nom de Sodalitium est bien connu de nos lecteurs et amis mais peu connaissent vraiment l’esprit du Sodalitium Pianum (ou Sapinière, cf. à ce propos le n° 60 de Sodalitium), d’où l’utilité de publier ici un commentaire du Programme du Sodalitium Pianum qui est aussi le Programme de tous les Catholiques Romains intégraux, c’est-à-dire de tout catholique digne de ce nom.
Ce commentaire est extrait de la revue française des catholiques intégraux La Vigie (1912-1914), qui dépendait du Sodalitium Pianum : son directeur (Henri Merlier) et son secrétaire général (M. l’abbé Paul Boulin sous le nom de plume de Roger Duguet) étaient membres de cette association. L’auteur en est probablement Mgr Benigni lui-même, en tant que ce commentaire a été publié la première fois dans les Cahiers Romains, revue qui prend le relais de la Correspondance de Rome et qui était publié par l’A.I.R. (Agence internationale « Roma »).
Voici tout d’abord le texte même des 5 premiers articles du Programme (sur notre site vous pouvez le consulter en entier) :
1 – Nous sommes des Catholiques-Romains intégraux. Comme ce mot l’indique, le Catholique-Romain intégral accepte intégralement la doctrine, la discipline, les directions du Saint-Siège et toutes leurs conséquences légitimes pour l’individu et pour la société. Il est « papiste », clérical, antimoderniste, antilibéral, antisectaire. Donc il est intégralement contre-révolutionnaire, parce qu’il est l’adversaire non seulement de la Révolution jacobine et du radicalisme sectaire, mais également du libéralisme religieux et social. Il reste absolument entendu qu’en disant « Catholique-Romain intégral » on n’entend point modifier d’une façon quelconque le titre authentique et glorieux de « Catholique-Romain ». Le mot « intégral » signifie seulement « intégralement Catholique-Romain », c’est-à-dire pleinement et simplement Catholique-Romain sans les additions ou les restrictions correspondant (même en dehors de l’intention de ceux qui les emploient) tant aux expressions de « catholique libéral », « catholique social » et de toute autre semblable, qu’au fait de ceux qui tendent à restreindre en théorie ou en pratique l’application des droits de l’Église et des devoirs du catholique dans la vie religieuse et sociale.
2 – Nous luttons pour le principe et pour le fait de l’Autorité, de la Tradition, de l’Ordre religieux et social dans le sens catholique de ces mots et dans ses déductions logiques.
3 – Nous considérons comme des plaies dans le corps humain de l’Église, l’esprit et le fait du libéralisme et du démocratisme soi-disant catholiques, aussi bien que du modernisme intellectuel et pratique, radical ou modéré, avec leurs conséquences.
4 – Dans le cas pratique de la discipline catholique, nous vénérons et suivons les Évêques placés par le Saint-Esprit pour gouverner l’Église de Dieu sous la direction et le contrôle du Vicaire de Jésus-Christ, avec lequel nous voulons être toujours, avant et malgré tout.
5 – La nature de l’Église catholique nous enseigne, et son histoire nous le confirme, que le Saint-Siège est le centre vital du catholicisme ; pour cela même, à un certain point de vue et surtout à raison de certaines circonstances, l’attitude momentanée du Saint-Siège est aussi la résultante de la situation religieuse et sociale. Ainsi nous comprenons pleinement que Rome puisse quelquefois se taire et attendre, à cause de la situation elle-même, telle qu’elle se présente à ce moment-là. En de tels cas nous nous garderons bien d’en prendre prétexte pour rester inactifs devant les dommages et les dangers de la situation. Dès que, dans chaque cas, nous avons compris et contrôlé d’une façon sûre la réalité des choses, nous agissons de la meilleure manière possible pour parer à ces dommages et à ces dangers, toujours et partout selon la volonté et le désir du Pape.
NOTES
au programme des catholiques romains intégraux
Articles 1, 2 et 3
Le seul qui ait le droit de s’appeler « catholique » tout court, c’est le catholique romain intégral, car c’est lui seul qui appartient vraiment et pleinement à la vraie unique Église catholique, celle du Pape.
Ce fait n’empêche pas qu’il soit opportun et même nécessaire de préciser notre vrai et unique catholicisme par des mots qui rendent impossibles les équivoques. Ainsi, en face du schisme oriental qui prétend s’appeler « orthodoxe catholique », ou des « vieux catholiques » d’hier ou des « catholiques anglicans » d’aujourd’hui, nous employons pour nous une désignation que l’Église a fixée : celle de catholiques Romains.
« Catholique » désigne la circonférence qui englobe toute la terre ; « Romain » indique le centre qui anime et régit tout le cercle.
Mais depuis quelque temps, surtout depuis le Concile du Vatican, un état d’âme qui flottait déjà dans certains milieux catholiques, a pris forme et consistance, se prononce, s’organise.
C’est le « minimisme » religieux, catholique, romain. Même des catholiques de bonne foi ont cru et croient que, vu les difficultés de notre temps, etc., il est dans l’intérêt de la religion en général et de l’Église en particulier, de dissimuler le plus possible le côté religieux dans la vie publique, sociale, des catholiques. D’autres pensent et agissent pis encore. D’où ce « minimisme » cher à des catholiques libéraux, sociaux, etc., à tous les catholiques « modernes », qui ne veulent pas être appelés modernistes, mais qui préféreraient ce titre, en tout cas, à celui d’anti-libéraux.
Le moins possible de religion dans les choses sociales, le moins possible de catholicisme dans les choses religieuses, le moins possible de romanisme dans les choses catholiques : c’est la « tactique » de cette coalition d’éléments disparates où le naïf emballé de libéralisme et de démocratisme côtoie le fourbe qui ne sort pas de l’Église pour la « travailler » mieux au dedans.
