Le Credo par saint Thomas d’Aquin (III)

Article 2 : JE CROIS AUSSI EN JÉSUS-CHRIST, LE FILS UNIQUE DU PÈRE, NOTRE SEIGNEUR.

31. – Non seulement il est nécessaire aux chrétiens de croire qu’il existe un Dieu unique et que ce Dieu unique est le Créateur du ciel et de toutes choses, mais il leur est également néces­saire de croire que ce Dieu est Père et que le Christ est son Fils véritable.

Que Dieu soit Père, et que le Christ soit son Fils, ce n’est pas, comme le dit S. Pierre, une fable, mais une certitude, certitude prouvée par la parole de Dieu sur la montagne. Cet Apôtre déclare en effet dans sa 2° épître (1, 16-18): En effet, ce n’est pas en nous attachant à d’ingénieu­ses fictions, que nous vous faisons connaître la puissance et la présence de Notre-Seigneur Jésus­-Christ, mais en témoins oculaires de sa Majesté. En effet il reçut honneur et gloire de Dieu le Père, lorsque, de la gloire magnifique, une voix lui parvint : Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui je me complais ; écoutez-le. Et cette voix, nous l’avons entendue nous-mêmes, venue du ciel, quand nous étions avec lui sur la sainte montagne.

Le Christ Jésus lui-même appelle Dieu son Père en plusieurs circonstances et il se dit le Fils de Dieu ; les Apôtres aussi et les saints Pères mirent parmi les articles de foi cette vérité le Christ est Fils de Dieu, lorsqu’ils dirent Je crois aussi en Jésus-Christ, son Fils, c’est-à-dire le Fils de Dieu.

32. – Mais il y eut des hérétiques dont la foi en Jésus Fils de Dieu fut erronée.

Photin en effet déclare : Le Christ est Fils de Dieu exactement comme ces hommes vertueux qui méritèrent, par leur vie honnête et l’accom­plissement de la volonté de Dieu, d’être appelés fils de Dieu par adoption. De même, dit-il, le Christ, dont la vie fut vertueuse et conforme à la volonté de Dieu, mérita d’être nommé fils de Dieu et il prétendit que le Christ n’exista pas avant la Bienheureuse Vierge, mais qu’il com­mença d’exister quand elle le conçut dans son sein.

Ainsi Photin commit une double erreur. La première fut de ne pas affirmer « Le Christ est le vrai Fils de Dieu selon la nature » ; la seconde fut de dire « le Christ commença d’exister dans le temps, selon tout son être », alors que notre foi affirme Jésus est le Fils de Dieu par nature et il est éternel, conformément aux témoignages clairement exprimés dans la Sainte Écriture.

Contre la première erreur, en effet, l’Écriture affirme Le Christ n’est pas seulement Fils de Dieu, mais il est son Fils unique. Le Fils unique de Dieu, qui est dans le sein du Père, lui, a révélé Dieu, dit S. Jean (Jean 1, 18). Et contre la seconde erreur Jésus-Christ lui-même a déclaré (Jean 8, 58) : En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu’Abraham fût, je suis. Or, sans aucun doute possible, Abraham a existé avant la Bienheu­reuse Vierge. C’est pourquoi, les saints Pères, dans un autre symbole, contre la première erreur, ajoutèrent aux mots « Je crois en Jésus Christ » les paroles le Fils unique de Dieu, et contre la seconde erreur il est né du Père avant tous les siècles.

33. – Quant à Sabellius, s’il déclara « Le Christ fut antérieur à la Bienheureuse Vierge », par contre il affirma « La personne du Père n’est pas différente de celle du Fils ; le Père lui-même s’est incarné ; c’est pourquoi la personne du Père et du Fils est la même ». Une telle doc­trine, destructrice de la Trinité des personnes est erronée elle a contre elle cette parole de Jésus aux Pharisiens (Jean 8, 16) : Je ne suis pas seul : il y a moi et celui qui m’a envoyé, le Père.

