Le pape du concile – 16ème partie

Le secrétariat pour l’unité des chrétiens

(extrait de la revue Sodalitium n°39 de juin-juillet 1995)

Par M. l’abbé Francesco Ricossa

Il semble qu’ils ne se connaissaient pas. Au point que, à ce propos, on raconte une anecdote, typiquement roncalienne. Après la mort de Pie XII, le Père Bea “vivait encore plus retiré qu’avant” (1). Et il écrivait: “Je ne connais pas le nouveau Pape de près et, naturellement, je ne cherche pas à l’approcher. J’ai déjà assez à faire” (1). Parmi ces tâches, justement en cette période de 1958, “la lutte (…) en faveur de l’usage de la langue vulgaire dans la liturgie” (2)… L’année suivante, se produisirent les deux premières rencontres entre le Père Bea et Jean XXIII. «La première rencontre en mars 1959, alors que le Pape reçut en audience le personnel, et donc aussi les consulteurs du Saint-Office. Quand Bea lui fut présenté, le Pape, qui évidemment ne le connaissait pas, se limita à observer: “J’ai lu quelques-unes de vos publications. Continuez bien ainsi”. Deux mois après, Bea fut présenté de nouveau au Pape en même temps que les membres de la Commission Pontificale Biblique. Durant la présentation, le Pape demande: “Mais il y a deux Pères Bea?”. Il se souvenait, probablement, de l’avoir rencontré au cours d’une audience au Saint-Office. Entre-temps, en outre, Bea lui avait fait parvenir un avis sur l’usage de la traduction de Pie XII du psautier dans la liturgie, si bien que Jean XXIII fut surpris de trouver son nom dans des contextes si différents. À la question du Pape, Bea répondit promptement: “Non, Saint Père, il n’y en a qu’un, et c’est moi”» (1). Il semble vraiment un peu gros que Jean XXIII ne connût pas, au moins de nom, le recteur du Biblicum, le confesseur de Pie XII, l’auteur de la traduction du Psautier, traduction qui ne plaisait pas du tout au cardinal Roncalli… (3). Toutefois, on dirait qu’il en fut ainsi. Le fait est que les deux conscrits, venaient de mondes différents: l’un italien, l’autre allemand; diplomate ou Pasteur Roncalli, qui fut toujours tenu éloigné d’une Curie Romaine qu’il n’aimait pas et qui ne l’aimait pas, intellectuel au contraire le Père Bea, qui à Rome résidait en permanence depuis 1924, et connaissait à fond les Congrégations et les Palais Apostoliques.

Il ne semble pas ensuite que ces premières rencontres aient laissé une grande trace chez Jean XXIII. Il avait déjà nommé, le 15 décembre 1958, les nouveaux cardinaux (parmi lesquels Montini) et, surtout, il avait annoncé, le 25 janvier 1959, la convocation d’un Concile Œcuménique; tout ceci, semble-t-il, sans la moindre influence de Bea, qui se limite à envoyer à ses “amis” certaines de ses “réflexions” sur le Concile “et ses buts œcuméniques” à diffuser “sans toutefois mentionner l’auteur”! (4) Et dans les six mois qui passèrent de mai (date de la seconde rencontre entre Bea et Jean XXIII) à novembre, on n’a pas remarqué d’autres relations entre les deux. Et même, comme nous l’avons vu (n° 37, XIVème partie), trois encycliques avaient déjà été écrites et, justement au cours de ces six mois, la Commission antépréparatoire au Concile, dirigée par le cardinal Tardini, avait commencé et bien engagé ses travaux. Et il n’y a pas de trace de la contribution de Bea, contrairement au temps du Pape Pacelli, lequel lui confia, par exemple, un rôle important dans son encyclique sur les études bibliques, Divino afflante Spiritu. D’autre part la santé du jésuite de soixante-dix neuf ans déclinait visiblement: non seulement il passa à l’hôpital tout le temps de la maladie mortelle de Pie XII et du couronnement de son successeur (il resta au repos pendant un mois), mais il eut aussi une rechute entre avril et septembre 1959. Ce n’est pas pour rien que son biographe intitule le chapitre relatif à cette période: “Lentement vers un tranquille couchant?” (5). Malheureusement (pour l’Église, et aussi pour l’âme de Bea) il avait encore neuf ans à vivre… qui n’eurent rien à voir avec un tranquille couchant!

Bea devient cardinal

Le tranquille couchant fut interrompu par une nouvelle inattendue, arrivée “comme un coup de foudre dans un ciel serein” (Bea) ((6): le Père Bea serait cardinal! Le 12 novembre 1959, Jean XXIII écrivit au Père Bea: “Par cette lettre Nous vous informons qu’au prochain Consistoire Nous vous mettrons au nombre des Cardinaux du Sacré-Collège de la Sainte Église Romaine, pour vous manifester Notre bienveillance et pour récompenser par cette insigne dignité vos mérites pour l’Église…” (7). Le 15, Jean XXIII obtient l’accord indispensable du Préposé Général de la Compagnie (les jésuites font vœu de refuser toute dignité, à moins que le Pape ne leur donne ordre de l’accepter) et le lendemain la nouvelle fut communiquée d’abord à l’intéressé (qui reçut la lettre) et ensuite au public. Le Consistoire se réunit le 14 décembre 1959, durant lequel furent créés huit nouveaux cardinaux; parmi eux, un professeur de l’“Institut Pontifical Biblique”, le Père Bea précisément, et deux anciens élèves: Gustavo Testa, bergamasque comme Jean XXIII [que le Père Schmidt, à la page 322, confond avec Mgr Giacomo Testa, qui n’était qu’évêque] et Albert Meyer. Comme tous les cardinaux, Bea reçut le titre d’une église de Rome (la sienne fut celle de St Sabbas) (8) et fut inscrit parmi les membres de plusieurs Congrégations : celle des Rites, celle des Séminaires et des Universités, et la Commission Pontificale Biblique. Significativement, bien qu’il en fut consulteur, il ne fut pas inscrit parmi les membres du Saint-Office. Le cardinal Bea lui-même eut “l’impression qu’au Saint-Office on en voulait pas” (9). “En effet, quatre années passèrent avant que Bea, à l’automne 1963, soit compté parmi les membres de ce dicastère” (9).

Mais pourquoi Jean XXIII donna-t-il la pourpre au Père Bea?

Certains, déjà alors, pensèrent que Jean XXIII voulut confier à Bea “la direction et la coordination des travaux préparatoires du Concile Œcuménique” (10). Dans l’immédiat, ceux-ci se trompaient, même s’ils furent prophètes (ou bien informés?) pour le futur…

En réalité, nous l’avons vu, Jean XXIII ne connaissait presque pas le Père Bea et la décision de le créer cardinal a tout l’aspect d’une distinction pour une carrière brillamment conclue; un peu comme le titre de général qui se concède aux colonels qui partent en retraite. Selon des témoignages dignes de foi (Schmidt, Capovilla) on voulait récompenser par cette nouvelle dignité un membre de la Compagnie de Jésus, proche de Pie XII, en honorant en Bea le Pontife défunt. Une sorte d’hommage posthume à l’“ancien régime”. On pensait ensuite au renouvellement de la Commission Biblique, et Bea, un exégète, était la personne qui convenait. Pas de trace d’un intérêt spécial à Bea en vue de la préparation au Concile, encore aux mains de Tardini. En somme, Bea était considéré un peu comme “un petit vieux qui ne représentait plus rien” et le cardinalat comme “une récompense bien méritée dans le cadre d’une tranquille vieillesse” (11). Mais Jean XXIII ne tardera pas à s’apercevoir des “qualités” de son petit vieux, “qualités” qui étaient à l’époque bien remarquées dans les cercles œcuménistes, qui se réjouirent à juste titre de la promotion: “sans Bea le Pape Jean n’aurait probablement pas eu le Concile qu’il souhaitait(12). (Entre autres – soit dit en passant – le cardinalat guérit Bea de toutes ses maladies!) (11).

