Dissertation dogmatico-théologique sur le purgatoire, de saint Alphonse de Liguori

I. Le premier qui nia le purgatoire, ce fut Arius, l’an 304 ; d’autres hérétiques l’ont nié ensuite, tels que les Valdéricus et Jean Hus. Luther l’a nié aussi ; il a fini pourtant par l’admettre en un certain lieu, mais il a prétendu faussement qu’on ne pouvait en prouver l’existence par l’Écriture. Calvin, au contraire, dans son livre de l’Instruction, l’a tout-à-fait nié ; il l’appelle même commentum diaboli, invention du diable. Mais la sainte Église catholique, dans le concile de Trente (sess. 25, in decret. de purg.), nous assure qu’il y a un purgatoire, et que cela résulte de l’Écriture. Dans le 2e livre des Machabées, chapitre XII, on lit ces mots : Sancta ergo et salubris cogitatio pro defunctis exorare, ut a peccatis solvantur. Il est encore écrit dans l’Évangile de St.-Mathieu (v. 26.) : Amen dico tibi, non exies inde, donec reddas novissimum quadrantem. Il y a donc, dans l’autre vie, un lien d’où l’on sort, après avoir satisfait la justice divine et expié jusqu’au péché le plus léger. Tels sont les péchés véniels, qui ne méritent pas les peines de l’enfer, puisque le coupable n’en est pas moins serviteur de Dieu ; qui ne permettent pas non plus qu’il aille au ciel, où ne saurait entrer la plus petite souillure ; il va donc au purgatoire, où il se lave de toutes ses taches.

II. Dans un autre passage du même évangéliste (XII, 32), il est dit que si quelqu’un blasphème contre le St.-Esprit, non remittetur ei neque in hoc seculo, neque in futuro. Sur ce texte St. Grégoire (lib. IV. dial. c. 39), dit que, de legibus culpis esse purgatorias ignis credendus est. Bède, St Fulgence, St Bernard, Tertulien, St Cyprien, St.-Cyrille de Jérusalem, St.-Grégoire de Nice ; St.-Ambroise, St.-Jérôme, St.-Chrysostôme, St. Augustin, pensent tous de la même manière. Cette vérité avait été établie avant le concile de Trente par le 2e concile de Lyon, où il est dit : Animam (credimus) pænis purgatoriis puniri. On lit aussi dans les actes du concile de Florence : Animas purgari post mortem, etc. Celui qui désire plus de lumières sur ce point, peut lire mon livre sur le concile de Trente, ayant pour titre : Opera dogmatica, etc. ; il y trouvera la matière pleinement discutée, avec la réfutation des objections des hérétiques.

Paragraphe I.
Des peines du purgatoire.

III. Quant aux peines du purgatoire, on peut dire que la plus grande peine que souffrent les âmes pieuses, qui, bien qu’emprisonnées, aiment Dieu de toutes leurs forces, c’est d’être éloignées de leur époux et de ne pouvoir le contempler face-à-face. Les autres peines sont graves, sans doute, mais elles ne sont rien au prix de cette privation ; et les âmes les souffriraient volontiers mille et mille fois plus fortes, pour pouvoir jouir de la présence de leur Dieu.

IV. Quant à la nature de ces peines, St.-Thomas dit que chaque peine corporelle du purgatoire excedit maximam paenam hujus vitæ. (IV. Dist. 21. quæst. 3.) Et St.-Augustin ajoute : Que le feu du purgatoire est plus douloureux que tous les tourments qu’on peut souffrir sur la terre. Toutefois St.-Bonaventure (in IV dist. 20.) nie que chaque peine du purgatoire soit plus grande que celles qu’on peut souffrir en cette vie ; car, s’il y a au purgatoire la peine immense d’être privé de la présence de Dieu, cette peine se mitige par la certitude de l’obtenir dans peu ; et plus on s’approche du moment de la jouissance, plus la peine perd de son âpreté.