Or, de toute évidence, personne ne peut être envoyé par lui-même. Donc Sabellius se trompe c’est pourquoi le symbole des Pères ajoute au sujet de Jésus-Christ nous devons le croire Dieu de Dieu, lumière de la lumière, c’est-à-dire Dieu Fils procédant de Dieu Père, et Fils qui est lumière, procédant du Père qui est lui-même lumière.

34. – Venons-en à Arius. S’il déclara Le Christ fut antérieur à la Bienheureuse Vierge, et autre est la personne du Père, autre celle du Fils, toutefois il attribua au Christ trois choses con­traires à la vérité selon lui, premièrement, le Fils de Dieu est une créature ; deuxièmement, il n’est pas éternel, mais à un moment du temps il a été créé par Dieu comme la plus noble des créa­tures ; troisièmement, Dieu le Fils ne possède pas la même nature que Dieu le Père, et ainsi il n’est pas vraiment Dieu.

Une telle doctrine est également erronée et contraire aux témoignages de la Sainte Écriture.

On y lit en effet ces paroles du Seigneur Jésus (Jean 10, 30) : Le Père et moi nous sommes un, évidemment par la nature ; c’est pourquoi, comme le Père a toujours existé, il en est de même du Fils ; et de même que le Père est le vrai Dieu, le Fils l’est également.

C’est pourquoi, aux paroles d’Arius « le Christ fut une créature » les Pères opposent dans leur symbole ces autres paroles « il est vrai Dieu, procédant du vrai Dieu ». Et à l’er­reur d’Arius « le Christ n’a pas été depuis l’éternité, mais il fut créé dans le temps », ils opposèrent ces paroles « il a été engendré et non créé ». Enfin, contre cette autre erreur « le Christ n’est pas de la même substance que le Père », ils ajoutèrent ces mots « il est con­substantiel au Père ».

35. – Comme nous venons de le montrer clai­rement, nous devons donc croire les vérités sui­vantes Le Christ est le Fils unique de Dieu ; il est vraiment Fils de Dieu ; il a toujours été avec le Père ; autre est la personne du Père, autre la personne du Fils ; le Fils possède en commun avec le Père une même nature. Mais ces diffé­rentes vérités que nous croyons ici-bas par la foi, nous les connaîtrons dans la vie éternelle par une vision parfaite. Aussi pour notre conso­lation, allons-nous en dire maintenant quelque chose.

36. – Il faut savoir que les divers êtres ont des modes divers de génération. La génération en Dieu diffère de celle des autres êtres aussi ne pouvons-nous arriver à connaître ce qu’est la génération en Dieu qu’à l’aide de la génération chez les créatures qui sont le plus semblables à Dieu. Or rien n’est plus semblable à Dieu, comme nous l’avons dit, que l’âme humaine, et voici comment s’y opère une génération l’homme pense par son âme quelque chose que nous appelons conception de l’intelligence, et cette concep­tion provient de l’âme comme d’un père ; on l’appelle verbe (c’est-à-dire parole) : de l’intelli­gence ou de l’homme. L’âme donc engendre son verbe en pensant.

De même, le Fils de Dieu n’est rien d’autre que le Verbe de Dieu ; ce n’est pas un verbe, une parole proférée au dehors, parce que ce verbe extérieur passe, mais c’est un verbe, une parole, conçue au-dedans c’est pourquoi ce Verbe de Dieu est de même nature que Dieu et lui est égal.

Le Bienheureux Apôtre S. Jean, en parlant du Verbe de Dieu, détruisit les hérésies que nous venons de rapporter. Premièrement il anéantit l’hérésie de Photin par ces paroles (Jean 1, 1) : Au commencement était te Verbe. Deuxièmement, il ruine celle de Sabellius, en disant Et le Verbe était auprès de Dieu. Troisièmement, il abat celle d’Arius, en ajoutant Et le Verbe était Dieu.