Les espérances des ennemis de l’Église

Si l’élévation au cardinalat de Bea laissa indifférents les milieux romains (sauf un peu d’inquiétude au Saint-Office, comme nous l’avons vu), elle ne manqua pas de réjouir les allemands et… les israéliens! “Le président du Congrès Mondial Juif envoyait un télégramme au Préposé Général de l’Ordre, souhaitant que la nomination de Bea contribuerait au renforcement de l’Église, dont la prospérité, en ces temps orageux, tenait à cœur à tous les hommes de bonne volonté”! «De Suisse on demandait, toujours de la part des juifs, par personne interposée, s’il n’était pas possible que Jean XXIII, en plus de la convocation du Concile, “convoquât en une réunion commune les fidèles de l’Ancien et du Nouveau Testament”» (13). Il est vraiment étrange que les juifs connurent Bea encore mieux que Jean XXIII et dirigèrent sur lui leurs espérances quand ils affirment que Bea “avant qu’il devînt cardinal n’avait pas eu de contacts avec les juifs et n’avait pas manifesté un intérêt spécial pour le judaïsme postérieur au Christ” (14). Si nous devions considérer comme bonne cette version, quel fut alors le motif pour lequel les juifs faisaient confiance à ce nouveau pourpré? Eux-mêmes le disent: “Il y a pourtant, semble-t-il, une manière (…) de voir la préparation d’Augustin Bea à la découverte du judaïsme. Là, deux éléments sont décisifs: la Bible et l’œcuménisme” (14). Laissons de côté la Bible, et portons toute notre attention sur l’œcuménisme. Les organisations juives savaient que le prudent et discret cardinal était en réalité un œcuméniste, et savaient que l’œcuménisme travaillait en faveur du judaïsme; Mgr Arrighi ne l’avait-il pas dit? “Quand vous devenez œcuménique, il faut y englober tout le monde” (15). Même les juifs. “Œcuménique”, Bea l’était certainement, et ses amis comptaient sur lui maintenant que le cardinalat lui ouvrait grand les portes: notre vieille connaissance (16), «l’archevêque de Paderborn, écrivait à Bea: “je suis particulièrement heureux (de la nomination), avec référence à la préparation du prochain Concile et à la cause de l’union dans la foi. Or vous pourrez plus efficacement élever la voix pour conseiller et pour contribuer à ce que cette cause avance vers sa réalisation”. Une autre personnalité de l’Allemagne Fédérale ajoutait: “Je suis l’un de ceux qui se réjouissent le plus de votre nomination. Depuis longtemps je prie le Seigneur de mettre aux côtés du pape Jean, dans ses efforts en faveur de la réunion de la chrétienté séparée, les bons collaborateurs. Or le Saint-Père a appelé Votre Eminence pour l’aider dans cette œuvre difficile. Nous savons combien cette cause lui tenait à cœur depuis de nombreuses années”» (14). Le même Bea se montra prêt à être comme le représentant en haut lieu des instances œcuménistes, le déclarant, selon Mgr Willebrands, «à Jean XXIII lui-même: “Je me réjouis de l’élection – lui dit Bea – surtout parce que, avec l’autorité et la responsabilité qui me sont confiées, je voudrais œuvrer pour la grande cause de l’union des chrétiens” (17). Donc, jusqu’au moment de l’élection au cardinalat de Bea, Jean XXIII fut mis par lui-même au courant de ses propensions en faveur de l’œcuménisme; on ne peut pas dire, donc, qu’il ne fut pas au courant…

D’autre part, les premiers actes publiques du pourtant prudent cardinal ne manquèrent pas de manifester, plus clairement que dans le passé, sa position. Dans la polémique entre l’Université du Latran et l’Institut Biblique, dont nous avons déjà parlé (18), il prit naturellement parti pour l’Institut dont il avait été le recteur, en écrivant “une énergique” lettre à celui du Latran, «lui faisant remarquer que le Biblicum était un Institut “Pontifical” en tout état de cause» (19). Il savait pouvoir compter sur Jean XXIII dans cette affaire. De la même manière, il confirma la politique johannique d’ouverture à gauche, dont nous parlerons ensuite, avec une homélie qui fut comprise “par l’opinion publique comme une implicite rectification” à celle dans laquelle le cardinal Ottaviani, au même endroit, deux mois avant, avait violemment dénoncé le président de la république italienne, Gronchi, pour son intention de se rendre à Moscou (20). Mais sans doute, le projet plus important achevé par le nouveau cardinal avec l’appui indispensable de Jean XXIII, fut la création du Secrétariat pour l’unité des chrétiens

Le projet œcuméniste de Bea et Jaeger (mai-décembre 1959)…

Comment arriva-t-on à la création du tout nouveau Secrétariat pour l’unité des chrétiens? “Tout le monde croira (…), jusqu’en 1984, que le plan présenté par Bea au pape dans une lettre du 11 mars 1960 était une émanation spontanée de Paderborn” (21). Mgr Jaeger aurait eu la brillante idée, aurait envoyé une supplique au Saint-Siège par l’intermédiaire du cardinal Bea, et celui-ci, touché, l’aurait transmise à Jean XXIII accompagnée de sa lettre d’approbation… En réalité, les deux, Jaeger et Bea, pensaient au projet déjà “six mois avant l’annonce de son cardinalat” (22), c’est-à-dire aux environs de mai 1959, et donc bien dix mois avant la lettre de Bea à Jean XXIII! On comprend maintenant pourquoi à Paderborn “c’est comme si l’annonce du Concile par le pape Jean était attendue depuis longtemps, sinon prévue” (23)! Un incident arrivé à Rhodes, durant la réunion du Comité Central du Conseil Œcuménique des Églises (août 1959), convainquit les deux prélats allemands de passer à l’action en concrétisant leur projet (24). Ainsi, le huit novembre 1959, Jaeger écrivit-il à Bea: “Le Vatican devrait (…) créer un bureau d’experts avec en annexe un bureau de presse” (22). Pour l’heure l’archevêque de Paderborn se contentait de peu de chose. Mais, entre-temps, Bea avait reçu l’annonce de sa nomination cardinalice! Le 30 novembre il pouvait répondre à son ami, en représentant quelque chose de plus qu’un simple bureau d’experts: “La chose la plus importante – écrivit-il – est certainement que le mouvement œcuménique ait quelqu’un qui le représente à Rome. Dès que les fêtes seront passées, j’en parlerai directement au Saint-Père. Comme à l’époque s’était créée une Commission pro Russia, de même maintenant on pourrait en créer une pro motione œcumenica(22). Mais, précisément, comment aurait réagi le “Saint-Père”?

