
La Vierge du Carmel et les Saints :
Simon Stock (debout), Ange de Jérusalem (à genoux), Marie-Madeleine de Pazzi et Thérèse d’Avila.
Simon Stock, né à Kent, en Angleterre, se retira dès l’âge de 12 ans dans la solitude où il vécut dans le creux d’un chêne, tout adonné à la contemplation et à la pénitence la plus austère. Il y avait 20 ans qu’il servait ainsi le Seigneur, lorsqu’il fut averti intérieurement d’entrer dans l’Ordre du Carmel, alors florissant. Il s’y rendit tellement illustre par sa science et sa piété, qu’il fut élu Prieur Général après la mort d’Alain le Breton. Dieu fit éclater la sainteté de ce religieux par plusieurs miracles : entre autres, il changea l’eau en vin pour le sacrifice de la messe et rendit à la vie des poissons qu’on avait apprêtés et qu’on lui avait servis pour le faire manquer au jeûne. Le bienheureux Simon, très dévot à la Sainte Vierge, la conjurait sans cesse de lui donner un signe par lequel il put connaître qu’elle voulait bien prendre soin de son Ordre. Marie répondit à sa prière en lui apparaissant, en l’an 1251, entourée d’une légion d’anges, avec le scapulaire de l’Ordre en mains : “Reçois, mon cher fils, dit-elle à son serviteur, ce scapulaire de ton Ordre comme le signe distinctif de ma confrérie et la marque du privilège que j’ai obtenu pour toi et les enfants du Carmel. Celui qui mourra revêtu de cet habit ne souffrira jamais des feux éternels. C’est un signe de salut et le gage d’une paix et d’une protection spéciale jusqu’à la fin des siècles”.
Une lettre du bienheureux Simon et la bulle du pape Jean XXII prouvent l’authenticité de cette royale et maternelle faveur de la Reine du Carmel qui donna naissance à la célèbre confrérie de Notre-Dame du Mont-Carmel, enrichie de si nombreuses indulgences. Simon mourut à Bordeaux le 16 mai 1265 dans la centième année de son âge. On l’enterra dans la cathédrale et il fut bientôt honoré parmi les saints.
De tous les privilèges attachés au scapulaire de Notre-Dame du Mont-Carmel, le plus grand est, sans contredit, cette promesse admirable : “Quiconque meurt revêtu de ce scapulaire n’ira pas eu enfer”. Cette promesse, comme tout ce qui contribue efficacement au salut des hommes, excita la haine de l’enfer et l’on vit bientôt surgir de toutes parts, même du sein de l’Église, une foule d’objections spécieuses contre elle. Quelques-uns en nièrent l’existence, d’autres y virent une contradiction directe avec l’enseignement divin ; elle fut si combattue, si mal interprétée, qu’il semble de mise d’en donner quelque explication.
Dans la Sainte Écriture, Dieu promet parfois le salut éternel à certaines pratiques, comme l’aumône. Bien qu’elles aident à obtenir le ciel, cependant elles ne suffisent pas à sauver l’homme s’il n’emploie en même temps les autres moyens nécessaires au salut. Pourtant, la promesse est absolue et sans restriction. Ainsi, on lit au livre de Tobie : “L’aumône délivre de tout péché et de la mort éternelle” ; dans S. Luc : “Donnez l’aumône, et toutes choses seront pures pour vous, et Dieu vous remettra vos péchés”. Mais chaque fois qu’une vérité générale est ainsi énoncée, elle doit toujours s’appliquer à son objet considéré dans son état naturel. Or la condition naturelle de l’homme en rapport avec Dieu, c’est l’état de grâce et l’accomplissement de la loi divine. Ainsi entendues ces pratiques fortifient l’âme, l’unissent davantage à Dieu, et dans l’ordre ordinaire des choses, assurent le salut de celui qui s’y attache. C’est dans ce sens qu’il faut entendre pareilles promesses de l’Esprit-Saint. Fréquemment aussi, la sainte Écriture attribue à certains moyens la force de justifier une âme, de la rendre bienheureuse même, mais cette âme ne doit pas y mettre obstacle et doit accompagner ces moyens des conditions requises : la foi, l’état de grâce, par exemple. Notre-Seigneur ne dit-il pas: “Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle” ? Évidemment, ces paroles ne s’entendent que de la communion bien faite, car dans l’ordre établi par Dieu, la communion doit être la nourriture de l’âme vivante par la grâce sanctifiante.