Eh bien ! devant ce minimisme, devant ces atténuations et ces compromis, nous nous déclarons catholiques Romains intégraux.
« Intégral » c’est le mot classique qui désigne un texte intact où rien n’a été ni ajouté, ni retranché, ni changé. Nec plus, nec minus, nec aliter. Tel est le Catholique Romain intégral, ou Catholique intégralement Romain.
Ce titre a été choisi par la force même des circonstances ; il a déjà fait du chemin, il en fera encore, parce qu’il répond exactement à la réalité de la chose indiquée par lui, et, de l’autre côté, au besoin urgent de préciser cette réalité.
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Le Catholique romain intégral veut l’ordre religieux et social, tel que la doctrine et la tradition catholique romaine l’ont entendu et pratiqué.
Cet ordre, le seul vrai, n’est pas l’antithèse de la liberté, comme le vieux préjugé des « partis de l’ordre » et des « partis de la liberté » semble le croire. Non, l’ordre vrai et complet dont nous parlons, est l’harmonie de l’autorité comme base solide, et de la liberté comme ressort. Il n’y a pas de vraie liberté en dehors du vrai ordre. Sans elle il n’y a que le désordre : la tyrannie autocratique ou oligarchique ou démocratique, absolutiste ou parlementaire, appelée parfois autorité et parfois liberté, mais toujours tyrannie et désordre.
Le C. R. I. est l’ennemi déclaré de la Révolution, de ses principes et de ses conséquences, y compris le libéralisme, même atténué, même à étiquette catholique ; car entre autres choses, le libéral met l’individualisme et sa liberté comme base sociale ; cet individualisme et cette liberté-base qui est l’évangile de la Révolution depuis le Contrat social de Rousseau et les « immortels principes » de 1789 jusqu’aux doctrines libertaires de l’anarchisme contemporain.
C’est pour cela que le C. R. I. est intégralement contre-révolutionnaire, donc aussi antilibéral. Il sait que tout se tient dans la doctrine et dans la vie de l’ordre comme dans celle du désordre ; et que, par conséquent, toute amorce qu’on donne à l’une des deux doctrines tirera tout le reste avec elle. Le catholique libéral ou le démo-chrétien le plus modéré a en lui la « semence de sénevé » de la Révolution.
L’ordre dont nous parlons est l’évolution saine et logique de la tradition qui est à son tour l’héritage de l’ordre. La tradition n’empêche pas le vrai et bon progrès, tout au contraire. Le vrai et bon progrès n’est pas fait de soubresauts ou de contre-coups, il est le progrès naturel de la plante qui se développe sans rien changer de sa nature, et se tenant et se nourrissant toujours par ses racines. Comme il n’y a de vraie liberté que dans l’ordre, ainsi il n’y a de vrai progrès que dans la tradition.
Articles 4 et 5
Le C. R. I. reconnaît intégralement l’autorité de la hiérarchie ecclésiastique : le Pape et l’Épiscopat. Sur ce terrain aussi, des naïfs et des fourbes se sont donné la main pour créer des équivoques et des dissensions qu’il est urgent d’écarter. Il s’agit de cet « épiscopalisme » que de vénérables prélats se sont fait un honneur de dénoncer eux les premiers.
Nous avons assisté à des tentatives caractéristiques de se barricader derrière l’Épiscopat pour résister au Pape. « Nous sommes avec nos évêques », tonnent certains catholiques, quand ils savent que leurs évêques sont avec eux. Dans le cas contraire, ils savent dire, comme à ce fameux congrès syndicaliste : « Nous dirons aux évêques, Messieurs, arrêtez-vous, ça ne vous regarde pas. »
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Il faut faire attention à une équivoque dans laquelle tombent beaucoup de bons catholiques abusés par une comparaison outrée.
On dit : les fidèles sont des soldats, les évêques sont des capitaines, le Pape est le général en chef ; donc moi, simple soldat, je ferai ce que mon capitaine-évêque me dira ; il fera à son tour ce que le général-pape lui ordonnera : chacun à sa place.
Cette comparaison militaire ne doit pas être poussée trop loin, si elle ne veut devenir tout à fait fausse. Le soldat doit obéir aveuglément à son lieutenant, celui-ci à son colonel, etc. Il ne manquerait que ceci, à savoir que sur le champ de manœuvres ou de bataille, à un ordre de son lieutenant, le soldat dise : voyons, mon lieutenant, êtes-vous sûr que Monsieur le général vous ait dit de m’ordonner cela ?…
Le Pape est beaucoup plus et beaucoup mieux que le général de la comparaison captieuse. Quand le Pape parle au monde catholique, c’est le monde catholique tout entier qui l’entend. Sans doute la hiérarchie est là pour gouverner les églises locales. Pas de question sur le droit épiscopal, ordinaire ou extraordinaire, reconnu ou accordé par le droit canon, sauf le droit de tout fidèle à l’appel à Rome dans les circonstances et dans les formes requises.
Mais, quand le Pape parle publiquement et d’autorité, il parle au monde entier. Le fidèle apprend sa parole souveraine et il s’empresse de s’y conformer selon le cas.
Par exemple, les Acta Apostolicae Sedis, bulletin officiel du Saint-Siège, publient une disposition pontificale qui laisse à chaque évêque le soin de l’application dans son diocèse si bon lui semble. Il vous semble que ce serait bien de l’appliquer dans votre diocèse ; votre évêque est de l’avis contraire. Évidemment vous n’avez rien à faire sinon à vous soumettre à la décision de votre ordinaire.
(Cahiers Romains.)
(À suivre.)