Le pape du concile – 2ème partie

(Extrait de la revue Sodalitium n. 23 de décembre 1990 pp. 9 sqq.)

Par M. l’Abbé Francesco Ricossa

Dans la première partie nous avons suivi ensemble les étapes principales de la vie d’Angelo Giuseppe Roncalli, depuis la naissance (1881) jusqu’à 1914, année fondamentale à beaucoup d’égards : au mois d’août éclate la première guerre mondiale, meurt Saint Pie X, le grand adversaire des modernistes, et meurt aussi l’Évêque de Bergame, modernisant, dont Roncalli est le secrétaire et disciple.

Un soldat blessé à la guerre

Don Roncalli aussi fut appelé sous les drapeaux le 23 mai 1915, et affecté au service de santé à Bergame ; il quitta l’armée « le 10 décembre 1918, bien que les papiers officiels le déclarant libéré des obligations militaires datent du 28 février et du 15 mars 1919 » (1). De la « grande guerre » (1915-18) don Roncalli sortit indemne. Il n’en fut pas ainsi d’une autre « guerre », non matérielle mais spirituelle : celle que Saint Pie X fit à l’hérésie moderniste tout au long de son pontificat, de 1903 à 1914. Dans cette « guerre » contre le modernisme et les modernistes (le Pape savait bien que les erreurs n’existeraient pas s’il n’y avait pas d’errants pour les professer), Roncalli fut appréhendé par le Cardinal De Lai qui commença, précisément en juin 1914, à suspecter l’orthodoxie du futur Jean XXIII, à tel point que ce dernier « peut faire penser à un soldat qui, sorti indemne d’une guerre longue et ardue, manque d’être blessé à la veille de l’armistice. La tempête du modernisme est en effet tombée. Elle prend fin avec la mort de Pie X » (2) en août, précisément, de la même année. Le successeur, Benoît XV, condamna certes le modernisme mais ne continua pas la poursuite des modernistes ; il ne resta rien d’autre au zélé cardinal De Lai, qu’à remettre le « dossier Roncalli » dans un tiroir des archives vaticanes…

Le modernisme hier et aujourd’hui

Pour le lecteur qui ne serait pas très au fait de l’Histoire de l’Église, je rapporte ce que dit une encyclopédie quelconque (et tout à fait « laïque ») sur le modernisme : « Mouvement de réforme se développant à la fin du XIXème siècle et au début du XXème, ayant comme objectif la conciliation du christianisme avec la pensée moderne (3). Il fut condamné par l’Encyclique Pascendi de Pie X (1907) et combattu par l’intégrisme catholique (4). Les thèmes essentiels du modernisme furent l’analyse critico-philologique de la Bible et l’étude de la théologie s’inspirant de la philosophie moderne (idéalisme, néo-kantisme, irrationalisme) et de la méthode d’immanence de M. Blondel. Représentants de premier plan : A. Loisy, L. Laberthonnière, E. Le Roy (dont le maître était le philosophe Bergson et son œuvre, « l’Evolution Créatrice » (écrite en 1907, n.d.a.) en France ; G. Tyrrel en Angleterre ; E. Buonaiuti et R. Murri (« père » de la Démocratie Chrétienne, n.d.a.) en Italie » (5).
Hormis Laberthonnière (qui a cependant peuplé l’index des livres prohibés avec toutes ses œuvres), tous furent excommuniés et il suffit de lire l’Encyclique Pascendi pour se convaincre que le modernisme fut vraiment « le rassemblement de toutes les hérésies », avec la circonstance aggravante de la trahison : « Les artisans d’erreurs – écrit le Pape – il n’y a pas à les chercher aujourd’hui parmi les ennemis déclarés. Ils se cachent, et c’est un sujet d’appréhension et d’angoisse très vives, dans le sein même et au cœur de l’Église, d’autant plus redoutables qu’ils le sont moins ouvertement» (6).
Certains, démasqués par S. Pie X, furent expulsés même visiblement des « veines mêmes et des entrailles » (6) de l’Église où ils se cachaient ; d’autres, plus dissimulés ou encore plus hypocrites, y restèrent cachés attendant leur heure.
Selon Giulio Andreotti, l’erreur de Buonaiuti, ami de Roncalli et d’un parent d’Andreotti lui-même, Don Belvederi, FUT DE N’AVOIR PAS SU ATTENDRE L’EVOLUTION DU TEMPS (Le Concile Vatican II), EN ROMPANT COMME IL LE FIT AVEC L’ÉGLISE. Roncalli, par contre, qui de Buonaiuti « avait appris beaucoup de choses », resta dans l’Église pour préparer « l’évolution des temps » (7).
« De l’Église du Syllabus ( l’Église catholique, n.d.a.) à l’Église de Vatican II – écrit Émile Poulat – UNE TRANSFORMATION CONSIDERABLE a travaillé le catholicisme ; et comme elle s’est ouverte avec le Concile, elle s’accélère sous nos yeux. Certains s’en réjouissent, d’autres s’en effraient MAIS PERSONNE, MAINTENANT, NE LE CONTESTE PLUS » (8).
Encore très récemment l’Osservatore Romano lui-même, par exemple, rappelant le souvenir du Cardinal Bevilacqua, ami intime de Montini, préparateur du Concile, de la réforme liturgique et de la liberté religieuse, n’a pas honte d’écrire que « parmi les sources de pensée de l’inoubliable Oratorien il faut placer en premier lieu Bergson »… « un grand homme en lequel Bevilacqua s’est pleinement reconnu » (9) (Le Roy a eu le même sort avec Jean Paul II) (10).
Dommage (pour eux) que l’Église ne soit pas d’accord : « La doctrine bergsonienne de la foi religieuse et du dogme est en net contraste avec l’enseignement de l’Église catholique (V. Immanentisme). Certaines des œuvres principales du philosophe (Essai… L’Évolution créatrice, Matière et mémoire) FURENT MISES A L’INDEX » (11).
Retournant à mon sujet de la vie de Roncalli (que l’on semblerait avoir abandonné) avant de poursuivre, je me dois de parler de ses vicissitudes au temps du modernisme. Seulement alors nous pourrons comprendre ce qu’est « LE PAPE DE L’AGGIORNAMENTO » qui nous a valu l’actuel triomphe du modernisme (12).

