Huitième centenaire de la mort
de saint François d’Assise
Calendrier mural (42x27cm), couleurs et images soignées, français et italien. Prix : offrande libre. L’expédition du calendrier par la poste peut prendre un peu de temps. Nous vous invitons à être patient.
Éditorial
J’ai lu dans un communiqué du Centro Studi Giuseppe Federici : “Dans le cinquième volume de la Storia Sociale della Chiesa, Mgr Umberto Benigni introduisait ainsi son étude sur la figure de saint François d’Assise : “Notre plume ne s’est jamais bercée de l’illusion d’être à la hauteur de certaines figures glorieuses de l’histoire chrétienne ; elle se sent bien petite devant lui. Mais c’est lui qui l’a animée pour la faire revivre”.
Moi aussi, bien plus que Mgr Benigni, grand historien et qui plus est ombrien comme François, je me sens bien petit devant ce grand Saint, mais en même temps, j’espère qu’il guide aussi ma plume – en ce huitième centenaire de son entrée au Ciel – au regard de l’amour et de la dévotion que je lui porte.
Tout chrétien – par son baptême – est “un autre Christ” et doit demander une “connaissance intime du Seigneur qui s’est fait homme, afin de L’aimer avec plus d’ardeur et de Le suivre avec plus de fidélité” (Exercices spirituels, deuxième semaine), pour l’imitation, précisément, du Christ. “Autre Christ” est aussi le prêtre, qui a reçu de Lui le pouvoir de consacrer Son Corps et Son Sang en offrant le Sacrifice du Nouveau Testament, renouvellement non sanglant de celui du Calvaire, et qui a aussi reçu le Saint-Esprit pour remettre ou retenir les péchés : chacun connaît le respect et la vénération de saint François pour le prêtre, lui qui n’était que diacre, dûs à son amour d’adoration pour l’Eucharistie. “Autre Christ” est aussi le religieux, qui, en suivant les conseils évangéliques, marche dans les pas de son Maître et de son Roi en L’imitant dans la pauvreté, dans la chasteté et dans l’obéissance. Saint François, qui vécut l’Évangile à la lettre et sine glossa fut en cela vraiment et parfaitement alter Christus. Sur la montagne de l’Alverne, le Christ crucifié imprima Ses sacrés stigmates pour sceller cette impressionnante et parfaite ressemblance entre saint François et son Seigneur. Mais tout comme le Christ, la figure de saint François est horriblement défigurée, comme Mgr Benigni le faisait déjà remarquer : ce que les modernistes faisaient du Christ, leur ami le fit : “le triste protestant rationaliste Paul Sabatier qui du «Franciscus vir catholicus» voulut faire un vague spiritualiste, panthéiste, bouddhiste occidental. Il est vrai que s’ils ont fait cela au Stigmatisé, ils ont fait bien pire à son Crucifié ; et en cela aussi l’extatique de l’Alverne suit la passion posthume du divin Maître”. Le Cantique des Créatures n’exalte pas tant le Créé que le Créateur, dont il voit la Bonté qui se reflète dans le monde créé. Des créatures et de leur beauté il s’élève au Créateur, en invitant au pardon, à la patience, à embrasser la croix, pour conclure en parlant des fins dernières, si contraires à l’homme moderne et à la nouvelle religion : “Loué sois-Tu, mon Seigneur, pour notre sœur la mort corporelle, à qui nul homme vivant ne peut échapper. Malheur à ceux qui meurent en péché mortel ; heureux ceux qu’elle surprendra faisant Ta volonté, car la seconde mort ne pourra leur nuire”. Saint François est vraiment le “vir catholicus, totus apostolicus” qui s’oppose à l’hérésie cathare et manichéenne, laquelle attribue à un dieu maléfique l’œuvre de la création, et qui en conséquence rejette l’Incarnation, la maternité divine de Marie, l’Eucharistie, la Passion, les sacrements, l’Église… Cette Église que saint François est appelé à restaurer par la voix du Crucifix de Saint-Damien, en recevant la confirmation de sa mission par les plus splendides figures de la papauté médiévale : Innocent III, Honorius III et Grégoire IX (son ami Ugolino, des comtes de Segni). Avec la fondation du Tiers-Ordre, indiqué par Léon XIII comme un grand moyen pour la restauration de la société chrétienne, saint François fut aussi “le fondateur d’un mouvement de pénitence, ample et universel, pour le moine pénitent, pour le moine missionnaire, pour le prêtre séculier, pour le laïc ; il y en a pour tous, d’Antoine de Padoue à Louis IX, de Claire d’Assise à Élisabeth de Hongrie, de ces grands à une armée infinie de frères, de moniales, de tertiaires, en plus des toujours plus nombreuses congrégations qui se réclament de son nom.