…et les premières réactions de Jean XXIII

Nous nous sommes parfaitement compris” annonça triomphant le cardinal Bea à la sortie de l’audience avec Jean XXIII, le 9 janvier 1960, en s’adressant à son secrétaire, le P. Schmidt. Il ne fit pas d’autre confidence (22), mais le collaborateur du vieux jésuite comprit alors que c’était chose faite: “Je pense – écrit le P. Schmidt – qu’à partir de ce moment naquit entre les deux hommes de Dieu une entente et une confiance qui ensuite ne fera que croître et qui assurera au futur Secrétariat un vigoureux appui de la part du Pape, sans lequel il aurait eu un chemin bien moins rapide(25). (Encore une fois se vérifie l’adage: “Dis-moi qui tu hantes, je te dirai qui tu es”). Bea sonda le terrain et le trouva propice: il pouvait passer ainsi, fort de la sympathie de Roncalli, à la seconde partie du plan, déjà prévue avant la fatidique audience. En effet, le 1er janvier 1960, le cardinal avait écrit au directeur de l’Institut Johann-Adam Möhler de Paderborn (26), Mgr Stakemeier, pour lui proposer son plan: l’Institut aurait dû envoyer à Bea une instance formelle de création d’une Commission pour le mouvement œcuménique; lui l’aurait appuyé et transmise au Pape; entre-temps il lui en aurait parlé à la première occasion (probablement il le fit déjà le 9 janvier suivant) (27). Fort de la compréhension et de l’encouragement de Roncalli, Bea se mit au travail, corrigea le projet de Paderborn et rassura Stakemeier, par une lettre du 20 janvier: “Le Saint-Père sait que je m’occupe de la question œcuménique, et en est très content(28). Là-dessus aucun doute: Jean XXIII voyait dans le projet-Bea la réalisation de ses propres désirs pour le Concile qu’il avait convoqué. Mais… et la Curie? Et le Saint-Office? Et les cardinaux non œcuménistes? Que diraient-ils? Bea les connaissait bien. Ils devaient s’apercevoir du danger le plus tard possible. Il revient sur le projet qu’il avait demandé à l’Institut Möhler et le corrige à nouveau. Voilà les astuces du cardinal Bea (“Bea, le jésuite, est jésuitique” (29) écrit, malicieusement, l’ex-jésuite Hebblethwaite): «J’ai tenu compte – écrit-il – de l’expérience que j’ai acquise au cours des années dans les Congrégations romaines et à leur contact, pour éviter toute chose qui puisse heurter ou susciter des critiques. Ainsi j’ai… omis exprès de déterminer plus précisément les finalités et les charges de la Commission, pour ne pas irriter la susceptibilité des autres organes et créer des difficultés au projet… Après une longue réflexion, j’ai formulé le nom de manière à ne pas employer le terme “œcuménique” (30), puisque les discussions en relation avec le Conseil [Œcuménique des Églises] ont démontré qu’il avait été compris de différentes manières. Le titre actuel pro unitate christianorum promovenda se fonde… sur l’article 381 du Synode Romain de 1960, où il est dit: “baptismo homo… generali titulo christiani in Mystico Corpore membrum efficitur Christi sacerdotis…” (31). Dans la formulation actuelle, le titre évite la question du “retour” et choses semblables» et il ajouta: «…L’important est que tout soit exprimé de manière à convaincre» (32). Habilement, Bea évitait de prononcer le mot “œcuménisme”, trop manifestement lié à la conception protestante des rapports entre les “chrétiens”, mais aussi de parler de “retour des non-catholiques au sein de l’Église”, selon la conception catholique classique de ces rapports. “Paderborn n’apporta aucun changement. Jaeger fit sien le projet” (34) réécrit par Bea, en y mettant seulement sa signature et en le renvoyant à Bea le 4 mars, à son nom et à celui de l’Institut Möhler. La demande “spontanée” (!) rappelait le travail accompli jusqu’alors par les œcuménistes (l’Institut Möhler de Paderborn, la Conférence Catholique pour les questions œcuméniques dirigée par Mgr Willebrands, un Centre de Paris, le monastère de Chevetogne en Belgique, l’Association Unitas de Rome…) et souhaitait une coordination de toutes ces activités de la part d’une “Commission Pontificale pour promouvoir l’unité des chrétiens” dont l’institution aurait réjoui les catholiques (!) mais aussi les protestants de bonne volonté. Bea transmit la supplique à Jean XXIII le 11 mars 1960, en l’accompagnant de sa lettre de présentation. Bea y écrivait: “Le mouvement œcuménique, tant parmi les catholiques que les non-catholiques, a pris aujourd’hui de telles dimensions que l’Église ne peut s’en désintéresser (…). La question devient encore plus importante en vue du Concile Œcuménique imminent si heureusement annoncé par Votre Sainteté”. Enfin, Bea exprima l’opinion que la Commission aurait eu comme charge aussi celle d’examiner les points de vue “du côté protestant”, concernant l’Église et le Concile. “A remarquer – écrit Schmidt – comment, en comparaison avec la supplique, ici l’horizon s’est notablement élargi sur tout le mouvement œcuménique et de manière particulière sur ce que pensent et font les autres chrétiens” (33). Vraiment, avec Jean XXIII, le cardinal Bea pouvait parler ouvertement…

La nomination la plus importante du pontificat (14 mars 1960)

En effet, «la réaction du Pape à la supplique fut positive et étonnamment rapide. Le Cardinal [Bea] écrivit plus tard: “La supplique fut transmise avec ma lettre du 11 mars. Deux jours plus tard, le Pape me fit savoir son accord de principe et le désir d’en discuter les détails ultérieurs, ce qui arriva en effet durant l’audience que j’eus ce jour-là”» (34). Jean XXIII “avait tout lu” et “était d’accord”. Le 12 mars il consulta à ce sujet le cardinal secrétaire d’Etat, Tardini. Il semble que Jean XXIII n’ait pas rencontré d’objections, pas même “à la désignation du cardinal Bea à la présidence du nouvel organisme” (Mgr Capovilla). Même, Capovilla témoigne que Tardini aurait observé: “Oui, c’est un homme tranquille qui ne nous créera pas de difficultés” (34). Vraiment, on reste déconcertés en face de l’ingénuité des bons! La voie étant libre, Jean XXIII convoqua Bea le dimanche 13 mars, et le soir nota: “…Ce matin j’ai reçu in privatis le Cardinal Bea à qui j’ai confié la charge de préparer, comme chef nommé par moi, une Commission pro unione christianorum promovenda” ( 34 ). Enfin, au bas de la lettre du cardinal Bea, Jean XXIII écrivit: “On s’est mis d’accord avec le Cardinal Secrétaire d’Etat et avec le Cardinal Bea (12-13 mars). Que l’on fasse comme il est proposé. Que le Cardinal Bea soit Président de la Comm. Pont. proposée, qu’il réponde et prenne contact avec l’évêque de Paderborn. On prépare tout. Mais quant à une publication officielle on attend après Pâques, en se conformant aux autres Commissions qui seront nommées sur les différents sujets du Concile… Ita. Die XIV martii 1960. Jo. XXIII(34). Hebblethwaite commente: “Ita., écrit Jean, oui, qu’il en soit ainsi. Réalise-t-il qu’il vient de procéder à la nomination la plus importante de son pontificat?(35). Bea lui-même fait comprendre que Jean XXIII s’en rendait compte: «“Cette rapidité de décision semble indiquer comment le Pape ait essayé peut-être depuis l’annonce du Concile une manière par laquelle concrétiser la finalité œcuménique qu’il avait assignée au Concile et qu’il ait vu dans la proposition de constituer un organisme spécial la voie providentielle à ce but”. Le secrétaire particulier de Jean XXIII [Capovilla] nous révèle encore un autre aspect, tout surnaturel [sic], de la rapide décision du Pape, quand il écrit: “Devant la proposition qui répondait concrètement à l’appel contenu dans l’annonce du Concile… le Pape éprouva un grand bonheur, comme s’il avait reçu un nouveau signe du ciel, d’autant plus agréable qu’il provenait d’un Pays où catholiques et protestants avaient déjà commencé à mettre en pratique la norme évangélique [!!] de la tolérance… Le projet lui était transmis par un cardinal jésuite qu’il appréciait beaucoup”» (36). Jaeger et Bea n’abusèrent donc pas Jean XXIII, mais lui donnèrent l’opportunité de réaliser le Concile comme lui, et non comme la Curie, le rêvait. Et de fait, quand encore les Commissions théologiques préparatoires au Concile n’étaient pas encore nées, déjà vagissait, dernière née, celle de Bea! La Commission pour promouvoir l’unité des chrétiens aurait eu, donc, son rôle à jouer dans la préparation du Concile et, par la suite, dans son déroulement, à côté et en concurrence avec les autres Commissions. Mais, à partir de l’audience au cardinal Bea du 13 mars, Jean XXIII garantissait au nouvel organisme la survivance au Concile même: il “précisait penser pour le moment à un organisme au service du Concile. À le rendre organe stable de la Curie romaine, on y penserait plus tard” (34).

La “théologie du baptême”, fondement du Secrétariat pour l’unité des chrétiens

Tandis que le cardinal Tardini et la Curie romaine préparaient les Commissions préparatoires au Concile Vatican II, le cardinal Bea, de son côté, sur ordre de Jean XXIII, rédigeait le Statut du nouvel organisme “pour promouvoir l’unité des chrétiens”.