V. On demande s’il y a dans le purgatoire la peine du feu. Le cardinal Gotti (Theol. tom. III. quæst. 3. de purg) l’affirme, en se fondant sur le texte de St.-Paul: Unius cujus unique opus, quale sit, ignis probabit. (I. Cor. III. 13.) Si cujus opus asserit, detrimentum patietur ; ipse autem salvus erit, sic tamen quasi per ignem. (Ibid. V. 15). Ce texte semble prouver que la peine du feu existe dans le purgatoire. Les Grecs néanmoins, d’après St.-Chrysostome, interprètent le mot feu par un lieu rempli de ténèbres et de tristesse, et ils ont soutenu cette opinion au concile de Florence. Mais le cardinal Gotti soutient que l’opinion des Latins est générale, et qu’elle est sans contredit la plus vraie ; il ajoute que nous ne devons point nous en départir ; que, bien qu’il y ait au purgatoire des lieux de douleur et de ténèbres, nous ne devons pas abandonner le sens propre du mot employé par St.-Paul, tel qu’il est entendu par St.-Augustin, St-Grégoire, St.-Bernard et d’autres ; il dit enfin que, suivant la règle générale, on ne doit pas, sans nécessité, s’éloigner du sens littéral des termes. Bellarmin (de purg. c. 2.) prouve que telle est l’opinion commune des théologiens. Estius (lib. IV. d. 21) dit la même chose, ajoutant que ce n’est pas sans raison que l’Église, dans ses canons, demande du secours pour les âmes contra ardorem ignis.

VI. On dit de plus que les Grecs eux-mêmes, dans le concile de Florence, à la fin de la session 25, (de purgat.), out admis l’opinion des Latins, en disant : Quod vero de igne purgatorio dicitis, hoc etiam suscipimus. Un docte écrivain, dans un livre intitulé : Animadversiones contra Ant. Jenuens., dit qu’aujourd’hui les Grecs sont presque tous d’accord avec les Latins, ainsi qu’on peut le voir dans Allace et dans leurs rituels, où ils prient ut anime ad purgatoriis ignibus liberentur.

VII. St. Thomas dit encore que les démons seront en présence du ces saintes âmes pour les affliger, mais non pour les tourmenter par des supplices ; car il n’est pas juste que ces âmes, qui ont triomphé de leur ennemi, puissent être encore tourmentées par lui, comme Dieu permit que Job le fût dans cette vie, qui est un lieu de combat ; le purgatoire n’est pas un lieu de combat, mais un lieu d’expiation.

VIII. La clémence divine, dit Dominique Solo, ne permet pas que ces âmes, amies de Dieu, soient séparées de lui plus de dix ans ; mais cette opinion n’a pas été adoptée, et même sa proposition 43, ainsi conçue : Annuum legatum pro anima relictum, non durat plusquam per decem annos, fut condamnée par Alexandre VII. Estius et beaucoup d’autres disent qu’il est plus naturel de penser que les peines s’étendent bien au-delà de dix ans. St.-Augustin (lib. XX. de Civit. Dei. cap. 25.) dit que beaucoup d’âmes ne recevront la pleine rémission de leurs péchés qu’au jour du jugement dernier. Le cardinal Gotti croit qu’à mesure que le terme de la peine s’approchera, elle deviendra moins aigüe ; et quant à ce qui concerne la peine des sens, St.-Bernard dit dans la vie de St.-Malachias, que ce saint, priant pour sa sœur, s’aperçut que la peine diminuait chaque jour, jusqu’à ce qu’enfin il vit l’âme de sa sœur unie à Dieu.

IX. Il est vrai, au reste, que ces âmes prisonnières souffrent beaucoup, mais c’est avec autant de résignation que de patience. Dormiunt in somno pacis, comme il est dit au canon de la messe ; elles aiment Dieu de toutes leurs forces, faisant des actes continuels, ou pour mieux dire ne faisant qu’un acte continuel d’amour ardent, comme dit St.-Thomas ; car, possédant déjà le trésor de la parfaite charité, cette vertu ne peut rester oisive dans une âme séparée du corps : le corps seul aurait pu l’arrêter dans la production d’un tel acte d’amour. La rigueur même des tourments, en agissant sur les organes corporels, ne peut affecter l’âme, puisque le corps en est séparé.

