Méditation composée par Mgr Paolo Rota, originairement destinée à l’usage des Dames de l’Action Catholique Italienne, adapte à tous.
La Visitation
Préparation : Avec Marie, adorez Jésus vivant en vous et implorez la générosité de le porter, même au prix de sacrifices, à d’autres âmes.
Premier point. – Marie sortit de sa maison et alla chez Elisabeth. – L’Ange avait dit à la Vierge qu’Elisabeth était devenue mère. Peut-être avait-il ajouté que son fils serait le précurseur de Jésus. Marie, poussée par la charité et aussi par l’inspiration divine, alla en toute hâte chez sa cousine pour se réjouir avec elle et lui prêter son aide. Ce Jésus qu’Elle portait dans son sein, désirait porter la grâce à Jean et l’allégresse à Elisabeth. Ainsi Marie devient-elle la manifestation extérieure de Jésus. L’humilité et l’effacement ne l’empêchent pas d’exercer la charité en dehors de son foyer. Quand le feu de l’amour divin brûle dans un coeur, il fait tout surmonter.
Pourquoi ne suis-je pas prête à seconder les bonnes inspirations quand elles côutent des sacrifices ?… Je le sais, Seigneur, votre zèle me manque : je suis languissante et à cause de cela je trouve des difficultés partout. Vous, ô Jésus, Vous vous donnez à moi si souvent et avec tant de générosité afin que je Vous amène à beaucoup d’autres âmes qui ne vous connaissent pas ; et moi je reste renfermée dans mon égoïsme, sans réfléchir qu’il y a des âmes qui ont besoin de mon secours. Vous-même, ô Jésus, Vous voulez avoir besoin de moi pour parvenir à beaucoup de vos créatures. Mais laisser la compagnie des personnes chères, mes habitudes, mes commodités, tout cela me semble un renoncement impossible. Les méchants font des sacrifices de toutes sortes pour Vous arracher aux âmes, semer l’erreur et le vice, et ainsi donner la mort éternelle. Me laisserai-je vaincre par eux en générosité ? Si je n’ai pas le désir de Vous donner, quitte à souffrir, ô Jésus, cela dépend peut-être de l’insuffisance de vie spirituelle dans mon âme. Jésus n’est pas vivant et agissant dans mon cœur.
Donnez-moi votre amour, ô Jésus, et moi aussi je me hâterai comme la Vierge Marie pour vous annoncer à mes proches.
Deuxième point. – La Vierge apporte la joie et la grâce dans la maison d’Elisabeth et tous ressentent qu’Elle est l’instrument de la miséricorde de Dieu. Elle est le lys immaculé qui porte le parfum céleste du Verbe incarné ; elle est la rose de toutes les vertus : créature nouvelle qui, comme l’aurore, annonce le Soleil divin.
Combien de bien, ô Seigneur, je pourrais faire à mon prochain, parmi les miens et au-delà, si je Vous avais vivant en moi. Mais je suis encore pleine de moi-même, de mon amour propre, de mon caractère difficile, de ma mauvaise humeur. Que puis-je donner aux autres sinon les misères qui remplissent mon cœur ? Si votre domination était plus forte dans mon âme, et si je vous laissais la liberté d’inspirer et de conduire mes actions, tous mes proches en retireraient joie et édification. Mais je ne sais pas me décider à me perdre moi-même pour Vous gagner : je conserve mes petitesses, mes malignités, mes tristesses, moi qui devrais être porteuse de sainte joie.
Ô Jésus, habitez en moi : venez prendre possession de tout moi-même, détruisez mes vices par votre grâce et remplissez-moi de vos vertus.
Je ne sais pas me décider à me renoncer généreusement ; et jusqu’à ce que je me vide de moi-même, Vous ne pourrez pas me remplir de Vous. C’est probablement pour cela que je ne rayonne pas votre bonté autour de moi.
Troisième point. – Marie salua Elisabeth. – Marie est la première qui va au devant d’Élisabeth et la première à saluer. En tant que Mère de Dieu, mise au-dessus de toute créature, Elle pouvait se juger dispensée de cet abaissement. Mais l’amour est humble et honore le prochain. Marie est persuadée de n’être rien d’autre que la servante du Seigneur.
Il serait bien plus facile que les autres viennent à moi pour recevoir du bien de moi. Dieu par contre veut que l’amour se fasse petit et s’abaisse devant les autres. Il m’a précédé par son exemple. Il est descendu du Ciel pour venir me parler, me donner le pardon de mes péchés, pour m’enseigner la voie qui conduit au Paradis, pour prendre sur ses épaules ma croix et souffrir ce que je n’aurais jamais été capable de souffrir.
Et moi, ô Jésus, je me demande s’il est nécessaire que je m’adresse aux petites gens et aux personnes de condition sociale plus modeste que la mienne : s’il faut que ce soit à moi de saluer en premier, à moi d’adresser la parole. J’en arrive même à accuser de dureté, de méchanceté ou d’incompréhension les âmes auxquelles Vous m’envoyez, tandis que j’attends tranquillement parmis mes aises quotidiennes. Vous m’offrez le pardon avant que je Vous le demande, et cela, un nombre infini de fois ; tandis que moi, je ne voudrais pas m’abaisser vers ceux qui m’ont fait quelque tort. Avec de tels sentiments, comment pourrais-je être votre disciple et votre apôtre ?
Á présent, n’y a-t-il pas quelque personne envers laquelle je ne veuille pas faire le premier geste ?
Ô Jésus, accordez-moi la grâce d’une profonde humilité qui me rende affable et généreuse avec mon prochain.
Résolution. – Je dirai quelques mots ou ferai quelques œuvres agréables au cœur de mon prochain. Quels mots ? Quelles œuvres ?
