Le Père Castelain, prêtre de la congrégation des Rédemptoristes fondée par saint Alphonse-Marie de Liguori, fut membre du Sodalitium Pianum, comme l’atteste Mgr Benigni lui-même dans sa réponse officielle au Cardinal Sbarretti du 16 novembre 1921[1]. Il le classe parmi les membres actifs de France ayant cessé leur activité lors de la dissolution en 1914. Cependant, on ignore quelle fut son activité en tant que membre du Sodalitium. Même les rédemptoristes étaient obligés de reconnaître, au sujet de leurs religieux appartenant au Sodalitium : « On ignore tout de leur activité au service de la Sapinière » [2]. Ses ennemis avaient compris son action au côté de Mgr Benigni ; dans une lettre à Höner, F. Prims note expressément : « Le supérieur des rédemptoristes français à Valkenburg (Hollande) appartient au sanhédrin intégriste » (8 mai 1914) [3]. Il est certain que Mgr Benigni fréquentait les maisons de son ordre, où le P. Castelain était supérieur provincial, en particulier Valkenburg (Fauquemont dans le Limbourg hollandais) et Rumillies aux environs de Tournai [4]. Pour caractériser cette figure du catholicisme intégral, avant de rentrer dans les détails biographiques, nous pouvons citer cet éloge fait à un autre rédemptoriste également membre du Sodalitium et qui, selon l’historien E. Poulat, s’applique également au père Castelain : « Il aimait à prêcher les vérités terribles parce qu’il les considérait comme essentiellement convertissantes… Profondément pénétré des droits de Dieu, c’étaient eux qu’il voulait faire valoir. Et tout son désir visait à refaire un ordre social chrétien… Aux chrétiens capables de le comprendre, il prêchait volontiers les droits de l’amour de Dieu… La parole des papes, des supérieurs, était pour lui sacrée : c’était la parole de Dieu. Homme de grande foi, il l’était et le laissait voir » [5]. On le voit bien dans le résumé de sa vie, le P. Castelain s’est dépensé jusqu’à la mort pour le Gloire de Dieu et le salut des âmes et ce but ne pouvait être atteint que par une grande fidélité à l’Église catholique et à son chef, le Pape, de là son engagement auprès de Mgr Benigni.
Originaire de Quesnoy-sur-Deûle, ville et paroisse très chrétienne du diocèse de Cambrai (aujourd’hui de Lille), né le 1er octobre 1863, Désiré fut aussitôt régénéré par le saint baptême.
Dans son enfance il prenait plaisir à imiter les cérémonies sacrées vues à l’église et il organisait des offices et des processions, auxquels ne manquaient pas les sermons. Instruit par un vicaire zélé dans les éléments de la langue latine, il entra en 1875 au petit séminaire de Cambrai, où il se distingua aussitôt par sa piété et son application.
Après avoir achevé ce cycle d’études, les supérieurs ecclésiastiques le jugeant apte à être admis au séminaire de l’Université catholique fondée à Lille, il se consacra pendant deux ans de toutes ses forces à la théologie sacrée ; et, s’il ne put y remporter les palmes académiques, il y trouva du moins des amis très précieux, parmi lesquels les très illustres et révérends Quilliet et Chollet [6], élevés ensuite à l’épiscopat.
Entre-temps, l’appel au ministère alphonsien mûrissait dans le cœur de ce pieux clerc. Dès 1874, les premières semences de cette vocation avaient germé grâce aux missions prêchées à Quesnoy par les RR. PP. Stoufflet et George [7]. Après différentes épreuves il obtient des supérieurs d’entrer chez les Rédemptoristes et le 24 septembre 1886, Désiré en reçut l’habit. L’année suivante, le R. P. Mathias Raus, alors préfet des étudiants de la Province française, reçut ses vœux. Le nouveau clerc se distingua à la fois par son ardeur à l’étude, sa piété virile et sa facilité à traiter avec tous. Ordonné prêtre le 5 octobre 1890, il devint aussitôt lecteur de philosophie. Plus tard, à Thury-en-Valois, il enseigna l’histoire ecclésiastique, la théologie dogmatique et l’éloquence sacrée.
Au début du mois de mai 1898, le R. P. Castelain fut nommé recteur de la communauté de Lille. Il institua aussitôt un nouveau juvénat dans la banlieue de Saint-Maurice, près de Lille, et apporta une aide vraiment paternelle au monastère naissant des Moniales du Très Saint Rédempteur à Armentières.
Au début du XXe siècle, de la grande Province gallo-helvétique naquirent les Provinces de Lyon et de Paris ; c’est à cette dernière que le P. Castelain fut préposé supérieur en 1900, résidant à Antony, près de Paris. Les circonstances rendaient cette charge extrêmement lourde : la tempête, de triste mémoire, contre les familles religieuses, suscitée par un gouvernement hostile et maçonnique, était imminente. Hésitant sur la question de savoir s’il fallait solliciter la trompeuse « autorisation » légale dont on débattait, il se rendit à Rome. De retour, il la demanda. Ses supérieurs parisiens le firent attendre. À l’heure funeste où, par la loi, le droit de vivre en communauté fut retiré aux rédemptoristes, le provincial répandit de longues prières devant le Saint-Sacrement, entendant sans doute ces paroles : Cum persequentur vos in civitate ista, fugite in aliam.