X. Quant à la situation du purgatoire, Estius et St. Thomas rapportent que l’opinion commune des docteurs, opinion à laquelle on ne saurait résister sans témérité, est qu’il se trouve placé dans les entrailles de la terre, mais loin des portes de l’enfer, pas si loin pourtant qu’on ne puisse conjecturer quel intervalle sépare les deux lieux. Estius ajoute (lib. IV. dist. 21. S. 3.) que c’est l’avis de St.-Grégoire (lib iv. dial. c. 42.), et celui de toute l’école.

XI. Quelques-uns ont pensé que certaines âmes ont été assujetties dans le purgatoire à des peines si graves, qu’elles se croient elles-mêmes damnées. Mais cela ne peut être exactement vrai, car les âmes damnées doivent souffrir bien autrement que les âmes qui sont déjà assurées de leur salut. D’autres prétendent que certaines âmes restent dans le doute sur leur avenir, jusqu’à ce qu’elles soient parfaitement purifiées, et c’est là l’opinion de Luther ; et, chose étrange ! ce même Luther, qui veut que les chrétiens deviennent certains de leur salut lorsqu’ils ont la foi, veut que les âmes qui se purifient restent dans le doute ! Mais cette proposition de Luther, qui est la 38e, fut condamnée, avec beaucoup d’autres de cet hérésiarque, par le pape Léon X.

XII. La vérité est, que toutes les âmes du purgatoire sont sûres de leur salut éternel ; sorties de cette vie en état de grâce, elles ont reçu cette certitude au moment de leur jugement. Ainsi l’affirment St.-Cyprien (lib. de mort.) et St.-Augustin (De prædest. LV. cap. 14.) ils ajoutent que c’est là un point de foi catholique. D’ailleurs, cette certitude salutaire, ces âmes pourraient l’acquérir en voyant l’état de paix intérieure où elles se trouvent, et la résignation inaltérable avec laquelle elles souffrent les peines qui leur sont infligées. Le même amour qu’elles ont eu pour Dieu, leur promet l’entrée du royaume éternel, et leur donne l’espérance de jouir bientôt de la présence divine ; elles n’ignorent pas que les damnés ne peuvent plus espérer ni par conséquent, aimer Dieu. C’est pour cela qu’on dit dans le canon de la messe : Memento, Domine, famulorum tuorum qui nos præcesserunt cum signo fidei, et dormiunt in somno pacis. On ne pourrait certainement pas s’exprimer ainsi, dans le cas où ces âmes douteraient de leur salut.

Paragraphe II
Des suffrages pour les morts.

XIII. Le saint concile de Trente, dans sa session 25 (decr. de purgat.), a fait cette déclaration : Cum catholica Ecclesia in hoc synodo docuerit purgatorium esse, animasque illic detentas fidelium suffragiis, potissimum vere altari sacrificio juvari, etc. La principale raison que donne St.-Thomas (suppl. qu. LXXI. ar. 6.), de la valeur de ces suffrages, est tirée de la communion des Saints et de l’union qui existe entre l’Église militante, l’Église purifiante et l’Église triomphante. C’est ce qui rend très-probable que les bienheureux peuvent prier pour les âmes du purgatoire, suivant l’opinion du même docteur, (qu. LXXII. art. 3.), contre celle de Dominique Soto, puisque les bienheureux ne forment qu’un seul corps, comme le dit l’Apôtre (I. Cor. XII. 26.), et si quid patitur unum membrum, compatiuntur omnia membra ; ce qui les porte à s’aider les uns les autres ; et les Saints qui, dans leur sollicitude, prient pour les vivants, doivent prier aussi pour ces âmes affligées. Qu’on ne dise pas que les Saints ne peuvent pas acquérir de nouveaux mérites ; St.-Thomas répond que s’ils ne peuvent en acquérir pour eux-mêmes, ils le peuvent certainement pour les autres. Licet sancti non sint in statu merendi sibi, sunt tamen aliis. Aussi, l’Église militante, dans ses prières pour la recommandation des âmes, prie les Anges et les Saints de les secourir ; subvenite Sancti Dei, occurrite Angeli ; et dans un autre lieu (in Missali. Num. 35.) : Omnipotens sempiterne Deus, ut quos seculum futurum jam exutos corpore suscepit, intercedentibus omnibus sanctis tuis, pietatis tuæ clementia, omnium delictorum suorum veniam consequantur.

