Hommage au Cardinal Hector-Irénée Sevin archevêque de Lyon
pour les 110 ans de sa mort 4 mai 1916 – 2026
Hector-Irénée Sevin (1852 † 1916), est né à Simandre dans l’Ain en 1852. Il est ordonné prêtre du diocèse de Belley en 1876. A peine ordonné il est nommé professeur de dogme au grand séminaire de Brou, puis il devient successivement professeur d’écriture sainte et d’histoire ecclésiastique et ensuite directeur spirituel du séminaire, avant d’être nommé chanoine honoraire puis titulaire et en 1904 vicaire général du diocèse de Belley. En 1908 il est nommé évêque de Châlons-sur-Marne par saint Pie X.
« Partisan des “méthodes nouvelles” mais hostile aux idées nouvelles, il se détourna de l’Action populaire de Reims (cf. à ce propos le n° 73 de Sodalitium éd. fr.) qu’il avait d’abord encouragée et, le 6 mars 1909, condamnait le Sillon dans une longue lettre doctrinale suivie d’une ordonnance. Quand Pie X, le 25 août 1910, confirma ce jugement dans sa lettre sur le Sillon (sur le Sillon on peut écouter la conférence de M. l’abbé Ricossa tenue à Paris en 2010, https://www.youtube.com/watch?v=8KtgjURnaAg), “l’opinion fut presque unanime à en attribuer la rédaction à Mgr Sevin”, écrit son biographe qui confesse que “ces belles pages de langue française sont dignes de figurer dans son œuvre à une place d’honneur” (Louis ALLOING, Vie du cardinal Sevin, Lyon, Vitte, 1931, p. 284). Le Pape, qui savait pouvoir compter sur lui, le fit archevêque de Lyon (1912) et cardinal (1914).
“Pie X voit deux moyens surtout pour arracher la France à la Révolution satanique qui a conjuré sa perte : la communion fréquente, qui régénérera les individus, les œuvres confessionnelles, qui régénéreront la société; la communion fréquente, qui refera des mœurs chrétiennes et sanctifiera les âmes; le confessionnalisme, c’est-à-dire la doctrine catholique intégrale, qui nous libérera du laïcisme et du modernisme dont nous mourons. Le salut est là et non ailleurs. Pie X en est persuadé”, écrira-t-il bientôt, retour de Rome (Semaine religieuse de Lyon, 9 janvier 1914, p. 174).» (Emile Poulat, Intégrime et catholicisme intégral, 1969, p. 368)
Mgr Benigni écrivant à l’avocat Jonckx (membre belge du Sodalitium Pianum) disait de lui :
Je suis charmé que l’évêque de Lyon (Mgr Sevin) se soit abonné à la Correspondance Catholique (journal dirigé par Jonckx, organe des catholiques intégraux en Belgique). Il est pour nous quoiqu’il ne nous connaît pas personnellement.
Pour rendre hommage au grand évêque que fut le Cardinal Sevin voici un texte de lui, extrait de de sa Lettre relative au sacre de son auxiliaire Mgr J.-M. Bourchany, évêque titulaire d’Adrumėte, du 3 mars 1914. Dans ce texte il parle du rôle de l’évêque en rappelant la subordination qu’il doit avoir vis à vis du Pape et il en profite pour stigmatiser certaines erreurs :
« L’évêque, et c’est ici qu’apparaît bien toute sa grandeur et le rôle éminent qu’il joue dans l’Église universelle, l’évêque enseigne-t-il la vérité révélée, d’accord avec ses frères réunis ou dispersés, et pour tout dire en un mot, d’accord avec le Pape, il est infaillible. Tant qu’il est isolé, il peut mettre les ténèbres à la place de la lumière et donner au mal le nom de bien, mais lorsqu’il est étroitement associé au Souverain Pontife, et quand il s’appuie sur celui qui est le fondement de l’Eglise, “la colonne de la vérité”, son autorité devient irréfragable. Alors quiconque l’écoute écoute Jésus-Christ lui-même ; quiconque le repousse se condamne aux flammes éternelles (1).
