Extrait de l’homélie du Saint Curé d’Ars pour le 2 novembre (premier sermon)
La Foi nous apprend que ces pauvres âmes souffrent ce que jamais l’homme mortel ne pourra comprendre.
Si nous voulons, Mes Frères, nous assurer le ciel, ayons une grande dévotion à prier pour les âmes du purgatoire. L’on peut même dire que cette dévotion est une marque presque certaine de prédestination, et un puissant moyen de salut. L’Écriture sainte nous fournit une comparaison admirable dans l’histoire de Jonathas (I Rois XIV). Saül, son père, avait défendu à tous les soldats, sous peine de mort, de prendre aucune nourriture jusqu’à ce qu’ils eussent défait les Philistins. Jonathas, qui n’avait pas entendu cette défense, étant épuisé de fatigue, trempa le bout de sa baguette dans un rayon de miel et en goûta. Saül consulta le Seigneur, pour savoir si personne n’avait violé la défense. Apprenant que son fils l’avait violée, le père commanda qu’on se saisit de lui, en disant : « Je veux que le Seigneur me punisse, si vous ne mourez pas aujourd’hui ». Jonathas se voyant condamné à mort par son père, pour avoir violé une défense qu’il n’avait pas entendue, tourna ses regards vers le peuple, et, laissant couler ses larmes, il semblait lui rappeler tous les services qu’il lui avait rendus, et toutes les bontés qu’il avait eues pour lui. Le peuple se jeta aussitôt aux pieds de Saül : « Quoi ! vous feriez mourir Jonathas, lui qui vient de sauver Israël ! lui qui nous a délivrés des mains de nos ennemis ! Non, non, il ne tombera pas un cheveu de sa tête, nous avons trop à cœur de le conserver, il nous a trop fait de bien pour si tôt l’oublier ».
Ceci est l’image sensible de ce qui arrive à l’heure de la mort. Si nous avons eu le bonheur de prier pour les âmes du purgatoire, lorsque nous paraîtrons devant le tribunal de Jésus-Christ pour rendre compte de toutes nos actions, ces âmes se jetteront aux pieds du Sauveur en lui disant : « Seigneur, grâce pour cette âme ! grâce, miséricorde pour elle ! ayez pitié, mon Dieu, de cette âme si charitable, qui nous a arrachées aux flammes, et qui a satisfait à votre justice ! Mon Dieu ! mon Dieu ! oubliez, nous vous en prions, ses fautes, comme elle vous a fait oublier les nôtres ! » Oh ! que ces motifs sont puissants pour vous inspirer une tendre compassion envers ces pauvres âmes souffrantes !… Hélas ! elles sont bientôt oubliées. L’on a bien raison de dire que le souvenir des morts s’en va avec le son des cloches. Souffrez, pauvres âmes, pleurez dans ce feu allumé par la justice de Dieu, c’est en vain ; l’on ne vous écoute pas, l’on ne vous soulage pas !…
Voilà donc, Mes Frères, la récompense de tant de bonté et de charité qu’elles ont eues pour nous pendant leur vie. Non, ne soyons pas du nombre de ces ingrats ; puisque, travaillant à leur délivrance, nous travaillerons à notre salut.