XIV. Il ne faut pas dire non plus que l’œuvre de l’un ne peut pas être comptée à l’autre, pour acquérir la gloire, qu’on ne peut gagner que par son propre mérite ; St.-Thomas répond que moyennant la communication qui s’établit entre les individus par la charité, les œuvres des Saints peuvent profiter aux autres, et réciproquement. Quant à ce qui est avancé par quelques-uns, qu’avant le jour du jugement, les damnés peuvent être secourus par des suffrages, s’ils ont reçu les lumières de la foi et les Sacrements durant leur vie, St.-Thomas le réfute victorieusement.

XV. On demande encore si les âmes du purgatoire peuvent prier pour les vivants ; les uns le nient, d’après ces paroles de St. Thomas (J. II. quart. 83. art. 11.) Illi qui sunt in purgatorio etsi sint superiores nobis propter impeccabilitatem, sunt tamen inferiores quantam ad paenas quas patiuntur ; et secundum hoc, non sunt in statu orandi, sed magis ut oretur pro eis. Par cette raison, dit Antoine de Gênes, (Ant. Jen. tom. II. p.178.) que c’est par suite d’une erreur populaire que les vivants invoquent l’appui des âmes du purgatoire. Mais c’est sans raison qu’il appelle cela un abus ; le cardinal Gotti, très attaché d’ailleurs aux doctrines de St.-Thomas, écrit que l’opinion commune est contraire à l’interprétation d’Antoine de Gênes. Cette opinion commune a pour elle Bellarmin, Sylvius, Estius, Lessius, Vallence, Gabriel, Suarez, Medina et beaucoup d’autres ; elle nous paraît aussi la plus probable. Le cardinal Bellarmin, (De purg. cap. 15.) s’exprime ainsi : Quanquam St.-Thomas contrarium doceat, tamen ratio ejus non convincit ; nam si animæ illæ non orant pro nobis, vel causa est quia non vident Deum, vel quia sunt in maximis tormentis, vel quia sunt nobis inferiores : sed nihil horum dici potest. Bellarmin prouve sa proposition par de longs raisonnements.

XVI. D’ailleurs, comme le fait observer le cardinal Gotti d’accord avec Sylvius, l’Angélique ne contredit pas l’opinion commune, car il ne dit pas que les vivants ne peuvent recevoir aucun secours des prières des âmes du purgatoire, ni que ces âmes ne prient point pour les vivants ; il dit seulement que par rapport aux peines qu’elles endurent, elles sont inférieures à nous, et qu’elles ne sont guère en état de prier ; mais n’être pas en état de prier, ce n’est pas ne point prier. Quoiqu’elles ne puissent, en l’état où elles se trouvent, obtenir des grâces pour les autres, néanmoins connaissant l’amour que Dieu a pour elles. Nihil retat, dit Gotti, ut pro se orent et etiam pro nobis. Nous croyons pieusement que Dieu leur fait connaître les prières que nous faisons pour elles, et que, pleines de charité, elles prient pour nous à leur tour. On lit dans la vie de Ste.-Catherine de Bologne, que lorsqu’elle voulait obtenir quelque grâce, elle s’adressait aux âmes du purgatoire, et qu’elle ne tardait pas à recevoir des consolations ; elle disait même avoir obtenu par ce canal bien des faveurs qu’elle n’avait pas obtenues par l’intercession des Saints. L’histoire fournit au surplus mille exemples de faits semblables. St.-Augustin, parlant des morts, qui ne savent ce qui se fait sur la terre, dit qu’ils peuvent l’apprendre par les anges : Scire possunt ab angelis qui hic nobis præsti sunt. (De an. et spir. cap. 29. et de cura pro mort. c. 15.) Le P. Concina, quoiqu’il ait quelques doutes, convient que notre opinion est défendue par de très grands théologiens, au nombre desquels il faut compter le docte Estius, qui la défend sans restriction. Requirit hoc membrorum ejusdem corporis in charitate communi, præsertim cum (anima) non ignorent nos indigere suffragiis alienis. (In 4. d. XLIII. 9.)