Aussi n’est-ce pas uniquement par dévotion, mais par nécessité, si j’ose ainsi parler, que l’évêque s’approprie le mot de saint Jérôme : “Cathedræ Petri communione consocior : je ne fais qu’un avec la Chaire de Pierre”. On a dit d’un prélat (2) que nous avons connu longtemps et que nous n’avons cessé de vénérer : “Lorsqu’il ne regardait pas du côté du ciel, il regardait du côté du Vatican”. C’est, en effet, de ce côté qu’un évêque doit tourner habituellement ses regards, et c’est de ce côté aussi qu’il doit tenir son oreille constamment attentive, afin de connaître ce que pense, ce que veut le Chef de l’Eglise, et cette pensée, cette volonté une fois connues, doivent devenir sa pensée et sa volonté. Obéir au Pape est pour nous, avons-nous dit, une nécessité si nous voulons suppléer à ce qu’il y a de chancelant et d’imparfait dans l’autorité doctrinale dont Notre-Seigneur nous a investis ; nous nous y obligeons, par des serments réitérés, au jour de notre sacre, et il ne nous en coûte pas de les garder (…).
Or, pourquoi le Fils de Dieu nous fait-il participer à sa puissance doctrinale et à la solidité de Pierre ? C’est afin que nous annoncions l’Evangile de la paix et tous les vrais biens : ad evangelizandum pacem, ad evangelizandum bona (3).
Mais en quel temps devons-nous exercer ce magistère ?
Faut-il rappeler l’ignorance qu’on rencontre aujourd’hui jusque chez le peuple fidèle ? Où en sont ceux-là mêmes qui se disent catholiques ? Ils ont étudié leur religion à un âge où ils ne pouvaient pas bien la comprendre, lorsqu’ils fréquentaient le catéchisme, et ils n’y sont jamais revenus dans la suite. Peu à peu, leurs connaissances se sont effacées, et les plus hauts mystères leur sont maintenant inconnus. Cependant, il y a dans la religion des vérités qu’on ne peut ignorer sans exposer son salut. Ajouterons-nous que la plupart des questions qui sont débattues dans la presse et dans nos assemblées sont des questions religieuses ?
Est-ce merveille si des catholiques, aussi étrangers aux choses de la foi, embrassent l’hérésie sans même la soupçonner, prennent parti contre l’Église sans même s’en rendre compte ? Faut-il s’étonner s’ils excusent ensuite tous les attentats et jusqu’aux lois les plus nettement hostiles à la religion ? Des croyances de ce genre peuvent-elles être une force dans la vie, un principe de conduite et d’action ?
Parlerons-nous des erreurs de notre temps Elles sont toutes nées du protestantisme et du libre examen qui lui sert de règle doctrinale.
Chez quelques-uns, elles ont été poussées jusqu’à l’athéisme, et l’attaque dirigée par eux contre le catholicisme est bien la plus radicale, la plus systématique, la plus universelle qui se puisse concevoir. Déjà elle a provoqué de nombreuses apostasies chez les savants, et elle travaille, avec le concours de l’État, de la presse et de l’école publique, à entraîner les masses populaires, que dis-je ? l’enfance elle-même.
Chez d’autres, l’erreur, fille de la libre pensée, s’est arrêtée au modernisme et au sillonisme. Des hommes, qui se disent catholiques, choisissent entre les doctrines de l’Église, éliminent celles-ci, acceptent celles-là, et interprètent à leur guise celles qu’ils conservent. La foi n’est pas pour eux l’acte d’une intelligence qui se soumet à Dieu et à l’Église enseignante, mais l’acte d’un esprit qui, s’érigeant au-dessus de tout, cite à sa barre Jésus-Christ et la hiérarchie. Chez ces singuliers fidèles, plus rien que des croyances diminuées, mutilées, abâtardies ! Cependant, ils ont, en certains milieux, égaré l’opinion de telle sorte que l’intégrité de la foi est taxée de vice ou de faiblesse, et que le nom d’intégriste y est lancé comme une injure à ceux qui font profession d’admettre tout que la hiérarchie enseigne et dans le sens où elle l’entend.


Notes :
(1) Marc. XVI, 16.
(2) Mgr de Langalerie, évêque de Belley. Oraison funèbre, par M. Laprie.
(3) Pontif. Roman. In consecratione Episcop. Præfatio.