Un premier changement, par rapport au projet initial, consista dans le changement du nom même de la nouvelle entité, qui de Commission devenait Secrétariat. «Le changement – écrit le Père Schmidt – fut entièrement dû à l’initiative personnelle du Pape. Le Cardinal le rapporta dans un article de 1965, intitulé Le Secrétariat pour l’unité des chrétiens. Quelques semaines plus tard (après l’audience du 13 mars), après une réunion de la Sacrée Congrégation des Rites tenue en présence du Saint-Père, il m’appela pour me dire qu’il croyait préférable que le nouvel organisme, au lieu de “Commission”, s’appelât “Secrétariat”: ainsi, disait-il, il pourrait se mouvoir plus librement dans le domaine plutôt nouveau et insolite qui lui est assigné. Je dois dire que dans cet article le Cardinal a complété pas mal de paroles du Pape. Je me souviens que dans nos conversations il me rapportait ceci: “Les Commissions ont leur tradition. Appelons le nouvel organisme Secrétariat, ainsi vous ne serez liés à aucune tradition, vous serez plus libres”» (37). De ces paroles, et les faits le démontrèrent, il semble évident que le passage de Commission à Secrétariat ne fut pas un déclassement pour l’organisme œcuménique (comme le soutinrent ensuite les éléments “conservateurs”) mais une mesure tactique de Jean XXIII pour donner la voie libre au cardinal Bea et à ses projets révolutionnaires.

Le travail pour l’élaboration des Statuts du nouvel organisme dura un mois et demi, c’est-à-dire jusqu’au 23 avril 1960. Dans les statuts, “l’indication de la base théologique du nom de la nouvelle Commission est remarquable” (36), appelée par la suite, comme nous l’avons déjà vu, Secrétariat. Commission ou Secrétariat “ad unitatem christianorum fovendam”… «En parlant d’unité des chrétiens – écrit encore Schmidt – on fait allusion au canon 87 du Code de Droit Canonique et à l’article 372 de la “Constitution du premier Synode Romain” (38). Or, le canon précité dit: “Dans l’Église du Christ, c’est le sacrement de baptême qui fait acquérir à un homme la personnalité chrétienne, qui lui donne tous les droits et lui impose tous les devoirs propres aux chrétiens, sauf si la jouissance des droits est empêchée par une cause”. L’article du Synode Romain, au contraire, en s’inspirant de l’encyclique Mediator Dei de Pie XII, affirmait: “Avec le baptême, par le titre général de chrétien, l’homme devient membre du Corps Mystique du Christ Prêtre”. Ainsi le Cardinal anticipe ici l’une de ses grandes contributions à l’œcuménisme, celle concernant la “théologie du baptême”, un thème qu’il élabora et proposa au grand public de l’Église comme peut-être personne d’autre» (39). Je m’excuse auprès du lecteur si à ce point j’insère une digression sur la “théologie du baptême” inventée par le cardinal Bea. Il ne me semble pas m’écarter du sujet. Cette théorie, en effet, est à la base de ce Secrétariat pour l’unité des chrétiens approuvé et créé par Jean XXIII. Par cette approbation, il se rendit coresponsable de l’erreur qui fondait doctrinalement cet organisme et qui se retrouve dans les textes conciliaires (40).

Précisons surtout le rôle de cette “théologie du baptême”. Elle est mise comme fondement du Secrétariat pour l’unité des chrétiens mais elle n’est pas le fondement des erreurs des œcuménistes. Il s’agit seulement, nous le verrons, d’un de leurs sophismes (un argument faux apparemment vrai) pour porter atteinte à ces points de la doctrine catholique incompatibles avec l’œcuménisme. Elle n’est pas une fin, mais un moyen.

Précisons ensuite le champ d’application de la “théologie du baptême” défendue par Bea: l’ecclésiologie, ou doctrine sur l’Église. Les œcuménistes ont une idée nouvelle de l’Église; la “théologie du baptême” sera un instrument sophistique pour la réaliser. Plus précisément, cette théorie intéresse la question vitale (pour le salut éternel, puisque “hors de l’Église point de salut”) (41) de l’appartenance à l’Église.

Présentons ensuite les thèses opposées. Pour les catholiques, tous les non-catholiques, même s’ils sont baptisés validement, ne font pas partie de l’Église. Pour les œcuménistes (Bea, Jean XXIII, Vatican II), les non-catholiques, au moins s’ils sont baptisés, font partie, d’une certaine manière, de l’Église. Les deux thèses, comme on le voit, sont contradictoires.

Voici la doctrine catholique, admirablement résumée par Pie XII: “En réalité, il ne faut compter comme membres de l’Église que ceux qui ont reçu le bain de la régénération et qui, professant la vraie foi, n’ont pas eu le malheur de se séparer d’eux-mêmes de l’ensemble de ce Corps, et n’en ont pas davantage été séparés par l’autorité légitime en raison de fautes graves(42). Cette doctrine, comme l’admet le Père Schmidt, est un “problème” (43) pour les œcuménistes. Il ne suffit pas d’être baptisés pour faire partie du “Corps Mystique du Christ qui est l’Église” (Pie XII, Mystici Corporis, DS. 3809). Il est nécessaire aussi de professer la vraie foi (la foi catholique), de ne pas se séparer de soi-même par l’apostasie, l’hérésie ou le schisme, ou de ne pas avoir été séparés par l’autorité légitime par l’excommunication. Apostats, hérétiques, schismatiques et excommuniés (vitandi) ne font pas partie du Corps Mystique du Christ, ne font pas partie de l’Église.

Voyons maintenant le sophisme mis en acte par Bea pour surmonter le “problème”. D’abord, quelles sont les “origines de la pensée du cardinal à ce sujet”? (44). Le Père Schmidt nous présente deux “maîtres” de Bea: le Monseigneur de Paderborn, Josef Höfer, et “le célèbre pasteur luthérien R. Baumann, qui visita le Père Bea en 1956(45). Une doctrine d’origine œcuménico-protestante, donc, totalement inconnue à l’Église Catholique. «Le cardinal Willebrands fait remarquer combien les relatives explications du président du Secrétariat constituèrent, à ce moment, une authentique nouveauté: “La pensée du baptême commun et de ses conséquences œcuméniques est devenue, aujourd’hui, notre patrimoine naturel. Alors, les choses étaient bien différentes. Un savant théologien romain – non italien – déclarait publiquement que les relatives explications de Bea étaient absolument insoutenables”» (44). Ce théologien, révèle dans une note le Père Schmidt, était le Père Sébastien Tromp S.J., secrétaire de la Commission théologique dans la phase préparatoire et au Concile, et même, ce qui est encore plus intéressant, théologien inspirateur de Pie XII précisément pour l’encyclique Mystici Corporis!

Pour soutenir cette doctrine insoutenable Bea prit «comme point de départ différentes déclarations du Pape Jean XXIII, en particulier un passage de l’encyclique-programme Ad Petri cathedram, dans laquelle le Pape désignait les autres chrétiens comme des fils et des frères: “Permettez que avec un ardent désir je vous appelle frères et fils (…)”» (44), et aussi le discours à la commission préparatoire du 13 novembre 1960 (46). Il en concluait, faisant dire à Pie XII ce qu’il n’avait pas dit: “L’encyclique Mystici Corporis nie l’appartenance des hérétiques et des schismatiques au Corps Mystique, qui est l’Église, seulement dans ce sens plénier selon lequel on le dit des catholiques, c’est-à-dire elle nie la pleine participation à la vie que le Christ communique à son Église, et à l’Esprit divin du Christ qui anime et vivifie l’Église… Mais l’encyclique n’exclut pas complètement toute appartenance à l’Église et tout influence de la grâce du Christ. (…) L’Esprit-Saint opère d’une manière spéciale et abondamment aussi en eux, bien que, nous l’avons dit, pas d’une manière aussi pleine que dans les membres visiblement unis à l’Église Catholique” (47). Cette doctrine a été reçue par Vatican II (48):

“Avec ceux qui, étant baptisés, portent le beau nom de chrétiens sans professer pourtant intégralement la foi ou sans garder l’unité de la communion sous le Successeur de Pierre, l’Église se sait unie pour de multiples raisons. (…) A cela s’ajoute la communion dans la prière et dans les autres bienfaits spirituels, bien mieux, une véritable union dans l’Esprit Saint, qui, par ses dons et ses grâces, opère en eux aussi son action sanctifiante et dont la force a permis à certains d’entre eux d’aller jusqu’à verser leur sang”.