Mais où transporter les jeunes, les novices, les étudiants ? Dans une telle détresse, il éprouva avec reconnaissance la charité vraiment fraternelle des Provinces anglaise et belge, il mit en sûreté le juvénat à Rumillies, le noviciat à Glimes, le scolasticat à Bishop Eton (Liverpool). Ainsi son espérance en la Providence ne fut pas déçue.
En ce temps de crise, il commença aussi la visite de la vice-province, qui se composait alors de trois maisons, à savoir Riobamba et Cuenca en République de l’Équateur, et Buga en Colombie. Il s’absenta ainsi de France pendant cinq mois. A son retour il trouva plusieurs communautés dispersées, les autres presque sur le point de l’être, des Pères harcelés par des perquisitions, traduits en justice, voire menacés de prison. Mais avant le départ du P. Provincial, il avait déjà organisé quelques maisons-refuges proches de la France à Mouscron, d’où les Pères missionnaires partaient pour les travaux apostoliques, surtout les retraites. En 1907, il transféra le scolasticat de Bishop Eton en Angleterre à Essen en Belgique, puis, en 1911, à Valkenburg ou Fauquemont, en Hollande.
En 1912 le P. Castelain fut remplacé dans sa charge de provincial. Nommé recteur de la maison du scolasticat qu’il avait fondée à Fauquemont, il se livra avec un nouvel ardeur aux travaux apostoliques.
Pendant la guerre, il resta comme captif en Hollande. Il en profita pour prêcher beaucoup de retraite et de conférences et s’adonner aussi tout entier à la prière et à l’écriture, sans perdre un seul instant. Ainsi il rédigea un traité théologique, De cultu Eucharistici Cordis Iesu. En 1919, redevenu recteur de Lille, il rassembla les confrères dispersés dans une vaste maison. En 1921, il présida au second noviciat. Puis il fut recteur de Dunkerque pendant six ans, et ensuite recteur de Bologne-sur-Mer jusqu’en 1933.
Homme vraiment apostolique, il était doué d’un esprit très lucide, d’une mémoire tenace, d’une voix sonore, d’une stature remarquable et surtout d’un zèle ardent. Il brillait par une doctrine solide et une facilité d’élocution peu ordinaire, de sorte que, selon son propre témoignage, il ne se fatiguait jamais à prêcher.
Par sa plume apostolique aussi, il écrivit plusieurs retraites : Retraite sur le Cœur Eucharistique, À l’école du Sacré-Cœur de Jésus, À l’école de la Sainte Vierge. Il publia également le petit ouvrage Les retraites populaires et plusieurs relations présentées aux Congrès eucharistiques internationaux ; car il faisait partie du conseil appelé Comité permanent des Congrès Eucharistiques Internationaux [8].
Toutes ses œuvres extérieures étaient animées par la vie intérieure et l’union avec Dieu. Observateur de la régularité et apôtre, toujours maître de lui-même, il se montra constant dans ses résolutions, et dans sa dernière retraite il écrivit encore d’une main tremblante : « Je veux devenir saint ». Il disait à son recteur : « Je suis l’homme le plus heureux du monde ».
Dès 1923, une première congestion l’avait averti, puis en 1932 une seconde, qui avait affaibli ses yeux, au point qu’il obtint une dispense propre aux aveugles pour célébrer tous les jours la Messe de la Bienheureuse Vierge Marie.
Le 17 juin dans l’après-midi il fut retrouvé malade. Le R. P. Recteur accourut pour lui donner l’extrême-onction et la bénédiction apostolique, et peu après le P. Castelain rendit son âme à Dieu au milieu d’oraisons jaculatoires [9].
Notes :
1) Disquisitio, pp. 282-291 et E. Poulat, Intégrisme et catholicisme intégral p. 583.
2) Spicilegium Historicum C.SS.R.-20-1972 (II) pp. 393-410 : Les rédemptoristes et le mouvement intégriste au début du XXe siècle.
3) E. Poulat op. cit. p. 497.
4) E. Poulat op. cit. p. 498.
5) E. Poulat op. cit. p. 591. Cf. aussi Sodalitium fr. n° 60 p. 28.
6) Mgr Jean-Arthur Chollet (1862-1952) évêque de Verdun puis de Cambrai, Mgr Benigni disait de lui : “Mgr Chollet a produit aussi bonne impression que Mgr l’évêque Charost. Tous deux se sont engagés publiquement de façon à seconder l’action de Pie X contre tous les modernistes. Il ne leur sera guère possible de reculer dans la lutte ainsi engagée.” E. Poulat op. cit. p. 400.
7) Le R.P. Alphonse George (1844 † 22 août 1932), lui aussi membre du Sodalitium Pianum.
8) On trouve ici les liens et les références permettant de consulter la liste de toutes les œuvres du P. Castelain : https://www.santalfonsoedintorni.it/castelain-desire-redentorista-2.html
9) Ces informations biographiques ont été traduites librement par nos soin et abrégées, l’original publié en latin ce trouve ici : https://www.santalfonsoedintorni.it/BiografiePDF/03Analecta/1935_1Castelain.pdf