Roncalli suspect de modernisme

La Bibliotheca Sanctorum résumant la situation du « serviteur de Dieu Jean XXIII » en 1914, écrit de lui : « injustement soupçonné de modernisme » (13).
Soupçons, donc, il y eut. J’entends ici démontrer qu’ils ne furent pas injustifiés : c’est le but de cet article. Et je chercherai à le prouver en faisant remarquer que :

  1. étaient modernistes ou modernisants () ses « modèles » dans le sacerdoce ;
  2. était suspect le diocèse de Bergame ;
  3. était suspecte son animosité contre les antimodernistes. Trois exemples:
    1. Scotton,
    2. Mattiussi,
    3. S. Pie X.
  4. il était suspect comme historien et professeur d’histoire ecclésiastique ;
  5. sont suspectes, pour ses admirateurs eux-mêmes, ses déclarations d’antimodernisme ;
  6. enfin, et cela confirme tous les soupçons, il y a l’activité subséquente de Roncalli, spécialement après l’élection au Pontificat. C’est l’argument des prochains articles.
Modèles suspects

Cet argument a été développé dans la première partie (15); les amis de Roncalli, ses modèles figurent tous parmi les modernisants, sinon parmi les modernistes : Buonaiuti, Sangnier, Radini Tedeschi, Ferrari, Bonomelli, Mercier (16)…
Dans les années qui vont de 1903 à 1914 (pontificat de S.Pie X), Roncalli est un très jeune prêtre (à partir de 1904) ; ne nous attendons donc pas de sa part à des actions de premier plan, particulièrement importantes, comme le sont celles d’un homme mûr et de rang élevé, mais cherchons l’esprit du futur « bon Pape » dans ses modèles de jeunesse sacerdotale.

Diocèse suspect

Don Roncalli fut le secrétaire et le disciple de l’Évêque de Bergame. Quelle renommée avait le diocèse ? Nous l’avons déjà vu (Sodalitium n° 22, pp. 16 et 17).
Deux visites apostoliques (juin 1908 et juin 1911) convainquent l’Évêque d’avoir perdu l’estime de Saint Pie X et d’être suspect. Don Giuseppe Moioli, professeur d’Écriture Sainte (Nouveau Testament) au séminaire, est démis de ses fonctions (17).
Le prédécesseur de Roncalli à la chaire d’Histoire Ecclésiastique, don Angelo Pedrinelli, lui aussi ancien élève du Séminaire Romain, eut la même fin, « victime du climat intellectuel de droite (ou tout simplement catholique ! n.d.a.) qui caractérise la fin du pontificat de Pie X » (18).
Bergame était, en 1906, l’une des cités italiennes les plus influencées par les écrits du moderniste Loisy (19) et du modernisant Duchesne, au point de faire dire à S. Pie X que dans le clergé bergamasque il y avait «quantité de bois mort et l’HISTOIRE de Duchesne n’a été aussi largement diffusée et appréciée dans aucun autre diocèse » (20).
Heureusement, tout le clergé bergamasque n’était pas ainsi ! Sa partie saine était précisément celle qui informait le Saint Siège de l’avance du modernisme dans ce diocèse sous l’autorité de Radini, par exemple le chanoine don Giovanni Mazzoleni, ami du Cardinal De Lai (21).
Le climat de fronde contre S. Pie X est ainsi dénoncé par don Mazzoleni (et pernicieusement résumé par Hebblethwaite) : « Les prêtres lisaient des journaux de « tendance moderniste ». Il (Mazzoleni) avait entendu des remarques déloyales comme : « La « Question Romaine » est définitivement dépassée ». « Le Vatican ne fait qu’avancer en trébuchant, sans savoir ce qu’il fait », et « Un autre pape n’agirait pas de la sorte » (Disquisitio p. 172)… Il rapporte aussi que certains cherchent à excuser Pie X en insinuant que ses conseillers agissent sans qu’il engage son autorité : « Tout est de la faute de Merry del Val », fait-on remarquer le plus communément, mais De Lai, le cardinal Vives y Tuto ou les « Jésuites » sont aussi souvent évoqués à titre de boucs émissaires (ibid.) » (21).
Voilà donc ce qu’était l’esprit dans le séminaire où enseignait Roncalli : une hostilité diffuse à S. Pie X, qui nous permet de passer au troisième élément suspect.

Animosité suspecte

Le « bon Pape », toute douceur envers les errants, ne l’était pas par contre envers les plus zélés défenseurs de l’orthodoxie. Et ceci, dès sa jeunesse sacerdotale.
Encore séminariste il se heurtait régulièrement au curé de Sotto il Monte, don Ignazio Valsecchi, que les éditeurs du journal spirituel de Jean XXIII décrivent comme un « prêtre simple et modeste, mais batailleur » qui « eut de la préférence pour les catholiques intransigeants qui soutenaient des positions radicales dans l’œuvre des congrès. Le clerc Roncalli ne devait pas se trouver à son aise…» (22).Absolument pas ! « Pas possible ! – écrivait notre Roncalli le 27 juillet 1898 – je ne veux jamais accepter de me taire, avec ce curé béni…» (22).
Devenu prêtre et secrétaire de l’Évêque, ses antipathies « libérales » visèrent un peu plus haut. J’en donne trois exemples.

Les frères Scotton.

Les prélats Jacopo, Andréa et Gottardo Scotton, de Breganze, dirigeaient le périodique intégralement catholique La Riscossa, qui était comme le journal officiel de la ligne Pro Pontifice et Ecclesia (23). Leur journal est encouragé ouvertement par S. Pie X. « Leur fière devise est FRANGAR, NON FLECTAR – se laisser briser plutôt que de fléchir sous les vents du changement. Don Roncalli récuse cette attitude et change la devise en FLECTAR, NON FRANGAR, (Je plie, mais je ne romps pas) » (24). Petit, cet épisode, mais combien significatif des tendances d’un homme !

Le Père Mattiussi.