(Constitution dogmatique sur l’Église Lumen Gentium, n° 15).

“Ceux qui naissent aujourd’hui dans de telles communautés [séparées], et qui vivent de la foi au Christ, ne peuvent être accusés de péché de division, et l’Église Catholique les entoure de respect fraternel et de charité. En effet, ceux qui croient au Christ et qui ont reçu validement le baptême, se trouvent dans une certaine communion, bien qu’imparfaite, avec l’Église Catholique. (…) Justifiés par la foi reçue au baptême, incorporés au Christ, ils portent à juste titre le nom de chrétiens, et les fils de l’Église Catholique les reconnaissent à bon droit comme des frères dans le Seigneur. (…) En conséquence, ces Églises et communautés séparées, bien que nous les croyions souffrir de déficiences, ne sont nullement dépourvues de signification et de valeur dans le mystère du salut. L’Esprit du Christ, en effet, ne refuse pas de se servir d’elles comme de moyens de salut, dont la force dérive de la plénitude de grâce et de vérité qui a été confiée à l’Église Catholique”.

(Décret sur l’œcuménisme, Unitatis redintegratio, n° 3).

Dans son style brutal mais direct, Hebblethwaite commente ainsi les sophismes de Bea: “D’une ecclésiologie qui exclut les autres chrétiens on passe à celle qui les englobe; elle s’appuie sur une ancienne tradition [sic] qui voit dans le baptême le lien commun entre tous ceux qui invoquent le nom du Christ. Elle exclut l’encyclique Mystici Corporis, la laisse en rade dans les pages de Denzinger, à titre de curieux monument historique de 1943(46). Jean XXIII, étant mort deux ans avant, n’a pas pu signer ces documents conciliaires. Cependant, en approuvant l’œuvre et la pensée du cardinal Bea, il a approuvé aussi implicitement ces textes de Vatican II qui ont reçu, comme nous l’avons vu, les thèses du Président du Secrétariat pour l’unité des chrétiens.

Superno Dei Nutu (5 juin 1960) et les Commissions préparatoires

«Le 30 mai 1960 (…) le Pape réunit les cardinaux dans la bibliothèque privée pour les informer sur l’imminente publication des Commissions préparatoires du Concile. Il mentionna aussi l’institution de “certains Secrétariats”, en premier lieu celui pour l’unité des chrétiens, en ajoutant qu’il pensait que certainement le cardinal Bea aurait dirigé parfaitement le nouvel organisme. Ce fut l’unique nom mentionné dans tout le discours et qui en outre ne figure pas dans le texte officiel publié. Le Pape l’avait donc ajouté spontanément. Signe que la chose lui tenait particulièrement à cœur. Les Commissions conciliaires préparatoires comme d’ailleurs les Secrétariats furent publiés le 5 juin, jour de la Pentecôte, par le Motu Proprio Superno Dei Nutu. Le lendemain furent publiés les noms des présidents» (49) mais le secrétaire général du Conseil Œcuménique des Églises, Visser’t Hooft, avait déjà été informé depuis quelques jours par Mgr Willebrands, chargé exprès par Bea.

Avec le Motu Proprio Superno Dei Nutu commençaient les travaux des Commissions et des Secrétariats pour la préparation prochaine au Concile, l’activité de la Commission Pontificale Antépréparatoire (instituée, rappelons-le, le 17 mai 1959, fête de la Pentecôte de l’année d’avant) étant terminée.

Les Commissions Préparatoires Pontificales du Concile Œcuménique Vatican II (50) étaient composées de 12 Commissions et 3 Secrétariats: la Commission Centrale, présidée par Jean XXIII lui-même (51), la Commission Théologique (président: cardinal Ottaviani, secrétaire: le Père Tromp), la Commission des Evêques (p.: card. Mimmi), celle de la Discipline du clergé et du peuple chrétien (p.: card. Ciriaci), celle des Religieux (p.: card. Valeri), celle de la Discipline des Sacrements (p.: card. Aloisi Masella), celle de la Sacrée Liturgie (p.: card. G. Cicognani, secrétaire: Annibale Bugnini), celle des Etudes et des Séminaires (p.: card. Pizzardo), celle des Églises Orientales (p.: card. A. G. Cicognani), celle des Missions (p.: card. Agagianian), celle de l’Apostolat des Laïcs (p.: card. Cento), et la Commission Cérémoniale (p.: card. Tisserant), le secrétariat de la Presse et du Spectacle (p.: Mons. O’Connor), celui pour l’Unité des Chrétiens (p.: card. Bea, secrétaire: Mons. Willebrands) et le secrétariat Administratif (p.: card. di Jorio).

La longue tirade n’est pas inutile: une analyse attentive est révélatrice. D’un côté, les noms des présidents (tous cardinaux sauf O’Connor et… Jean XXIII) sont normalement ceux “du préfet de la Congrégation romaine (ou dicastère) correspondante”, dont “les Commissions étaient pour leur plus grande part sous contrôle de la Curie” (52) et, donc, des “conservateurs”. “Voilà qui devint tout à fait évident – commente écœuré Hebblethwaite – quand furent révélés les noms des membres des commissions préparatoires. Ils étaient plus de 800. Il n’est pas facile d’exprimer un jugement d’ensemble sur un groupe aussi important, mais les critiques feront observer qu’ils représentent, pour l’essentiel, l’école romaine, pour qui la théologie est l’exposition et la défense de la vérité connue plutôt qu’une exploration aux frontières de la connaissance” (Qu’auraient-ils dû faire?) (52). “Mais Montini lui-même est encore exclu des préparatifs (du Concile) à cette date” (52), suprême scandale pour les modernistes! Mais… un œil vigilant perçoit déjà les signes sinistres de l’infiltration progressiste. “Le cardinal Jean-Baptiste Montini – ajoute avec complaisance Hebblethwaite – s’arrangea pour introduire son mentor [et futur cardinal], le Père oratorien Giulio Bevilacqua, dans la Commission liturgique (…)” (52). L’issue de la manœuvre fut positive, et cela ne surprend pas si on pense que le secrétaire de la Commission est le futur père de la “nouvelle messe”, Annibale Bugnini (53). Ensuite, Hebblethwaite se trompe en partie quand il écrit que “les exclus des commissions préparatoires (…) représentaient l’élite [des hérétiques, n.d.a.] de cette époque; n’ont pas été invités les jésuites John Courtney Murray [l’un des pères de la liberté religieuse, n.d.a.], et John L. Mc Kenzie des Etats-Unis, les frères Karl et Hugo Rahner, bavarois, et encore moins les français Henri de Lubac et Jean Daniélou. Absents aussi les dominicains français Yves-Marie Congar et Marie-Dominique Chenu. En résumé, tous ceux qui avaient été pris pour cible par l’encyclique Humani Generis ou qui avaient eu d’autres problèmes avec le Saint-Office, se trouvèrent rigoureusement exclus” (52). Si c’était vrai! Ç’aurait été le minimum de la décence de ne pas faire préparer le Concile à ceux qui avait été sévèrement condamnés, quelques années auparavant, par Pie XII. Et au contraire… bien que seulement parmi les consulteurs de la Commission Théologique… pointent déjà les noms de Congar et de Lubac! Difficile de penser que ce soit le président de la Commission, le cardinal Ottaviani qui les ait nommés. Et alors… qui? Qui, sinon Jean XXIII, le supérieur direct d’Ottaviani? Toutefois, le plus grand danger pour la foi ne se trouvait plus dans la Commission Liturgique ou dans quelque consulteur moderniste de la Commission Théologique, mais plutôt dans le Secrétariat du cardinal Bea. Là, il n’y avait pas que deux ou trois néomodernistes, ils l’étaient pratiquement tous. En effet, “une bonne partie des consulteurs du nouveau Secrétariat fut choisie parmi les participants à la Conférence Catholique pour les questions œcuméniques” de Mgr Willebrands, qui devint secrétaire… du Secrétariat (54). Donnant un peu libre cours à son imagination (mais pas trop) Wynn décrit les réactions du cardinal Ottaviani à l’institution du Secrétariat: “Ottaviani se fâcha tout rouge parce qu’il était convaincu qu’il appartenait au Saint-Office la charge de contrôler toute l’activité œcuménique, pour se rassurer que les catholiques n’auraient fait aucune concession, en matière doctrinale, dans leur zèle pour la réunification” (55). Au contraire de Wynn, je ne connais pas les réactions immédiates d’Ottaviani, ou des autres, à l’institution du Secrétariat mais, s’il y en eut, elles étaient plus que motivées. Il se présente comme un corps étranger au sein des Commissions. Celles-ci, nous l’avons vu, imitaient les Congrégations de la Curie romaine. Or, le Secrétariat, à la Curie, n’existait pas, et Bea n’était préfet d’aucun dicastère. Des deux autres Secrétariats, l’un était purement administratif, sans influences doctrinales, l’autre secondaire, le seul à ne pas avoir un cardinal pour le présider. Celui de Bea, au contraire, concernait un thème très délicat relativement à la foi, jusqu’alors de la stricte compétence du Saint-Office. En pratique, deux organismes, la plus prestigieuse et antique Congrégation romaine et le nouveau Secrétariat, devaient s’occuper de la même matière… de deux points de vue contradictoires: combattre les hérétiques et les hérésies, pour l’un, fraterniser avec les mêmes, pour l’autre! Alors que le Saint-Office était un peu le symbole de l’Église de toujours, le Secrétariat était l’embryon de la “nouvelle Église conciliaire” en train de naître.

