Le Credo par saint Thomas d’Aquin (VII)

Article 6 : (JE CROIS EN JÉSUS-CHRIST) : QUI EST MONTÉ AUX CIEUX, EST ASSIS À LA DROITE DE DIEU LE PÈRE TOUT-PUISSANT

96. – Nous l’avons vu, il faut croire à la résurrection du Christ ; nous devons ensuite croire en son ascension, par laquelle il est monté aux cieux le quarantième jour. C’est pourquoi nous disons dans le Je crois en Dieu : Il est monté aux cieux.

Dans l’ascension de Jésus, il y a lieu d’observer trois aspects : a) sa sublimité ; b) son caractère raisonnable ; c) son utilité.

97. – a) L’ascension de Jésus fut vraiment sublime, car il est monté aux cieux. Ceci peut être exposé de trois manières. D’abord, il est monté au‑dessus de tous les cieux matériels. L’Apôtre dit en effet aux Éphésiens (Ép 4,10) : Il est monté par‑delà tous les cieux. Le Christ, le premier, réalisa une telle ascension ; auparavant, en effet, il n’y avait de corps terrestre que sur la terre, si bien que même le paradis où vécut Adam était situé sur la terre.

En second lieu, le Christ est monté au‑dessus de tous les cieux spirituels, c’est‑à‑dire au‑dessus de toutes les natures spirituelles, comme saint Paul l’écrit aux Éphésiens (Ép 1,20‑22) : Le Père a fait siéger Jésus dans les cieux, à sa droite, bien au‑dessus de toute Principauté, Puissance, Vertu, Domination et au‑dessus de tout nom quel qu’il soit, non seulement en ce siècle‑ci, mais encore dans le siècle à venir ; et il a tout mis sous ses pieds.

En troisième lieu, le Christ est monté jusqu’au trône de Dieu le Père. Le prophète Daniel dit de lui (Dn 7,13) : Voici que, sur les nuées du ciel, venait comme un Fils d’homme, et il parvint jusqu’à l’Ancien des jours. Et nous lisons dans Marc (Mc 16,19) : Or le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et il est assis à la droite de Dieu.

98. – Quand nous parlons de la droite de Dieu, cette expression ne doit pas s’entendre d’une manière corporelle, mais dans un sens métaphorique. En effet, si, en disant de Jésus qu’il est assis à la droite de Dieu, nous pensons à sa divinité, cela signifie que Jésus est égal en tout à son Père ; mais si nous pensons à sa nature humaine, cela veut dire alors que le Christ jouit des dons les plus excellents.

C’est une telle excellence que le diable a ambitionnée. Je monterai, dit‑il (Is 14,13‑14) : dans les cieux, j’élèverai mon trône au‑dessus des étoiles de Dieu ; je m’assiérai sur la montagne de l’alliance au Septentrion ; je monterai sur le sommet des nuées, je serai semblable au Très‑Haut. Mais le Christ seul est parvenu à cette éminence. C’est pourquoi nous disons dans le Je crois en Dieu : Il est monté au ciel, il est assis à la droite du Père. Et nous lisons au Psaume (Ps 109,1) : Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Assieds‑toi à ma droite.

99. – b) Deuxièmement, l’ascension du Christ fut conforme à la raison, parce qu’il s’éleva jusqu’aux cieux, et cela pour trois motifs.

1° Le ciel était dû au Christ à cause de sa nature. Car il est conforme à la nature que chaque être retourne là d’où il tire son origine. Or, le Christ tire son origine de Dieu, qui est au‑dessus de tout. Jésus en effet a dit à ses Apôtres (Jn 16,28) : Je suis sorti du Père et je suis venu dans le monde ; maintenant je quitte le monde et je vais au Père. Et le même Jésus a déclaré à Nicodème (Jn 3,13) : Nul n’est monté au ciel, sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme qui est au ciel.

Et bien que les saints montent au ciel, cependant ils n’y montent pas de la même manière que le Christ ; le Christ en effet s’est élevé aux cieux par sa propre puissance, mais les saints s’y élèvent comme entraînés par le Christ. Aussi lui disons‑nous avec l’Épouse du Cantique (Ct 1,3) : Seigneur, entraînez‑nous à votre suite.

On peut dire également que personne ne monte au ciel si ce n’est le Christ. Le Christ en effet est la tête de l’Église, et les saints ne montent au ciel que parce qu’ils sont ses membres. Où que soit le cadavre, dit Jésus à ses Apôtres (Mt 24,28) : là s’assembleront les aigles.

2° Le ciel était dû au Christ Jésus en raison de sa victoire. Le Christ en effet fut envoyé dans le monde pour lutter contre le diable, et il sortit victorieux du combat : aussi il mérite d’être exalté au‑dessus de tout. Moi, j’ai été vainqueur, dit Jésus (Ap 3,21) : et je suis allé siéger avec mon Père sur son trône.

3° Enfin, le Christ méritait d’être au ciel à cause de son humilité. En effet, aucune humilité n’est aussi grande que celle du Christ, car, bien qu’il fût Dieu, il voulut devenir homme ; bien qu’il fût Seigneur, il voulut prendre la condition d’esclave, se rendant obéissant jusqu’à la mort (cf. Ph 2,7) ; et il descendit jusqu’en enfer. Aussi mérita‑t‑il d’être exalté jusqu’au ciel, au trône de Dieu. L’humilité en effet est la voie qui conduit à l’exaltation. Celui qui s’abaisse, dit le Seigneur (Lc 14,11), sera élevé. Et saint Paul écrit aux Éphésiens (Ép 4,10) : Celui qui est descendu, c’est le même qui est aussi monté par‑delà tous les cieux.

100. – c) Troisièmement, l’ascension du Christ est utile sous trois rapports. En premier lieu, Jésus est monté aux cieux pour nous y conduire, car nous n’en connaissions pas le chemin, mais lui‑même nous l’a montré. Il est monté, dit Michée (Mi 2,13), ouvrant ainsi la voie devant eux. Ensuite, Jésus s’est élevé au ciel pour nous donner l’assurance de posséder le royaume céleste. Je vais, dit‑il aux Apôtres (Jn 14,2), vous préparer une place.

L’utilité de l’ascension apparaît en second lieu dans la sécurité qu’elle nous apporte. Jésus en effet est monté au ciel pour intercéder en notre faveur auprès de son Père. Il s’est approché de Dieu par lui‑même, dit l’Apôtre (He 7,25), et il est toujours vivant pour intercéder en faveur des hommes. Et saint Jean écrit dans sa première épître (1 Jn 2,1) : Nous avons près du Père un avocat, Jésus‑Christ.

En troisième lieu, l’ascension du Christ est d’une grande utilité pour attirer nos cœurs à lui : où est ton trésor, dit le Seigneur (Mt 6,21), là aussi est ton cœur ; et pour nous faire mépriser les biens temporels. L’Apôtre écrit en effet aux Colossiens (Col 3,1‑2) : Si vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d’en‑haut, là où se trouve le Christ, siégeant à la droite de Dieu ; affectionnez‑vous aux choses d’en‑haut et non à celles de la terre.