Le Père Guido Mattiussi, Jésuite (1852-1925) fut un éminent philosophe et théologien thomiste.
Professeur à l’Université Pontificale Grégorienne, il fut choisi par St. Pie X pour répandre le thomisme parmi les Jésuites alors en grande partie disciples de Suarez, dans la conformité au Motu proprio Doctoris Angelici (29. VI. 1914), qui prescrivait dans l’enseignement la doctrine de St. Thomas.
Puisqu’on se demandait alors quels étaient les points saillants et spécifiques de cette doctrine, S. Pie X confia au P. Mattiussi la charge d’en établir une liste qui devint celle des « Vingt-quatre thèses de la philosophie de S. Thomas », approuvées par la Sacrée Congrégation des Études le 27 juillet 1914 (Denzinger-Schönmetzer 3601.3624) et définies par la même Congrégation comme « normes directives sûres » (7 mars 1916).
Le même Père Mattiussi en écrivit un commentaire en 1917, après avoir été l’auteur d’autres œuvres antimodernistes telles que Le Venin Kantien (1907) et Le serment antimoderniste (1909).
Tant était grande l’estime de S. Pie X pour le P. Mattiussi que le Pape pense à lui pour assainir la Compagnie de Jésus dont le Général, le Père Wernz, et son assistant (et futur général), le Père Ledochowski, étaient « indexés » parce qu’ils protégeaient les jésuites modernisants – au point de vouloir destituer Wernz pour le remplacer par Mattiussi (25). Malheureusement S. Pie X mourut (le même jour mourut Wernz) sans avoir pu mener à terme son projet.
Voilà ce qu’était le P. Mattiussi pour un Saint, le pape Pie X. Voyons maintenant qui il était pour le futur Jean ΧΧΙII.
Je cite amplement l’habituel Hebblethwaite auquel va la responsabilité de ce qu’il écrit à la louange de Roncalli et faisant injure à Mattiussi : « Cet automne 1911, Don Roncalli fait directement l’expérience, à Bergame, de ce que signifie réellement la campagne antimoderniste. Elle est moins agréable sur le seuil de sa propre porte que contemplée dans le calme d’une retraite. La cause des ennuis fut un jésuite connu, le Père Guido Mattiussi, professeur de théologie à la Faculté de Milan, qui était une épine dans le pied du Cardinal Ferrari. Il avait anticipé sur Pascendi avec un article publié en 1902-3. Il veneno Kantiano (voir Daly, p. 166), où il présentait le thomisme comme le seul véritable antidote au poison d’ Emmanuel Kant. Ses deux conférences au séminaire de Bergame semèrent la zizanie dans la ville et dans le diocèse. La presse se fit l’écho des partisans et adversaires. Radini Tedeschi demanda à Don Roncalli un rapport privé (que l’on trouvera dans Decimo anniversario, pp. 57-62). Son étude nous permettra de nuancer davantage notre compréhension de l’attitude de Roncalli face au modernisme.
Il commence par dire : « le bon Père » (sans intention ironique) a fait une mauvaise impression dès le départ. II a fait insulte à son auditoire en ne préparant pas ses conférences. Elles étaient si désordonnées qu’il ne se souvenait plus de ce qu’il avait dit la fois précédente et qu’il fut même incapable de résumer sa première intervention, à la fin. Mattiussi se fie manifestement à son don d’improvisation. Il avait rassemblé quelques idées dans le bref voyage en train de Milan à Bergame. Pis encore, le ton cassant et polémique dont Mattiussi ne se départit pas était déplaisant. Il ne dit rien de positif sur quiconque. Il s’est donné pour vocation de dénoncer la présence menaçante et voilée du modernisme. Le résultat est une vision aigrie et déformante de la vie. « Il faut proclamer la vérité et toute la vérité, écrit Roncalli, mais je ne comprends pas pourquoi elle devrait s’accompagner des éclairs et du tonnerre du Sinaï plutôt que du calme et de la sérénité qui étaient ceux de Jésus au bord du lac ou sur la montagne ». (Decimo anniversario, p. 58). Il admet que cela pourrait simplement relever d’une différence de tempérament.
Toutefois, quelque effort qu’il fasse, «il ne pouvait entrer dans le système» de Mattiussi, « tant était violent le contraste entre son caractère et le mien ».
Mattiussi se montrait « trop absolu et trop unilatéral » dans ses jugements: il en résulta que les étudiants ne saisirent pas comment les principes qu’il « exposait pouvaient s’accorder avec d’autres principes tout aussi vrais et de la plus haute importance pour le catholicisme » (ibid. p. 59). La « chose catholique », Roncalli le sait, consiste à tenir ensemble « les deux bouts de la chaîne » et à laisser place à une tension créative entre vérités complémentaires.
Pour illustrer les positions unilatérales de Mattiussi, il cite la façon dont il traite de l’acte de foi. Suivant en cela Billot dans son De Ecclesia (celui-là même dont ses compagnons d’étude à Bergame avaient fait cadeau à Roncalli), Mattiussi prétend que seules « les preuves extérieures » de la mission de Jésus – les miracles et l’accomplissement des prophéties de l’Ancien Testament-comptent réellement dans l’acte de foi : « Les preuves internes » – les appels à l’expérience religieuse ou la prière – sont récusées comme « subjectives », elles ne peuvent que conduire à «l’immanentisme» tant redouté, dont se serait fait l’avocat Maurice Blondel, la bête noire de Mattiussi.
Cette façon de rendre compte de l’acte de foi a été qualifiée «d’apologétique du robot » : « L’homme si les circonstances extérieures sont appropriées, est programmé pour croire » (Daly, p. 17). Le croyant devient une tabula rasa passive, inerte. Roncalli s’insurge contre cette façon de voir: « s’il faut éliminer de l’acte de foi tout ce que l’on appelle «expérience», alors la théologie se réduit à une sorte de géométrie, la foi devient la conclusion d’une argumentation et le théologien n’est plus qu’un logicien desséché. Ainsi sa « spiritualité » le sauve des excès unilatéraux des antimodernistes, parce qu’elle lui enseigne à vérifier ses idées dans la prière. Il fallait du courage à un professeur d’un séminaire de province, âgé de vingt-neuf ans seulement, pour prendre ainsi position, même dans une note strictement privée, contre des théologiens de l’Establishment aussi puissants que Billot et Mattiussi. Voilà qui montre aussi que Roncalli avait une vision claire des enjeux de la campagne antimoderniste. Il n’avait rien du théologien simplet que certains ont voulu imaginer.
Mais c’est dans sa façon de traiter les personnes que Mattiussi devenait vraiment déplaisant et injuste aux yeux de Roncalli. Il dénonçait Duchesne, s’appesantissant sur les « erreurs de type Loisy que contient son œuvre et qui ont été admises » (Decimo anniversario, p. 60).
Mattiussi était mieux informé que Roncalli sur Duchesne. Sa condamnation était imminente. Son Histoire de l’Église primitive sera mise à l’index le 12 janvier 1912, quelques mois après. L’allusion de Mattiussi à « un élément du Kantisme chez certain prélat » se voulait, à juste titre, une référence au cardinal Mercier. Mais ses remarques les plus désobligeantes furent pour le Léon XIII des dernières années et pour « les jeunes de la démocratie chrétienne ». Celles-ci ne pouvaient pas être bien reçues dans un diocèse qui avait été le plus socialement engagé de toute l’Italie. Roncalli conclut son rapport en espérant que dans l’avenir Mattiussi adopterait un ton plus modéré, qu’il emploierait mieux ses dons qui étaient réels et qu’ainsi il contribuerait « à la chère et noble cause, la préservation de la doctrine catholique de toute erreur », en accord avec l’esprit de Pie X (ibid. p. 61).
La vérité était toutefois que Mattiussi, loin de faire cavalier seul, était plus proche de l’esprit de Pie X, que Don Roncalli. Les espions de Bergame entreprirent de dénoncer non Mattiussi, mais l’accueil hostile qu’il avait rencontré. Un clerc anonyme, connu par les initiales L.F, écrit au recteur du séminaire de Bergame que les conférences de Mattiussi lui avaient « ouvert les yeux ». Elles avaient porté un coup décisif à Duchesne, aux 600 membres de l’association des prêtres de Bergame (l’Unione) et aux « sympathisants modernistes » en général.
« J’ai compris maintenant, écrit L.F., combien l’intransigeance en matière de principes et d’orthodoxie est juste et nécessaire ».
Il conclut :
« Nos “dilettanti” ne préparent-ils pas un nouveau drame ? ». (Decimo anniversario, pp. 55-6).
Il entendait par là de nouvelles condamnations. Mais L.F. était un personnage mineur.
Plus sérieuse est la lettre de Mazzoleni à De Lai, de la Congrégation Consistoriale. Il rapporte que le président de L’Unione a élevé une « protestation véhémente » contre les conférence de Mattiussi. De plus, L’Eco di Bergamo a écrit que Mattiussi avait usé d’un « langage excessif en parlant de Léon XIII et de la Démocratie Chrétienne (Decimo anniversario p. 56, lettre datée du 28 septembre 1911). L’article va jusqu’à dire que Mattiussi a fait « une impression sinistre » sur les séminaristes. Notre homme de Bergame rapporte en outre que le recteur et les professeurs Roncalli et Biolghini utilisent l’ “Histoire ancienne de l’Église de Duchesne“. La pourriture gagne. Les recherches dans une librairie de Bergame révèlent que 26 prêtres ont commandé le prochain volume de Duchesne qui doit paraître en traduction italienne. Le dernier coup de Mazzoleni est pour dire que si l’influence de Duchesne est manifeste, « il sera très difficile d’arriver à la vérité », sans doute parce que ceux qui sont attaqués chercheront à étouffer l’affaire (Ibid. p. 57).
Le rapport de Roncalli est daté du 29 septembre 1911. L’affaire Mattiussi ne tarde pas à soulever des controverses bien au-delà du diocèse de Bergame. L’Unità Cattolica de Florence attaque L’Eco di Bergamo et Bressan, le secrétaire du pape, envoie une lettre de remerciement à son rédacteur en chef. Bressan écrit aussi à Mattiussi lui-même, le 7 octobre 1911 :
« Le Saint-Père a noté ce que vous avez dit dans votre lettre du 3 courant. Mais indépendamment même de cette lettre, Sa Sainteté était parfaitement informée et approuve totalement ce que vous avez dit au séminaire de Bergame – elle est très heureuse que vous ayez mis le doigt sur la plaie. Personne n’osera vous demander une rétraction, même pas s’agissant de l’« opportunité » ou non de ce que vous avez dit. La vérité a le droit d’être prêchée toujours et en tout lieu. Ceci vaut aussi pour les commentaires de L’Eco à propos de vos remarques sur la démocratie. Vous pouvez donc être tranquille et rester assuré que tous, quand ils auront pris le temps d’y réfléchir, seront honteux de tout ce tapage et – nous l’espérons – en tireront une leçon. Sa Sainteté vous bénit, etc. » (Utopia, pp. 409.10).
Pie X intervient lui-même le 10 décembre 1911, avec une lettre personnelle à l’archevêque de Florence, Mistrangelo. Il lui écrit parce que L’Unità Cattolica, le journal préféré du pape, paraît dans son diocèse. Pie X dénigre L’Eco di Bergamo, feuille de chou dont il n’y a pas lieu d’être fier, et explique qu’en dépit de toute l’estime qu’il porte au clergé de Bergame, « il y a en lui quantité de bois mort et l’Histoire de Duchesne n’a été aussi largement diffusée et appréciée dans aucun autre diocèse ». (Disquisitio, pp. 112.13 ). Il s’en prend à l’évêque de Bergame à qui il reproche sa « modération »(26).