Jean XXIII, en l’instituant, décrivit d’une manière “très sobre et plutôt générique” (49) la nouvelle entité: “Pour montrer de manière spéciale Notre amour – disait le Pape – et Notre bienveillance envers ceux qui portent le nom de chrétiens, mais sont séparés de ce Siège Apostolique, et pour qu’ils puissent suivre les travaux du Concile et trouver plus facilement la route pour rejoindre cette unité que Jésus-Christ a implorée du Père céleste par une ardente prière, Nous avons institué un Comité (en latin: cœtus) particulier ou Secrétariat” [AAS, 52 (1960), 436]. “Cela créera – admet Schmidt – quelque ambiguïté concernant la compétence du Secrétariat à préparer des schémas pour le Concile”, par laquelle naîtront, inévitables, les conflits entre Ottaviani et Bea. Mais il s’agit d’une ambiguïté voulue, comme nous l’avons vu, par Jean XXIII pour faire accepter le Secrétariat, en en diminuant le poids, en apparence, pour ensuite le soutenir de son appui et le faire triompher.

Le travail des Commissions préparatoires

Le 9 juin 1960, quatre jours après l’institution des commissions préparatoires par le Motu Proprio Superno Dei Nutu, Mgr Felici, secrétaire de la Commission Centrale, soumit aux personnes chargées des travaux “le texte des sujets à étudier, tels qu’ils avaient été choisis ou approuvés par le Souverain Pontife” (56). Les sujets en question étaient ceux choisis suite à l’enquête de la Commission Antépréparatoire, dirigée par le cardinal Tardini; or, les Commissions Préparatoires devaient préparer les schémas que, normalement, les Pères conciliaires auraient dû, par la suite, voter. “Quatre mois plus tard [donc en octobre], ces organismes commençaient officiellement leur activité: Jean XXIII reçut dans Saint-Pierre les 871 personnes impliquées (…). Après deux années de travail, qui prirent fin à la veille du Concile [commencé le 11 octobre 1962] lors de la dissolution de la plupart de ces organes, 75 schémas étaient prêts”. Examinés par la Commission Centrale, ils furent réduits à 20. Selon un membre du Secrétariat général, Mgr Carbone, «aucun concile n’avait bénéficié d’une préparation “aussi vaste, menée avec une telle diligence, et si profonde”» (56).

Je ne peux, dans les limites que je me suis imparties par ce court chapitre, examiner en détail les deux années de travail des commissions. D’autre part, je consacrerai toute mon attention, dans la description des événements de ces deux années de pontificat roncallien, au travail réalisé par le Secrétariat de Bea, et ceci à partir de la prochaine partie. Mais il est bon, pour conclure ce chapitre, de donner déjà un jugement d’ensemble sur le travail préparatoire au Concile.

On sait que la première session du Concile Vatican II, celle qui s’est déroulée sous Jean XXIII du 11 octobre au 8 décembre 1962, fut caractérisée par une vraie “révolution”, consistant dans le refus de la quasi totalité du travail préparatoire au Concile: “Vatican II – écrit Romano Amerio – a eu un aboutissement tout différent de ce à quoi préludait la préparation du Concile, et même, comme on le verra, les travaux préparatoires furent subitement et entièrement mis de côté” (57). Ce fait, indiscutable, a mis un peu dans l’ombre les graves déficiences déjà présentes dans le travail préparatoire lui-même. Voici comment Mgr Lefebvre, par exemple, décrit ce travail: “Personnellement, ayant été membre de la commission centrale préconciliaire (…) j’ai pu constater que la préparation du Concile a été très sérieuse et très conforme à la tradition. Il serait heureux que l’on puisse maintenant éditer tous ces schémas préparatoires du Concile, pour constater où en était la doctrine de l’Église au jour qui a précédé le Concile” (58). Malheureusement, les choses ne sont pas exactement ainsi: “des traces de pensées modernisantes sont apparues dans la phase préparatoire”, admet Romano Amerio, qui collabora avec l’évêque de Lugano, également membre de la Commission préparatoire centrale. Et il cite le schéma sur la liturgie, celui sur les sacrements, avec des facilités pour l’absolution collective, celui sur l’ordre sacré, avec le projet d’ordonner prêtres des personnes mariées (59), celui sur la discipline du clergé, avec la “mise à la retraite des évêques et des prêtres ayant atteint un âge donné”, celui sur la formation des séminaristes, “assimilée le plus possible à la formation des laïcs”, celui sur la “réunification des chrétiens” qui reposait “sur une parité partielle implicite entre catholiques et non catholiques”, un vœu particulier concernant la soutane, “une position discutable sur les limbes des petits enfants ou même des adultes” et enfin “l’optimisme général qui colore le diagnostic et les pronostics de la Commission centrale préparatoire dans sa minorité”, qui au Concile deviendra majorité. Mais, surtout, il y avait déjà le schéma “de libertate religiosa (cardinal Bea), (…) [lequel] présentait en substance la grande nouveauté qui finit par être adoptée, faisant sortir, semble-t-il, la doctrine de la voie commune, canonisée et perpétuellement professée par l’Église Catholique” (57). Ce schéma était le fruit du travail œcuménique du Secrétariat voulu par Bea et Roncalli. Je reviendrai sur lui en illustrant le travail du Secrétariat de 1960 à la mort de Jean XXIII. Mais dès maintenant, je tiens à souligner encore une fois la gravité de la création roncallienne de cet organisme, en l’illustrant par un exemple. Mgr Lefebvre, en tant que témoin oculaire, s’en souvient: «Je dois raconter ici un petit incident arrivé en 1962, quand j’étais membre de la Commission centrale préparatoire du Concile. Nous tenions nos réunions au Vatican, mais la dernière fut dramatique. Dans les fascicules donnés à la Commission centrale il y en avait deux sur le même sujet: l’un venait du cardinal Bea, président de la Commission pour l’unité et l’autre du cardinal Ottaviani, président de la Commission théologique. Quand nous les avons lus, quand moi-même j’ai lu les deux schémas, j’ai dit: “c’est très étrange, ce sont deux points de vue sur le même sujet complètement différents, c’est-à-dire la liberté religieuse ou l’attitude de l’Église face aux autres religions”. Celui du cardinal Bea était intitulé De libertate religiosa; celui du cardinal Ottaviani De tolerantia religiosa. Vous voyez la différence, la profonde différence? (60) Qu’arrivait-il? Pour quel motif deux schémas complètement différents sur le même sujet? Au moment de la réunion, le cardinal Ottaviani se leva et, le désignant du doigt, dit au cardinal Bea: “Eminence, vous n’aviez pas le droit de faire ce schéma, vous n’aviez pas le droit de le faire parce que c’est un schéma théologique et donc du ressort de la Commission de théologie”. Et le cardinal Bea se levant dit: “Excusez-moi, j’avais le droit de faire ce schéma en tant que président de la Commission pour l’unité: s’il y a une chose qui concerne l’unité c’est bien la liberté religieuse”, et il ajouta tourné vers le cardinal Ottaviani: “Je m’oppose radicalement à ce que vous dites dans votre schéma De tolerantia religiosa”. (…) Ce fut la dernière séance de la Commission centrale et clairement nous avons pu être avertis, à la veille du Concile, que s’annonçait devant nous, toute la lutte qui se déroulerait durant le Concile. Cela veut dire que ces choses étaient préparées déjà avant le Concile. Le cardinal Bea n’a certes pas fait son schéma de libertate religiosa sans s’être entendu avec d’autres cardinaux» (61) et, je peux ajouter, avec Jean XXIII. C’est lui qui a soutenu Bea. C’est lui qui a voulu le Secrétariat. Et seulement deux années de travail de cet organisme ont donné comme fruit, entre autres, un schéma opposé à la doctrine de l’Église à présenter au Concile pour être approuvé. Tout ceci sous la responsabilité, devant Dieu et Son Église, d’Angelo Giuseppe Roncalli.