37. – Mais le verbe, la parole n’est pas de la même manière en Dieu et en nous. En nous, notre parole en effet est un accident ; mais en Dieu, le Verbe de Dieu est la même réalité que Dieu lui-même, puisqu’il n’y a rien en Dieu qui ne soit l’essence de Dieu. Or nul ne peut dire Dieu ne possède pas de Verbe ; car s’il en était ainsi, il serait sans nulle intelligence et c’est pourquoi, comme Dieu a toujours existé, il en est de même de son Verbe.

38. – Et comme l’artisan exécute tous ses ouvrages d’après le modèle qu’il a élaboré à l’avance dans son intelligence, modèle qui est son verbe pareillement, Dieu accomplit aussi toutes choses par son Verbe, qui est comme sa science, son art. Toutes choses, déclare saint Jean (1, 3) : furent faites par lui, le Verbe de Dieu.

39. – Si le Verbe de Dieu est Fils de Dieu, et si toutes les paroles de Dieu sont à la ressem­blance de ce Verbe, nous avons, en premier lieu, le devoir d’écouter volontiers les paroles de Dieu. En effet, si nous écoutons avec plaisir ses paroles, c’est un signe que nous aimons Dieu.

40. – Nous devons, en second lieu, croire aux paroles de Dieu par cette foi, en effet, le Verbe de Dieu habite en nous, conformément à la parole de l’Apôtre (Eph. 3, 17) : Que le Christ, qui est le Verbe de Dieu, habite dans vos coeurs par la foi. Aussi le Seigneur déclare-t-il aux Pha­risiens (Jean 5, 38) : Le Verbe de Dieu ne demeure pas en vous.

41. – Il faut, en troisième lieu, que nous médi­tions continuellement le Verbe, la Parole de Dieu demeurant en nous. Il ne suffit pas en effet de croire, la méditation aussi est nécessaire ; sans elle, cette présence en nous du Verbe de Dieu ne nous serait pas profitable.

Ce genre de méditation est en effet d’un grand secours contre le péché, comme le montre cette parole du Psalmiste (Ps. 118, 11) : Je garde tes paroles cachées dans mon coeur pour ne pas pécher. À cette méditation l’homme juste s’exerce sans cesse : La loi du Seigneur, est-il dit au Psaume 1, le juste la médite nuit et jour. Aussi saint Luc (2, 19 et 51) : écrit-il de la Bienheureuse Vierge : Elle gardait toutes les paroles de Jésus dans son coeur pour les méditer.

42. – Il convient, en quatrième lieu, que l’homme communique aux autres la parole de Dieu, en avertissant, en prêchant, en stimulant. Qu’il ne sorte de votre bouche aucune parole mauvaise, disait saint Paul (Eph. 4, 29) : n’en ayez que de bonnes, propres à édifier. De même, il écrivit aux Colossiens (3, 16) : Que la Parole du Christ demeure en vous avec abondance, en toute sagesse, vous enseignant et vous avertis­sant les uns les autres. Et à Timothée (2. Tim. 4, 2) : Proclame la parole, insiste à temps et à contretemps, reprends, exhorte, menace avec une entière patience et une doctrine intègre.

43. – En dernier lieu, nous devons suivre la recommandation de saint Jacques, concernant la Parole de Dieu Mettez-la en pratique, cette parole, dit-il (1, 22), ne vous contentez pas de l’écouter : ce serait vous abuser vous-mêmes.

44. – Ces cinq devoirs relatifs à la Parole de Dieu, la Bienheureuse Vierge les a observés par ordre lorsqu’elle a engendré le Verbe de Dieu. Premièrement, en effet, elle écouta les paroles de saint Gabriel (Luc 1, 35) : l’Esprit Saint survien­dra en vous. Deuxièmement, la Vierge Marie donna son consentement aux paroles de l’Ange par sa foi, en disant (Luc I, 38) : Voici la ser­vante du Seigneur. En troisième lieu, elle porta en son sein le Verbe incarné. En quatrième lieu, elle l’enfanta. Cinquièmement, elle le nourrit et l’allaita. Aussi l’Église chante-t-elle : Par un don du ciel, la Vierge nourrissait de son sein le Roi des Anges.