S. Pie X.

Si telle était l’adversité spontanée de don Roncalli envers les collaborateurs et les hommes de confiance de S. Pie X, ne nous étonnons pas dès lors si envers ce dernier les sentiments ne seront pas bienveillants.
Les appréciations cependant, seront plus voilées. Bien plus, superficiellement don Roncalli ne peut dire que du bien du Pape régnant, comme le Patriarche Roncalli, puis Jean XXIII, ne pourra que faire l’éloge du Bienheureux et ensuite du Saint Pontife. Les critiques, il faut les lire entre les lignes, mal camouflées qu’elles sont sous des louanges conventionnellement ecclésiastiques. A lire derrière les apparences, Giulio Andreotti nous y invite lui-même lorsqu’il raconte une entrevue qu’il eut avec Roncalli déjà Patriarche de Venise.
« Je m’en allai avec lui au patriarcat ; il voulut que, en attente du déjeûner, je m’arrêtasse un instant dans la chambre qui avait été celle de Pie X et qu’il avait fait reconstituer avec le vieux mobilier du Pape Sarto. Constatant l’affection avec laquelle lui, étiqueté par les soupçonneuses persécutions modernistes, s’exprimait en faveur de Pie X, je me permis de lui demander une interprétation authentique.
Il me conseilla de me faire donner en lecture par la Congrégation des Rites les actes du procès canonique de béatification dans lesquels on était allé certainement en profondeur sur le sujet. Ce que je fis quelques années après, me trouvant en face de documents de grand intérêt
» (27).
Le lecteur non averti ne saisit pas l’accent malicieux contenu dans l’invitation, de Roncalli à Andreotti, à consulter les actes du procès de canonisation (il s’agit de la célèbre Disquisitio) ; mais qui m’a lu patiemment jusqu’à présent, retrouvera racontés dans la célèbre Disquisitio les faits que je viens de rapporter et l’hostilité qui existait entre S. Pie X et les amis de Roncalli.
A bon entendeur, salut…
Plus explicite est, comme de coutume, Hebblethwaite. « Le 18 novembre 1908 il a l’occasion de rencontrer Pie X et peut se rendre compte par lui-même à quel point la campagne antimoderniste obsède le pape. L’événement aurait dû être une source de joie. Radini Tedeschi conduisait une délégation de Bergame pour congratuler Pie X à l’occasion du cinquantième anniversaire de son ordination sacerdotale. Don Roncalli portait le plateau contenant leurs offrandes : 25.100 lires en pièces d’or. Il n’oubliera jamais l’impression que le pape fit sur lui :
« Après les compliments d’usage, Pie X parla avec une telle angoisse des dangers de l’époque que nous vivions et des pièges insidieux du Mauvais pour avoir raison de la foi authentique des catholiques, qu’il en oublia complètement de nous remercier pour notre offrande. (Letture, pp. 272-273).
Quand Roncalli écrit ces mots il est pape et Pie X a été canonisé. Ses remarques sur l’ingratitude du pontife n’en prennent que plus de poids :
« Certainement saint, mais pas pleinement parfait en ce qu’il se laissait envahir par l’inquiétude et se montrait si angoissé (ibid.) » (28).
Roncalli comptait certainement S. Pie X parmi les «prophètes de malheur» qu’il dénonça dans son discours d’ouverture du Concile (29). On ne s’étonne pas dès lors que, comme j’en ai déjà traité, le P. Pitocchi alors directeur spirituel de Roncalli ait rapporté que ce dernier « souffrit davantage de la mort de Radini Tedeschi que de celle de Pie X » (30), morts à deux jours d’intervalle. Bien plus, dans son journal spirituel, le « Journal de l’âme », Roncalli ne fait pas la plus petite allusion à la mort du Pape Saint ! Le meilleur mépris est le silence…

Historien et professeur suspect… et suspecté !