Notes
  1. Stjepan Schmidt, Agostino Bea. Il Cardinale dell’unità. Città Nuova Editrice, Rome 1987, p. 313. À la page 327 l’épisode est ainsi rapporté, comme il est raconté par le Père Duncker O.P.: «… le nom de Bea fut prononcé. Le Pape demanda: “L’un de vous s’appelle Bea?”. “Oui, moi, Saint Père”, répondit le Père Bea. “Mais comment”, répliqua le Pape, “il y a donc deux Bea à Rome?”. “Non, que je sache – répondit le Père – ; depuis tant d’années je suis à Rome, mais je n’ai jamais entendu parler d’un autre Bea”. “Alors – s’exclama le Pape – vous êtes donc Bea, c’est vous Bea!”. Il est clair que jusqu’au moment de l’audience, le Pape ne connaissait pas encore le Père Bea». ↑ retourner en haut
  2. S. Schmidt, op. cit., p. 312. ↑ retourner en haut
  3. Que Mgr Roncalli n’appréciât pas la nouvelle version des Psaumes élaborée par l’Institut Biblique dirigé par le Père Bea et promulguée par Pie XII, est démontré par le fait que, devenu Jean XXIII, il la mit au rancart et réintroduisit le texte de St Jérôme. À ce propos le Père Colosio O.P. raconte: «En juillet 1950 je fus invité à déjeuner à Paris par le Nonce Roncalli, qui pendant bien trois heures consécutives me fascina par une très aimable et très intéressante conversation qui m’enthousiasma beaucoup; enthousiasme ensuite en partie tombé quand je sus qu’il racontait plus ou moins les mêmes choses à tout le monde. Dans ces circonstances le Nonce eut de dures paroles de réprobation pour les Dominicains français qui dans une de leurs publications avaient critiqué de manière acerbe le latin affecté, livresque, bâtard, ni classique ni chrétien, avec lequel l’Institut Biblique avait traduit le Psautier par ordre de Pie XII. “Ils ne devaient pas le faire pour ne pas chagriner le Pape qui tenait tant à cette version…”. Avec faiblesse je me suis permis de dire qu’ils avaient très bien fait; puisque dans les questions philologiques le fait de plaire ou déplaire au Pape n’a rien à voir. Mais le Nonce en fin de compte partageait l’avis des Dominicains; au point que, une fois Pape, il ordonna de reprendre l’ancien Psautier, en le corrigeant seulement dans les passages les moins heureux et correspondants le moins au texte hébreu. À ce propos, voici le témoignage explicite de Mgr Marcel Lefebvre dans son livre Un Evêque parle (Dominique Martin Morin, Ed. Jarzé 1974, p. 169):
    “Jean XXIII… n’aimait pas le nouveau psautier. Il l’a dit ouvertement à la Commission centrale avant le Concile. Il nous l’a dit à nous tous qui étions là: – Oh moi, je ne suis pas pour ce nouveau psautier -”. Mais s’il avait été moins diplomate, il aurait dû le dire d’abord à Pie XII lui-même. Par de nombreux indices il me semble que son obéissance aux supérieurs avait été trop servile. Ainsi, certes, en ne le contrariant pas, peut-être même quand il aurait été de son devoir de le faire, il jouissait de cette fameuse pax intérieure et extérieure qui avoisine en partie avec la vie tranquille». En somme, le cas du nouveau Psautier fut l’un de ceux pour lesquels Roncalli, d’après le Père Colosio, appliqua son mot désabusé: “je me plie, mais je ne me casse pas”! (Cf. Père Innocenzo Colosio O.P., Discussioni sulla “bontà” del Papa Giovanni XXIII, in Rassegna di Ascetica e Mistica, Août-Septembre 1975, année XXVI, n° 3, pp. 244-245). Il y a cependant une autre version, celle du secrétaire et biographe du cardinal Bea, Stjepan Schmidt S.J., selon lequel “Jean XXIII ne veut pas retourner à l’“ancien psautier” qui, au contraire, “avait confirmé (…) la charge donnée à l’Institut (Biblique) par Pie XII” et l’avait étendu à “une nouvelle traduction latine des lectures bibliques de l’Ancien Testament pour le Bréviaire”. Le Père Schmidt avance, pour soutenir cette thèse, la correspondance de Bea de 1959 (cf. op. cit., p. 312 et note 22). Mais il reste alors à expliquer pourquoi, de fait, Jean XXIII réintroduisit l’ancien psautier. ↑ retourner en haut
  4. Sur les opinions de Bea à propos du Concile tout juste convoqué, voir le Père Schmidt (op. cit., pp. 313-317). Pour Bea on aurait dû résoudre le “problème” des relations entre Etat et Église (liberté religieuse?), donner un plus grand rôle à l’épiscopat (collégialité?), favoriser la cause de l’union (œcuménisme). Mais, à cette époque, il était encore très prudent sur la réalisation de ses espérances. ↑ retourner en haut
  5. Cf. S. Schmidt, op. cit., pp. 309-318. ↑ retourner en haut
  6. S. Schmidt, op. cit., p. 322. ↑ retourner en haut
  7. S. Schmidt, op. cit., p. 320. ↑ retourner en haut
  8. Comme le fait remarquer Schmidt (op. cit., p. 333) le cardinal Bea sera responsable d’une “entreprise vraiment historique”: la “restitution” des reliques de St Sabbas, conservées à Venise, à l’“Église Orthodoxe” de Jérusalem, c’est-à-dire à une société d’hérétiques et de schismatiques! Il s’agit donc d’un acte sacrilège et offensant pour St Sabbas, imaginé déjà en 1962 (sous Jean XXIII, donc) et réalisé entre mars et octobre 1965 par le Secrétariat pour l’unité des chrétiens, fondé par Jean XXIII et dirigé par Bea. Le 20 octobre, à Venise, les reliques furent transférées dans l’église “orthodoxe” St Georges, et de là partirent le 25 octobre pour être installées à Jérusalem le 26. Le don servit aussi, “providentiellement”, à faire mieux digérer aux orientaux, catholiques et “orthodoxes”, la déclaration conciliaire sur les juifs, Nostra Ætate, à laquelle ils s’opposaient farouchement, qui fut approuvée précisément ce 28 octobre (cf. Agostino Bea, L’Ecumenismo nel Concilio, Bompiani éd., Milan 1968, pp. 220-223 et note 6, p. 223). ↑ retourner en haut
  9. S. Schmidt, op. cit., p. 329. ↑ retourner en haut
  10. Lettre à Bea de 1959; cf. S. S CHMIDT , op. cit., p. 327. ↑ retourner en haut
  11. S. Schmidt, op. cit., p. 336. ↑ retourner en haut
  12. Peter Hebblethwaite. Jean XXIII. Le Pape du Concile. Ed. du Centurion, 1988, p. 414. ↑ retourner en haut
  13. S. Schmidt, op. cit., p. 331. Les préoccupations du Congrès Mondial Juif pour la prospérité de l’Église Catholique sont vraiment touchantes…! ↑ retourner en haut
  14. Sidic (Service international de documentation judéo-chrétienne) Via Garibaldi, 28. Rome. Numéro spécial 1969. L’architecte de Nostra Ætate, p. 7. ↑ retourner en haut