On l’entrevoit, la promesse de la Vierge à Simon Stock s’accorde avec l’enseignement divin. Elle en est comme une déduction naturelle. Notre-Seigneur dit : “Je suis la vie. Ma chair est vraiment une nourriture. Celui qui mange ma chair a la vie éternelle”. Sa sainte Mère ajoute : “Mon divin Fils vous nourrit, vous donne la vie, et moi, votre Mère, je vous protège en vous revêtant d’un habit céleste. Celui qui mourra avec cet habit n’ira pas en enfer”. N’est-il pas naturel que Marie, après avoir contribué à la rédemption du genre humain, contribue encore à son salut ? La sainte Vierge ne dit pas : “Celui qui porte le Scapulaire du Mont-Carmel sera par là même et par cela seul, préservé de l’enfer sans qu’il ait besoin de faire autre chose”. Non, à l’exemple de son Fils, elle suppose l’enseignement divin connu de ses enfants. Voilà pourquoi elle n’en fait aucunement mention. C’était d’ailleurs si bien là le sens que Simon Stock donnait aux promesses de la Vierge, qu’après avoir relaté sa vision à ses religieux, il ajoutait : “Mes frères, en conservant cette parole en votre cœur, ayez soin d’assurer votre vocation par de bonnes œuvres. Ne vous laissez jamais aller à la négligence ; sans relâche, veillez sur vous-mêmes et témoignez votre reconnaissance pour une si grande miséricorde. Priez aussi sans cesse afin que la parole qui m’a été adressée s’accomplisse pour la gloire de la très sainte Trinité, du Père de Jésus-Christ, du Saint-Esprit et de Marie la Vierge éternellement bénie”.
Cette promesse relative au scapulaire n’est pas autre chose qu’une conséquence du pouvoir tout-à-fait exceptionnel dont Notre-Seigneur a investi sa sainte Mère, car il ne faut pas oublier que, par un décret éternel, Dieu a résolu d’associer Marie à l’œuvre de la Rédemption. Sans doute Jésus seul est médiateur nécessaire ; mais Marie a reçu un rôle spécial qu’aucune autre créature ne peut remplir. Dieu a voulu que la fleur ne sortît de Jessé que par l’intermédiaire de la tige ; et la tige et la fleur n’ont jamais été séparées, si bien qu’en associant Marie au principe de la Rédemption, il a voulu nous faire entendre qu’elle occupera toujours un rang unique dans la distribution de toutes les grâces qu’il accordera aux hommes. Aussi, de toutes les prières que nous faisons, de toutes les grâces que nous recevons, pas une n’est soustraite à sa coopération. “Personne ne participe au sang de Jésus que par l’intercession de sa divine Mère”, dit le P. Contenson. L’erreur de beaucoup de chrétiens, ce qui fait leur difficulté à réaliser la puissance de Marie et à admettre sa promesse admirable du scapulaire, c’est qu’ils séparent l’action de Marie de celle de Jésus. Ils ne supposent ni assez étroite, ni assez constante l’union de ces volontés inséparables. Tout ce que Marie demande, tout ce qu’elle promet, elle l’a obtenu d’avance de son Fils. Quand la Vierge promet le ciel à quiconque meurt avec le scapulaire du Carmel, sa promesse est l’effet de son intercession déjà exaucée. C’est Marie qui parle, mais c’est Jésus qui l’inspire ou plutôt elle n’est que l’écho fidèle de son Fils.
Source: E. Laporte, Notre-Dame du Mont-Carmel.