Au séminaire de Bergame, Don Roncalli fut professeur d’histoire ecclésiastique. « A la cour de Pie X, écrit avec acrimonie Hebblethwaite, cette vision de l’histoire (par Roncalli) n’était toutefois pas à la mode, ni même comprise » (31).
Certes, ce n’était pas la préférence que Roncalli avait pour Baronius qui eût mécontenté S. Pie X, mais celle pour Duchesne.
Mgr. Louis Duchesne (1843-1922) fut indubitablement, materialiter, un historien de valeur : Mgr. Benigni, historien lui aussi et fondateur du Sodalitium pianum, que l’on ne peut soupçonner de sympathie pour le modernisme, le reconnaissait volontiers.
Ce fut un grand historien, nous l’avons dit, mais seulement materialiter. Par contre il ne fut pas un grand historien catholique. Du véritable historien il lui manquait le formaliter, à savoir la vision surnaturelle et chrétienne de l’histoire (32) unie à un esprit de respect pour la tradition ainsi que, salva veritate, pour les traditions ecclésiastiques (33).
Cet « esprit » s’emparait de l’historien, jusqu’à la négation des faits, comme il advint, par exemple, à propos des célèbres questions de « l’homicide rituel » dont Mgr. Benigni affirmait l’existence tandis qu’elle était violemment niée par Mgr. Duchesne (34).
La carrière académico-ecclésiastique de Duchesne se poursuivit cependant à pleines voiles jusqu’à la publication de son livre : « Histoire ancienne de l’Église », qui se conclut par sa mise à l’Index.
« L’affaire Duchesne, par son Histoire ancienne de l’Église, est due à l’initiative du Card. De Lai (Révérend Alberto Serafini, chanoine de Saint Pierre, in Romana Beatificationis et Canonizationis servi Dei Raphaelis Merry del Val, Typis polyglottis vaticanis, 1957, p. 148).
Elle fut lancée, en août 1910, par une longue campagne de l’Unità Cattolica (Florence), sur l’instigation de S.Pie X lui-même (…). Mgr Maccarrone confirme ces faits et impute au card. Billot « le rôle principal de dénonciateur » (35). Ce furent donc un Saint (Pie X) et un très grand théologien (le card. Billot) à qui il revient d’avoir démasqué Duchesne et inspiré les condamnations portées par le Cardinal De Lai, à peine publiée l’édition italienne (traduite par les modernistes Buonaiuti et Turchi) en 1911.
Cette édition fut immédiatement interdite dans les séminaires italiens, par une circulaire du Card. De Lai (1er septembre 1911) car sa lecture était jugée extrêmement dangereuse et même mortelle, soit à cause des réticences calculées et continues (…), particulièrement en ce qui concernait le surnaturel, soit pour la façon dont l’auteur parle des martyrs, des Pères de l’Église et des controverses dogmatiques (Acta Apostolicae Sedis, 1911, pp. 568-569). Merry del Val félicitera en octobre le directeur de la Civiltà Cattolica, au nom de Pie X, pour la critique qu’il avait faite de cette œuvre. Et le 22 janvier 1912, les trois volumes publiés figurent au catalogue de l’Index sans distinction d’édition ». Duchesne se soumit… à la manière de Bonomelli et de tant d’autres, c’est-à-dire seulement en paroles (37).
En réalité, tant avant qu’après les condamnations de 1911 et 1912, le Duchesne intime (et caché) était bien pire que le Duchesne officiel… et démasqué. Déjà en 1889 lorsqu’il était Directeur de l’Ecole Française à Rome, dans une lettre du 2 mars adressée au meneur moderniste le Baron Von Hügel, Duchesne compare l’Église catholique à l’enfer dantesque où se trouve écrit : « Abandonnez toute espérance ô vous qui entrez » (38). Si tels étaient ses sentiments avant la condamnation de 1911, imaginons-nous quels étaient les suivants !
Poulat nous en donne une illustration, par un florilège de lettres de Duchesne : « Vous n’imaginez pas à quel point les têtes sont montées. L’ignis ardens (Pie X) est déchaîné. Les hypothèses les plus insensées sont les mieux fondées » (6.9.1911). « Les exaltés triomphent et s’exaltent de plus en plus… Dieu sait comment cela finira. Peut-être avec un autre pape, mais quand ? » (24.10.1911), « Le Pape est si retors, si habitué à entretenir les gens en sécurité jusqu’au moment où il leur donnera le croc-en-jambe… Le cas, cela est sûr, est, depuis longtemps pathologique… Si cela continue, on finira bien par s’en apercevoir. Il n’est pas naturel que l’Église soit indéfiniment sabotée par son chef (6.1.1912).
« Le clergé italien et la curie elle-même ont de plus en plus l’air de croire qu’ils sont en présence d’une aventure, d’une invasion du Vatican par une troupe d’irréguliers » (6.1.1914). Parlant de sa mise à l’Index, il utilise même le terme de « fêlure » (3.2.1914), qui est synonyme de schisme (39).
Et bien, le jeune Roncalli (29 ans), professeur d’histoire ecclésiastique, se rangea du côté de Duchesne ! Et ce, même après la première condamnation de celui-ci le 1er septembre 1911 ! Alors qu’il était interdit dans les séminaires italiens, Roncalli le fait utiliser par ses élèves ! Je rappelle les dates (à partir du livre d’Hebblethwaite):

1er septembre 1911 L’œuvre de Duchesne est prohibée dans les séminaires italiens.
Automne 1911 Deux conférences du P. Mattiussi au séminaire de Bergame. Le Père attaque Duchesne. L’évêque de Bergame demande à don Roncalli un rapport privé sur les conférences du P. Mattiussi.
Septembre 1911 Article de Roncalli (non signé) sur La Vita Diocesana (Note sur Duchesne) et un autre article sur L’Eco di Bergamo contre Mattiussi.
28 Septembre 1911 Don Mazzoleni écrit au card. De Lai que Roncalli utilisa l’Histoire ancienne de l’Église de Duchesne.
29 septembre 1911 Rapport privé de Roncalli à l’Évêque, déjà cité, dans lequel est attaqué Mattiussi et défendu Duchesne.
7 octobre et 10 décembre 1911 S. Pie X prend le parti du P. Mattiussi contre L’Eco di Bergamo (ou contre don Roncalli qui y avait écrit) et Duchesne.

