Le Credo par saint Thomas d’Aquin (X)

Article 10: JE CROIS À LA COMMUNION DES SAINTS, À LA RÉMISSION DES PÉCHÉS.

142. – Comme dans le corps de l’homme ou celui de l’animal l’action d’un membre profite au bien de tout le corps, il en est de même dans ce corps spirituel qu’est l’Église. Et comme tous les fidèles forment un seul corps, le bien de l’un est communiqué à l’autre. Saint Paul écrit aux Romains (12, 5) : Nous sommes tous membres les uns des autres. C’est pourquoi, parmi les arti­cles de foi que les Apôtres nous ont enseignés, il se trouve celui-là : Il y a dans l’Église, entre les fidèles, commu­nion des biens ; c’est ce qu’on appelle La communion des saints.

143. – Mais parmi les membres de l’Église, le membre principal est le Christ, parce qu’il en est la tête. L’Apôtre écrit aux Ephésiens (1, 22-23) : Dieu l’a donné pour tête à toute l’Église, qui est son corps. Les biens et les richesses du Christ Jésus sont donc communiqués à tous les chré­tiens, comme la vertu et les énergies de la tête le sont à tous les membres du corps. Et cette communication s’effectue par les sacrements de l’Église, dans lesquels agit la vertu de la passion du Christ et elle y agit pour conférer la grâce en vue de remettre les péchés.

144. – Ces sacrements de l’Église sont au nombre de sept.

Le premier est le baptême, qui est une seconde naissance, qui est spirituelle.

Comme l’homme, en effet, ne peut pas posséder la vie charnelle s’il ne naît pas charnellement, de même il ne peut pas posséder la vie spirituelle, qui est la vie de la grâce, s’il ne renaît pas spiri­tuellement. Or cette régénération s’opère par le baptême. Le Seigneur Jésus, en effet, a dit à Nicodème (Jean 3, 5) : Personne, à moins de renaî­tre de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le Royaume de Dieu.

Et il faut savoir que, comme l’homme ne naît qu’une fois, de même il ne peut être baptisé qu’une fois. C’est pourquoi les Saints Pères ajou­tèrent dans leur symbole: « Je confesse qu’il y a un seul baptême. »

Le baptême, en effet, a la vertu de purifier de tous les péchés et quant à la faute, et quant à la peine. C’est pourquoi aucune pénitence n’est imposée aux baptisés, si grands pécheurs qu’ils aient été ; et s’ils meurent aussitôt après leur baptême, ils s’envolent immédiatement dans la vie éternelle.

C’est pourquoi aussi, s’il appartient aux prê­tres seuls de baptiser, en vertu de leur charge, cependant, en cas de nécessité, n’importe quelle personne peut baptiser, à la condition toutefois de garder la forme du baptême, qui consiste dans ces paroles : « Je te baptise au nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit ».

Ce sacrement tire son efficacité de la passion du Christ. L’Apôtre écrit en effet aux Romains (6, 3) : Nous tous, qui avons été baptisés en Jésus-Christ, nous avons été baptisés en sa mort. C’est pourquoi, comme le Christ est demeuré trois jours dans le tombeau, de même il se fait une triple immersion dans l’eau.

145. – Le second sacrement est la confirma­tion.

Comme les enfants qui naissent ont besoin de force pour pouvoir agir, pareillement, à ceux qui naissent à la vie spirituelle, la force du Saint Esprit est indispensable. C’est pourquoi les Apô­tres, afin d’être rendus forts, reçurent l’Esprit Saint après l’Ascension du Christ. Jésus leur avait dit en effet (Luc 24, 49) : Demeurez dans la ville de Jérusalem, jusqu’à ce que vous soyez revêtus de la Force d’en-haut.

Or cette force est conférée dans le sacrement de confirmation. C’est pourquoi les personnes qui ont la charge des enfants doivent avoir très à coeur de les faire confirmer : parce que dans la confirmation on reçoit une grande grâce ; c’est pourquoi, si le confirmé meurt, il aura une gloire plus grande que le non confirmé, parce qu’il aura possédé une grâce plus abondante.

146. – Le troisième sacrement est l’Eucharis­tie.

De même que l’homme, dans sa vie corporelle, après sa naissance et après avoir pris des forces, a besoin de nourriture pour conserver et susten­ter cette vie, de même, dans sa vie spirituelle, après avoir reçu la force, il a besoin de cette nourriture spirituelle, qui est le corps du Christ. Jésus dit en effet à ses disciples (Jean 6, 54) : Si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme et si vous ne buvez son sang, vous n’aurez pas la vie en vous. C’est pourquoi, d’après le comman­dement de l’Église, chaque chrétien est tenu de recevoir au moins une fois l’an le corps de Jésus-Christ, et ce, dignement et avec pureté de cœur parce que, comme l’écrit l’Apôtre (1 Cor. 11, 29) : Quiconque mange et boit indignement le corps et le sang du Seigneur, c’est-à-dire celui qui les reçoit en ayant conscience d’un péché mortel, dont il ne s’est pas confessé ou qu’il n’a pas l’intention de ne plus commettre, celui-là mange et boit sa propre condamnation.

147. – Le quatrième sacrement est la péni­tence.