Voilà pourquoi le franciscanisme fut dès le début la barrière qui s’élevait, comme par enchantement, face à l’hérésie et à la démagogie qui se dissimulaient aux quatre coins de l’Occident. Voici les innombrables essaims des phalanges apostoliques, à travers les villes, les villages et les campagnes, qui sèment «fraternellement» la parole et l’exemple pour ramener ceux qui sont séduits par les extravagances pseudo-mystiques et les préjugés et les haines antichrétiennes et antisociales, vers un idéal humble et efficace de vie pure et modeste, tranquille et endurante par amour de Dieu.
Très forte, très méritoire fut, comme nous verrons bientôt, l’œuvre de Dominique et de ses frères prêcheurs, rapidement spécialisés dans le combat doctrinal et inquisitorial, où ils furent des sommités : mais du point de vue global qui nous occupe – la défense contre l’assaut subversif de la société – le franciscanisme occupe le front de la bataille, et y demeure encore aujourd’hui, plus que d’autres, parce que l’esprit franciscain descendit au plus profond de l’âme, de ses besoins et de ses misères ; c’est la raison pour laquelle il arriva et il arrive dans ce sous-sol spirituel qui est toujours le même, à travers les siècles, les époques, leurs crises” (Mgr Benigni). Si le franciscanisme fut par la suite entaché par les “fraticelles” et par les “spirituels”, cela ne peut être imputé à saint François mais à la mauvaise plante du faux prophétisme de Joachim de Flore, que les grands Saints franciscains, comme saint Bonaventure ou saint Jean de Capistran combattirent toujours efficacement. C’est pourquoi la tradition raconte la rencontre et le baiser fraternel, à Rome, entre saint François et saint Dominique. S’agissant de la “poussée subversive de la crise médiévale”, Mgr Benigni écrit : “on doit conclure que les dunes les plus résistantes à la trouble et impétueuse marée furent le franciscanisme et le dominicanisme comme Ordres, et l’Inquisition avec la Croisade” (faisant allusion à celle contre les Albigeois : réalisme ‘benignesque’!). Pour cela, c’est à raison que Mgr Benigni les unit dans sa louange : “Dans le grand tableau historique, François et Dominique brillent comme un radieux diptyque, que leurs fils ont parfois oublié dans la surexcitation des luttes d’école. Mais demeure toujours, vraie et lumineuse, l’antienne chantée par les deux ordres : ‘le chérubique Dominique et le séraphique François nous ont enseigné Votre loi, Seigneur !’”.
Je conclus en citant en entier la belle antienne des premières Vêpres de la fête de saint François : “Franciscus vir catholicus, et totus apostolicus, Ecclesiæ teneri fidem Romanæ docuit, presbyterosque monuit præ cunctis revereri”.
Et comme l’Église nous le fait demander dans l’oraison de la sainte Messe, que cette année franciscaine nous donne par la grâce du Seigneur Crucifié et par l’intercession de Sa très Sainte Mère, en imitant le Saint d’Assise, de “terrena despicere et cælestium donorum semper particitatione gaudere”. Pax et Bonum !
Abbé Francesco Ricossa