Le card. De Lai profite alors d’une visite de don Roncalli à Rome, en compagnie du recteur et de l’économe du séminaire, le 1er juin 1914, pour inviter verbalement Roncalli à la prudence dans l’enseignement. Le 2 juin Roncalli, « abasourdi », écrit au Cardinal en protestant de sa fidélité. Hebblethwaite écrit là encore :
Le 12 juin 1914, De Lai lui répondit par une lettre apparemment amicale : « Je suis désolé que vous ayez été si troublé par la recommandation que je vous ai faite. Il ne s’agissait pas d’un reproche, mais d’un avertissement salutaire ».
Mais il révèle ensuite la véritable cause de son mécontentement : « Selon les informations qui me sont parvenues, je sais que vous avez été un lecteur de Duchesne et d’autres auteurs sans retenue dans leurs critiques, et qu’en certaines occasions vous vous êtes senti vous-même attiré par le courant de pensée qui tend à nier toute valeur à la tradition et toute autorité au passé – ce courant est dangereux et il conduit à des conséquences fatales, etc » (40).

Un antimodernisme suspect.

« Roncalli ne trouve pas la réponse facile. Il fait plusieurs brouillons avec de nombreuses corrections – tous conservés. Le 27 juin il poste enfin la lettre.
« Je ne crois pas que l’information vienne de quelqu’un qui me connaît », commence-t-il.
Il se dit prêt à récuser toutes les accusations sous la foi du serment. En particulier :
« Je n’ai jamais lu plus de 15 à 20 pages – et même là, très rapidement, – du premier volume de l’Histoire ancienne de l’Église de Duchesne (2e édition) [Paris, 1906]. Je n’ai jamais vu les deux autres volumes. Je n’ai donc pas lu une seule ligne de l’Histoire de Duchesne traduite par Turchi, que je n’ai jamais eue entre les mains, qui n’a jamais figuré dans ma bibliothèque. Je connais un peu le prélat français, mais je n’ai jamais été de son côté, même quand il a introduit des corrections destinées à rassurer sur son orthodoxie. Les idées de Turchi, dont j’ai été pendant quelques mois le condisciple au séminaire romain, me sont familières, mais il ne s’est jamais fié à moi. Je me souviens avoir plus d’une fois fait part à mes élèves séminaristes de mes sentiments d’antipathie et de méfiance à son égard » (40).
Que penser de ces affirmations, avec serment (!), de Roncalli ? Son «hagiographe» lui-même, Hebblethwaite, est obligé d’écrire : « (… ) Mais maintenant qu’il a le dos au mur, Roncalli efface ces souvenirs de sa mémoire » (40) ou… vulgairement parlant… raconte des sornettes !
L’affaire s’arrêta là. Don Roncalli était alors un petit poisson dans la mare magnum du modernisme, et la mort de S. Pie X deux mois plus tard, mit fin à toute lutte Antimoderniste sérieuse. La Grande Guerre ensuite, avec ses calamités, accélérera dans le sens maçonnique le cours de l’histoire, par l’écroulement de la monarchie catholique de Charles Ier et la naissance de la Société des Nations (41), voulue par le président américain Wilson, et qui deviendra l’O.N.U., dont Jean XXIII fera l’éloge dans Pacem in terris.