Il arrive au plan de la vie corporelle qu’un homme tombe malade et, s’il ne prend pas les remèdes appropriés, qu’il en meurt. De même, l’homme, dans sa vie spirituelle, peut devenir malade par le péché. C’est pourquoi il a besoin d’un remède pour recouvrer la santé ; et ce remède, c’est la grâce qui lui est conférée par le sacrement de pénitence. Le psalmiste chante dans le Psaume 102 (v. 3) : Dieu pardonne toutes tes fautes et il guérit toutes tes maladies.

Dans le sacrement de pénitence, trois actes sont requis de la part du pénitent, à savoir : la contrition, qui est une douleur du péché commis avec la résolution de s’en abstenir ; la confession entière de ses péchés ; et la satisfaction qui con­siste dans des bonnes œuvres.

148. – Le cinquième sacrement est l’Extrême Onction.

Dans la vie d’ici-bas, l’homme rencontre beau­coup d’obstacles qui l’empêchent de se purifier parfaitement de ses péchés. Et parce que person­ne ne peut entrer dans la vie éternelle s’il n’est pas entièrement purifié, il a fallu un autre sacre­ment, par lequel l’homme soit complètement purifié de ses péchés, délivré de son infirmité et préparé à entrer dans le royaume céleste; et ce sacrement est celui de l’Extrême Onction. Mais s’il ne guérit pas toujours corporellement le malade, cela vient de ce que le prolongement de sa vie n’eut peut-être pas été expédient pour le salut de son âme.

Voici l’enseignement de saint Jacques concer­nant ce sacrement (5, 14-15) : Quelqu’un parmi vous est-il malade ? Qu’il appelle les prêtres de l’Église et qu’ils prient sur lui, l’oignant d’huile au nom du Seigneur. Et la prière de la foi sau­vera le malade, le Seigneur le soulagera ; et s’il a commis des péchés, ils lui seront remis.

149. – Ce que nous venons de dire des cinq premiers sacrements montre que, grâce à eux, nous obtenons la plénitude de la vie de la grâce.

Mais comme il est nécessaire que ces sacre­ments nous soient conférés par des ministres déterminés, il a été également nécessaire que fût institué le sacrement de l’Ordre, par lequel ces cinq sacrements nous seraient dispensés.

Il ne faut pas considérer la vie des ministres qui confèrent les sacrements, si parfois ils tombent dans le péché, mais bien la puissance du Christ, de laquelle les sacrements tirent leur effi­cacité, ces sacrements dont eux-mêmes sont les dispensateurs. L’Apôtre écrit en effet aux Corin­thiens (1 ép. 4, 1) : Que les hommes nous regar­dent comme les ministres du Christ et comme les dispensateurs des mystères de Dieu.

Ce sixième sacrement est celui de l’Ordre.

150. – Le septième est le Mariage.

Si les hommes vivent dans le mariage avec pureté, ils sont sauvés et ils peuvent passer leur vie sans pécher mortellement. Les époux tombent parfois dans le péché véniel, quand leur concupiscence ne se porte pas en dehors des biens du mariage ; s’il en était autrement, ils pécheraient mortellement.

151. – Par ces sept sacrements, nous rece­vons la rémission de nos péchés.

C’est pourquoi, dans le symbole des Apôtres, aussitôt après avoir dit « Je crois à la commu­nion des Saints », nous ajoutons « Je crois à la rémission des péchés ».

152. – Aussi il a été donné aux Apôtres de remettre les péchés. C’est pourquoi il faut croire que les ministres de l’Église, auxquels les Apôtres ont transmis les pouvoirs qu’ils avaient reçus du Christ, pos­sèdent dans l’Église la puissance de lier et de délier et que, dans l’Église, le pouvoir de remettre les péchés est plein et entier, mais s’exerce par degrés, c’est-à-dire en partant du Pape, pour se communiquer aux autres prélats.

153. – Il importe aussi de savoir que non seulement la vertu de la passion du Christ nous est communiquée, mats aussi le mérite de sa vie. Et tous ceux qui vivent dans la charité entrent également en communication de tout ce que les saints ont opéré de bien, parce que tous ceux qui ont la charité, qu’ils soient en ce monde ou dans l’autre, tous sont un. Le Psalmiste dit en effet (Ps. 118, 63) : Entre en participation, Sei­gneur, des biens de tous ceux qui te craignent. C’est pourquoi celui qui vit dans la charité par­ticipe à tout le bien qui se fait dans le monde entier. Mais ceux pour lesquels un bien est ac­compli de façon plus spéciale ont part à ce bien de façon plus spéciale. Une personne en effet peut satisfaire pour une autre, comme il parait dans ce fait que de nombreuses congrégations religieuses admettent certaines personnes à avoir part à leurs biens spirituels.

154. – Ainsi donc, par cette communion, nous obtenons deux biens le premier est que tous ont part au mérite du Christ et le second est que le bienfait par une personne est com­muniqué aux autres.

C’est pourquoi les excommuniés, parce qu’ils sont en dehors de l’Eglise, n’ont aucune part au bien qui s’accomplit en elle ; ce qui est pour eux une perte beaucoup plus grande que la perte d’un bien temporel si grand soit-il.

Les excommuniés courent également un autre péril : il est hors de doute que ce genre de com­munication des bienfaits spirituels empêche le diable de pouvoir nous tenter. C’est pourquoi le diable triomphe plus facilement de ceux que l’ex­communication prive de ces suffrages et c’est aussi la raison pour laquelle dans la primitive Eglise, lorsque quelqu’un était excommunié, aus­sitôt le diable le tourmentait corporellement.