Pour compléter cette dissertation, disons quelques mots de la question que pose dans un de ses ouvrages (de statu anim. cont. 5.) un certain carme déchaussé, nommé le P. Liberius. II demande si les âmes du purgatoire sortent quelquefois de leur prison, et se font voir sous quelque forme par les vivants. Il répond affirmativement. Il prétend d’abord que rien ne s’y oppose, si Dieu le permet, et dispense les âmes de l’obligation de rester, sans pouvoir en sortir, dans le lieu qui est destiné à leur purification. En second lieu, il rapporte beaucoup d’exemples qui confirment sa proposition et qu’il emprunte à des auteurs d’un grand poids. St.-Grégoire-le-Grand, (Dial. cap. 40.) dit d’un certain Parcasius qu’il apparut à St.-Germain, et dans le chapitre 55 il parle d’une autre apparition. St.-Pierre Damien (Epist. ad Desid.) raconte que St.-Séverin, évêque de Cologne, apparut à un prêtre de son église, et lui dit qu’il était au purgatoire, pour avoir récité en une seule fois le matin toutes les heures canoniales. St.-Bernard, dans la vie de St.-Malachias, dit que ce saint vit plusieurs fois sa sœur lui apparaître au purgatoire, et qu’il la vit enfin délivrée de ses peines par le moyen du sacrifice de l’autel. Guillaume rapporte dans la vie de St.-Bernard, que celui-ci eut l’apparition d’un de ses moines, qu’il avait tiré du purgatoire par ses prières. On trouve d’autres exemples dans Bède et Blosius, dans les révélations de Ste.-Brigitte et dans beaucoup d’autres auteurs.

Mais, dit-on, beaucoup de ces prétendues apparitions sont évidemment fausses. St.-Augustin répond que malgré cela, il y aurait une bien grande témérité à nier toutes les apparitions, puisque quelques unes sont prouvées par le témoignage de beaucoup d’hommes sages et éclairés. Magnæ impudentiæ est negare animas identidem a suis sedibus ad nos emitti, cum tot viri sapientes et Deo pleni, idipsum ratione et experimento comrobent suo. (De curâ pro mort.) Dieu ajoute-t-il, ne permettrait pas dans une matière aussi grave, que les docteurs de l’Église se trompassent, et qu’ils restassent dans l’erreur, lorsqu’ils parlent d’apparitions de ce genre, en confirmation des mystères de la foi, de la résurrection, de l’immortalité de l’âme, des peines et des récompenses de la vie future.

PRIÈRE.

Seigneur, je suis mille fois débiteur envers votre divine justice, et je sens que toutes les peines de ce monde ne suffisent pas pour me punir ; mais je n’ose pourtant vous prier de me délivrer des peines du purgatoire. Certes, je désire vivement d’aller bientôt au ciel pour vous aimer là de l’amour le plus parfait ; mais il est juste que ces feux salutaires viennent me laver de toutes les souillures dont je me vois couvert. Du reste je vous dis ô mon Dieu, que les peines du purgatoire ne m’effraient pas, puisque je sais que je serai là dans un lieu où il ne sera plus possible que je vous perde, et où je pourrai vous aimer de toutes mes forces. Ce qui m’épouvante, c’est l’enſer ; l’enfer où je ne pourrais plus vous aimer, où je vous haïrais, où je serais haï de vous. Délivrez-moi de cet enfer, Seigneur, je vous en conjure par ce sang que vous avez répandu pour moi avec tant de douleur. Je sais que mes péchés me rendent indigne de la grâce de vous aimer et d’être aimé de vous ; mais cette mort que vous avez soufferte pour mon salut, me donne une ferme espérance que je pourrai vous aimer toujours dans l’éternité. O mon Jésus, donnez-moi du courage et de la confiance. Le démon me dit qu’après avoir tant de fois méconnu votre amour et dédaigné votre grâce, je ne dois point prétendre au bonheur de vous aimer et d’être aimé de vous dans la patrie des Saints. Mais quand je me rappelle votre passion et les grâces que vous m’avez faites, malgré mes fautes nombreuses, je retrouve en moi une vive espérance. Mon Dieu ! je vous aime et veux toujours vous aimer ; je me donne à vous sans réserve, et si je ne puis le faire comme je le voudrais, je vous le demande ô mon Dieu, au nom de votre fils Jésus-Christ. Mère de Dieu, Marie, je vous aime et je me confie en vous : priez Jésus pour moi.