à suivre …


Notes
  1. Hebblethwaite. Jean XXIII, le Pape du Concile. Ed. du Centurion, 1988; pp. 96 et 107.
  2. Hebblethwaite, op. cit, p. 91.
  3. Cf. la proposition moderniste n.65 (et dernière prop.) condamnée par le décret “Lamentabili” du 3 juillet 1907: “Le Catholicisme d’aujourd’hui ne pourra s’accorder avec la vraie science s’il ne se transforme en un christianisme adogmatique, c’est-à-dire en un protestantisme latitudinariste et libéral” (DS.3465). Comparer avec l’erreur analogue catholico-libérale condamnée par Pie IX dans le célèbre “Syllabus”, proposition 80 (et dernière prop.): “Le Pontife romain peut et doit parvenir à des pactes et des conciliations avec le progrès, avec le libéralisme et avec la civilisation moderne” (DS.2980; 8 décembre 1864).
  4. Sur l’Intégrisme et le ” Sodalitium Pianum”, cf. les œuvres d’Emile Poulat: Intégrisme et catholicisme intégral, Casterman 1969 – Catholicisme, démocratie et socialisme, Casterman 1977. Voir aussi “Sodalitium” n°4, août, septembre, octobre 1984, pp.3.7.
  5. La Nuova Enciclopedia Universale Garzanti, Milano 1982, article “modernisme”, p.913.
  6. S. Pie X, Encyclique “Pascendi” in “Ecrits doctrinaux” présentés par Jean Daujat. Ed. Téqui, Paris 1975.
  7. G. Andreotti, A chaque mort de Pape, Biblioteca Universale, Rizzoli, Milano 1982, p.66. Ce passage de l’actuel chef du gouvernement italien mérite d’être cité en entier:
    “Le soir précédent (précédant l’élection comme Pape du Patriarche Roncalli, n.d.a), monseigneur Capovilla m’avait téléphoné, me disant que le Patriarche voulait me voir. Mon lien avec lui faisait abstraction de la politique, dérivant de la vieille amitié entre Roncalli et don Giulio Belvederi, dont j’ai raconté les péripéties auprès de la Sacrée Rote. Compagnons d’études au Latran, ils s’étaient rencontreés dans une commune vocation pour les études bibliques selon des formules aujourd’hui couramment pratiquées, mais vues alors comme fortement suspectes de modernisme, au point qu’aussi bien à l’un qu’à l’autre ne fut pas confié cet enseignement pour lequel ils étaient certainement préparés. De ce cénacle fit aussi partie Ernesto Buonaiuti, lequel ne sut toutefois pas attendre l’évolution des temps et rompit bruyamment avec l’Eglise. Roncalli devenu Pape n’eut pas de difficultés à déclarer que de don Ernesto il avait appris quantité de choses et qu’il priait toujours pour lui
  8. E. Poulat, Intégrisme… op. cit.pp.7-8.
  9. M.Perini, Le Cardinal Giulio Bevilacqua: l’intelligence et le “style”, in: “L’Osservatore Romano”, 6 mai 1990, p.5
  10. Bergson a été cité de façon élogieuse par Jean Paul II dans un discours aux membres du corps diplomatique auprès du S. Siège, le 10 janvier 1987. Cf “Sodalitium”, n°14, p14, septembre 1987.
  11. M. F. Scialla, terme “Bergson” dans Enciclopedia Cattolica, II col. 1387. Les livres de Bergson furent mis à l’Index mais on ne put naturellement l’excommunier, vu qu’il n’était pas même baptisé. D’origine israélite, il se rapprocha du “catholicisme” (entendu dans un sens moderniste) mais refusa le baptême.
  12. Encore une confirmation de la liaison modernisme-Vatican II-Jean XXIII: parlant du moderniste anglais Tyrrell (auquel l’Eglise refusa jusqu’à la sépulture ecclésiastique) et de la conception de la papauté, l’historien jésuite Sommavilla commente avec enthousiasme: “Comme précisément le fera, sur l’inspiration du Pape Jean, Vatican II”. (G. Sommavilla, La Compagnia di Gesù, Rizzoli, Milano 1985, p.233).
  13. Bibliotheca Sanctorum, premier appendice, Città Nuova Editrice 1987, terme “Jean XXIII” par G. Spinelli O.S.B., colonne 577.
  14. Il nous faut le répéter. Cf “Sodalitium” n°22-p.20, et note 50-p.21.Un autre disciple de S. Pie X, don Cavallanti, écrivit:
    Comme l’arianisme, le pélagianisme, le jansénisme, tout en se dissolvant à la suite des condamnations de l’Eglise, laissèrent derrière eux un sillage d’erreurs, plus subtiles et moins apparentes, connues sous le nom de semi-arianisme, semi-pélagianisme et semi-jansénisme, ainsi en est-il aujourd’hui du modernisme qui, démasqué et frappé à mort, laisse derrière lui en quittant le champ de bataille, d’autres erreurs qui se diffusent en masse comme des germes, et ruinent ou menacent de ruiner quantité de bons catholiques (…) Je répète qu’il y a un semi-modernisme, lequel, s’il n’est pas aussi vilain que son père, le modernisme, cloaque de toutes les hérésies, est cependant plus insidieux“. (Conférence du 16-11-1908 reproduite dans “La critique du libéralisme” I, (1908-1909) n°421-423, et citée dans “Histoire de l’Eglise” dirigée par H. Jedin, Vol. IX, p. 563, éd. Jaca Book 1975).
  15. “Sodalitium” n°22, pp.13-20.
  16. George Tyrrell (1861-1909), ex-jésuite, “père”du modernisme anglais, soutenant la non étérnité de la damnation (suivi en ceci par Rahner, Von Balthasar…et Wojtyla), suspens de ses fonctions sacerdotales, suspens a divinis et écarté des sacrements même à l’article de la mort, eut cependant du Card. Mercier l’invitation à être incardiné dans son diocèse (Cf. Sommavilla, op.cit.,p.233).
  17. Hebblethwaite, op.cit. p.17.
  18. E. Poulat, Catholicisme, démocratie et socialisme, Casterman 1977, p.346.
  19. Lettre de Paul Sabatier à Alfred Loisy; cf. Hebblethwaite, op.cit. p.67.
  20. Hebblethwaite, op.cit. p.86. J’ai déjà rapporté ces mots dans le n°22-p.19 du Bulletin. Repetita juvant.
  21. Hebblethwaite, op.cit, pp.77-78. Le Cardinal Raphael Merry del Val, serviteur de Dieu (1865-1930), espagnol, fut secrétaire d’Etat sous S. Pie X (1903-1914) et par la suite responsable du S. Office et Camerlingue de la Sainte Eglise Romaine. Le Cardinal Gaetano De Lai (1853-1928), originaire de Vicence, créé Cardinal par S. Pie X (1907) et secrétaire de la Consistoriale sous S. Pie X, Benoît XV et Pie XI. Il fut “vraiment l’homme fort du pontificat” de S.Pie X (E. Poulat, Intégrisme… op.cit, p.65) et le grand défenseur du Sodalitium Pianum de Mgr, Benigni. Le Cardinal José Vives y Tuto (1854-1913), capucin espagnol, fut créé Cardinal par Léon XIII en 1899 et préfet de la Congrégation des Religieux par S. Pie X en 1908. Lui aussi était “un des conseillers les plus écoutés de S. Pie X et de Merry del Val (lui-même espagnol): l’un des trois cardinaux, avec ce dernier et De Lai, en qui le Pape avait mis sa confiance et qu’il consultait dans les cas difficiles, comme le témoignèrent au Procès de canonisation les cardinaux Sili et Gasparri” (E. Poulat, Intégrisme… op.cit. p.587). Attaquer ces trois prélats était donc une façon indirecte mais réelle d’attaquer le Pape lui-même.
  22. Jean XXIII, Le journal de l’âme, éd. Storia e Letteratura, Roma 1967 5°éd., p.34; voir aussi les pp.43 et 46.
  23. E. Poulat, Intégrisme… op.cit. pp.174.432.602.
  24. Hebblethwaite, op.cit. pp.66-67. Cf. L.F. Capovilla, Jean XXIII, Quinze lectures, Rome 1970, p.397.
  25. Cf :
    • Sommavilla S.J., op. cit. p.225;
    • Histoire de l’Eglise, dirigée par H. Jedin, éd. Jaca Book, Milano 1973, Vol. IX p.576;
    • G. Cassiani Ingoni, Vie du P.W.Ledochowski, Rome 1945, pp.71 et 73;
    • Disquisitio circa quasdam objectiones…(procès de canonisation de S. Pie X) pp. 10-11.
  26. Hebblethwaite, op. cit. pp.83-86 avec d’amples citations tirées de “Dixième anniversaire de la mort du Pape Jean” par Louis F. Capovilla, éd. Storia e Letteratura, 1973. L’épisode se conclut ainsi: “Le Cardinal Ferrari s’arrange pour fair partir le Père Mattiussi, S.J., de Milan. Le Vatican y voit une nouvelle preuve du manque d’orthodoxie de Ferrari. La récompense de Mattiussi sera la chaire de Billot , à l’Université Grégorienne ” (Hebblethwaite, op. cit, p.87).
  27. G. Andreotti, op. cit. pp.64-70: “soupçonneuses persécutions modernistes”, l’auteurentend naturellement les “persécutions” menées par S.Pie X contre les Modernitstes, auxquelles Roncalli échappa de très peu…Jean XXIII fut impressionné par la lecture de la disquisitio en en faisant l’annotation sur sa copie personnelle qui est aujourd’hui propriété de Giancarlo Zizola, un parmi tant de prêtres qui ont abandonné le Sacerdoce pour devenir vaticanistes; il reçut cette copie en don des mains de Mgr. Capovilla, l’ex-secrétaire et confident de Jean XXIII: Cf. Hebblethwaite, op.cit.pp.68.
  28. Hebblethwaite, op. cit. p.78 – qui cite L. Capovilla, Jean XXIII, Quinze lectures, Rome 1970.
  29. J’anticipe la citation de ce discours que j’aurai l’occasion de commenter, en invitant maintenant à le confronter à une citation extraite de la première Encyclique de S. Pie X. Voici les textes:
    Jean XXIII:
    Allocution “Gaudet Mater Ecclesia” du 11 octobre 1962
    : ” Dans l’exercice quotidien de notre ministère pastoral il nous faut souvent entendre, à notre grande tristesse, ceux qui bien qu’enflammés de zèle n’ont pas beaucoup de jugement ou de sens de l’équilibre. Pour eux le monde moderne n’est que trahison et ruines. Ils prétendent que cette époque est bien pire que les précédentes – et l’histoire est pourtant la grande maîtresse de cette vie. Ils se conduisent comme si l’ère des précédents conciles œucuméniques avait vu le triomphe parfait de l’idée et de la cause chrétiennes et comme si la liberté religieuse n’avait jamais été comprise dans le passé. Nous nous sentons obligé de dire notre désaccord avec ces prophètes de malheur qui ne font qu’annoncer des catastrophes – comme si la fin du monde était imminente. Et pourtant aujourd’hui la Providence nous guide vers un nouvel ordre des relations humaines qui, grâce à l’effort humain dont il dépasse toutefois largement les espérances, nous vaudra la réalisation d’espérances encore plus grandes et dont nous n’osons même pas rêver; de cette façon, les oppositions humaines elles-mêmes peuvent conduire au bien même de l’Eglise “.
    S. Pie X: Encyclique “E. Supremi Apostolatus” du 4 octobre 1903 :
    En outre, et pour passer sous silence bien d’autres raisons, nous éprouvions une sorte de terreur à considérer les conditions funestes de l’humanité à l’heure présente. Peut-on ignorer la maladie si profonde et si grave qui travaille, en ce moment bien plus que par le passé, la société humaine, et qui, s’aggravant de jour en jour et la rongeant jusqu’aux moelles, l’entraîne à sa ruine ? Cette maladie, Vénérables Frères , vous la connaissez, c’est, à l’égard de Dieu, l’abandon et l’apostasie; et rien sans nul doute qui mène plus sûrement à la ruine ? Selon cette parole du prophète: Voici que ceux qui s’éloignent de vous périront (Ps.LXXII,26). De nos jours, il n’est que trop vrai, les nations ont frémi et les peuples ont médité des projets insensés (Ps.III,1) contre leur Créateur; et presque commun est devenu ce cri de ses ennemis: Retirez-vous de nous (Job.XXI,14). De là des habitudes de vie, tant privée que publique, où nul compte n’est tenu de sa souveraineté. Bien plus, il n’est effort ni artifice que l’on ne mette en œuvre pour abolir entièrement son souvenir et jusqu’à présent sa notion.
    Qui pèse ces choses a droit de craindre qu’une telle perversion des esprits ne soit le commencement des maux annoncés par la fin des temps, et ,comme leur prise de contact avec la terre, et que véritablement le fils de perdition dont parle l’Apôtre (II Thess.II,5) n’ait déjà fait son avènement parmi nous. Si grande est l’audace et si grande la rage avec lesquelles on se rue partout à l’attaque de la religion, on bat en brêche les dogmes de la foi, on tend d’un effort obstiné à anéantir tout rapport de l’homme avec la Divinité ! En revanche, et c’est là, au dire même de l’Apôtre (Sagesse XI,24) le caractère propre de l’Antéchrist, l’homme qui, avec une témérité sans nom, a usurpé la place du Créateur en s’élevant au-dessus de tout ce qui porte le nom de Dieu. C’est à tel point que, impuissant à éteindre complètement en soi la notion de Dieu, il secoue cependant le joug de sa majesté, et se dédie à lui-même le monde visible en guise de temple, où il prétend recevoir les adorations de ses semblables. Il siège dans le temple de Dieu, où il se montre comme s’il était Dieu lui-même ÍI Thess.II,2)
    “.
  30. Hebblethwaite, op. cit. p.93.
  31. Hebblethwaite, op. cit.p.72.
  32. Cf. Don Prosper Guéranger, Le sens chrétien de l’histoire. Ed. Il Falco, Milano.
  33. Pie IV Profession de Foi Tridentine:” très fermement j’admets et j’embrasse les traditions apostoliques et ecclésiatiques et les autres observances et constitutions de cette même Eglise”.
    S. Pie X. Enc. Pascendi: “Il y aura toujours pour les catholiques l’autorité du second Synode de Nicée, lequel condamne ceux qui osent… suivant les hérétiques scélérats, mépriser les traditions ecclésiastiques et inventer n’importe quelle nouveauté, ou préméditer avec malice et astuce d’abattre quelque tradition légitime de l’Eglise catholique”.
  34. “L’assassinat d’un enfant de Kiev par un juif (en 1913) avait fait rebondir la polémique antisémite dans la presse européenne. Crime rituel ou crime de droit commun ?…” (Poulat. Intégrisme… op. cit.pp-362-364). En réalité il ne s’agit pas d’antisémitisme ou de philosémitisme, mais de faits historiques qui, de par eux-mêmes ne devraient pas avoir d’idéologies ! De plus, l’infaillibilité de l’Eglise y est indirectement engagée, à cause de la canonisation de quelques victimes de ces homicides: S. Siméon de Trente, S. Dominguito del Val, S. Richard de Pontoise, B. Sébastien da Porto Buffole etc. Voir aussi les articles de la Civiltà cattolica. Série XV, Vol V, fasc.1022 du 10-1-1893 et fasc. 1025 du 23-1-1893.
  35. E. Poulat, Catholicisme… op. cit. p.247. Cf. M. Maccarrone, Mgr. Duchesne et son temps. Paris, de Boccard, et Rome, Ecole Française, 1974, pp.401-494.
  36. E.Poulat. Catholicisme… op. cit. pp.219-220.
  37. Le premier point de cette question dans Sodalitium n°22-p.13.
  38. E. Poulat. Catholicisme… op. cit. p.163.
  39. E. Poulat. Intégrisme… op. cit. p.602; Lettre à Georges Goyau.
  40. Hebblethwaite, op. cit. pp.89-90. Cf. pour la question: Mgr L. Capovilla. Dixième anniversaire de la mort du Pape Jean. Ed. di Storia e Letteratura, 1973 – pp.65 et 62; voir aussi l’op. cit. de Mgr. Macarrone.
  41. La stratégie maçonnique durant la guerre 14-18 pour la création de la Société des nations en vue d’un futur état mondial est décrite par Léon de Poncins dans le livre: SDN, super-état maçonnique, Ed. Beauchesne. Paris 1936, qui publie les documents du Congrès des Nations alliées et neutres du 28 au 30 juin 1917. En l’honneur de votre Cœur très pur et en remerciement des grâces de la Très Auguste Trinité pour les excellentes prérogatives à Vous confiées, ô très sainte Marie, je récite humblement trois JE VOUS SALUE MARIE, implorant de votre maternelle piété le bon conseil pour accomplir la Volonté de Dieu et me mériter la grâce… si celle-ci est un moyen pour mon salut éternel. En Vous consacrant pleinement mon cœur, je me confie à Votre bon conseil et je Vous supplie de m’accorder votre très sainte bénédiction.