  15. Cf. Sodalitium, n° 38, p. 61. ↑ retourner en haut
  16. Cf. Sodalitium, n° 38, p. 62. ↑ retourner en haut
  17. S. Schmidt, op. cit., p. 332. Sur le cardinal Bea reposaient aussi les espérances des partisans du “Mouvement de Schönstatt” et des adeptes “du renouveau et de la réforme liturgique” (Cf. S. Schmidt, op. cit., p. 331). ↑ retourner en haut
  18. Cf. Sodalitium, n° 35, pp. 14-16. ↑ retourner en haut
  19. S. Schmidt, op. cit., p. 339, note 21. ↑ retourner en haut
  20. Pour tout l’épisode, voir S. Schmidt op. cit., pp. 338-339. ↑ retourner en haut
  21. P. Hebblethwaite, op. cit., p. 414. ↑ retourner en haut
  22. S. Schmidt, op. cit., p. 342. ↑ retourner en haut
  23. P. Hebblethwaite, op. cit., p. 411. ↑ retourner en haut
  24. Le zèle œcuméniste trahit, à cette occasion, le futur cardinal Willebrands et son collaborateur, le Père Christophe Dumont, O.P. Présents à Rhodes comme “journalistes” (l’Église catholique leur interdisait de participer à ces réunions œcuméniques de manière officielle), ils firent des avances… œcuméniques à des théologiens “orthodoxes”. Pris sur le fait, ils furent accusés de prosélytisme, et une réunion catholico-orthodoxe qui aurait dû se tenir à Venise fut supprimée par dépit. Nos héros attribuèrent le fait non à l’esprit anticatholique du Conseil Œcuménique des Églises, mais au fait qu’ils agissaient à titre personnel, sans appuis et couvertures dans l’Église. D’où, le désir de la création d’une Commission catholique qui consacrerait officiellement l’œcuménisme et les nommeraient plénipotentiaires catholiques dans les réunions panchrétiennes. ↑ retourner en haut
  25. S. Schmidt, op. cit., p. 347. ↑ retourner en haut
  26. Sur l’Institut J.A. Möhler, cf. Sodalitium, n° 38, p. 63. L’organisation œcuménique avait été créée en 1952 par Mgr Jaeger sur conseil de Bea. ↑ retourner en haut
  27. « “La question d’une Commission pour le mouvement œcuménique m’a été posée de différents côtés. La meilleure chose sera probablement de les affronter en liaison avec les commissions théologiques (!) conciliaires, mais celles-ci n’ont pas été encore formées. Je profiterai d’une prochaine occasion favorable pour en parler aussi au Saint-Père. Ne serait-il pas utile que précisément l’Institut Möhler, si compétent en la matière, en fît une demande formelle, la motivant explicitement par l’importance de la chose?”. Et il ajoute: “S’il n’en a pas fait le projet, je l’examinerai bien volontiers et, s’il le faut, je le compléterai… Ensuite, il pourra m’envoyer l’original de la demande. J’y ajouterai mon avis et la transmettrai à qui de droit”» (lettre de Bea à Stakemeier, 1er janvier 1960, in Schmidt, op. cit., p. 343). ↑ retourner en haut
  28. “Certainement que depuis longtemps vous attendez de ravoir votre instance concernant l’institution ici à Rome d’une Commissio Pontificia de re œcumenica (je l’appellerai ainsi). J’ai examiné à fond le projet… et j’ai proposé plusieurs changements, ajouts et suppressions. Entre-temps, j’en ai parlé aussi avec Mgr Höfer, qui s’y est intéressé autant que moi… Naturellement, la demande doit être adressée au Saint-Père lui-même, à qui je la ferai parvenir avec mon avis. Le Saint-Père sait que je m’occupe de la question œcuménique et il en est très satisfait” (lettre de Bea à Stakemeier, du 20 janvier 1960, in S CHMIDT , op. cit., p. 343). ↑ retourner en haut
  29. P. Hebblethwaite, op. cit., p. 417. ↑ retourner en haut
  30. Nous avons vu que Bea projetait de l’appeler “commission pro motione œcumenica” le 30 novembre 1959, et “Commission Pontificale pour l’œcuménisme” le 20 janvier 1960. Maintenant (28 février) l’intitulé devient “Commission Pontificale pour promouvoir l’unité des chrétiens”. Jean XXIII la transformera en un “Secrétariat”. ↑ retourner en haut
  31. “Par le baptême, l’homme… devient dans le Corps Mystique, à titre général de chrétien, membre du Christ Prêtre”. ↑ retourner en haut
  32. S. Schmidt, op. cit., p. 343. ↑ retourner en haut
  33. S. Schmidt, op. cit., p. 345 et note 41. ↑ retourner en haut
  34. S. Schmidt, op. cit., pp. 345-346, et note 43 à la page 346. Pour ce qui concerne le cardinal Tardini, il est cependant probable que son approbation du projet de Bea et de Jean XXIII fut plus extérieure qu’intérieure. “Le 16 mars”, c’est-à-dire seulement quatre jours après avoir été consulté à ce sujet, il déclara à la presse: “Quand quelqu’un comprend ne plus pouvoir être utile, il s’en va”. Une fatigue, celle de Tardini, qui n’était pas seulement physique, selon le commentaire de Giancarlo Zizola, in: Giovanni XXIII. La fede e la politica, Laterza, Rome-Bari 1988, p. 125. Tardini mourut le 30 juillet 1961. ↑ retourner en haut
  35. P. Hebblethwaite, op. cit., p. 414. C’est en tout cas l’avis d’Hebblethwaite. ↑ retourner en haut
  36. S. Schmidt, op. cit., pp. 346-347. ↑ retourner en haut
  37. S. Schmidt, op. cit., p. 348. Le Père Stranski, dans un article publié sur le numéro spécial de Sidic déjà cité, affirme la même chose: “En mai, Jean XXIII informa le cardinal qu’il serait préférable d’appeler le nouvel organisme secrétariat plutôt que commission. La décision n’était pas fondée sur l’importance respective des deux organisations. Mais puisque le secrétariat – pensait-il – allait se trouver dans un domaine complètement nouveau et inconnu, et par conséquent exposé à la critique, il était important qu’il soit maintenu indépendant des procédures traditionnelles de la Curie romaine. Celles-ci ne lui seraient probablement d’aucune aide, et pourraient être, au contraire, une entrave à ses activités. C’est précisément cette liberté d’action qui laissait au Secrétariat la porte ouverte pour s’occuper des rapports judéo-catholiques au Concile. Jean XXIII était persuadé que le savant bibliste était l’homme le plus compétent pour prendre en mains la question, et son Secrétariat le seul organisme préparatoire du Concile qui pouvait jouir d’une certaine liberté de manœuvre” (article Deux pionniers. Le Pape Jean XXIII et le cardinal Bea, le Secrétariat et les juifs, op. cit., p. 3). Le Père Stransky est certainement la personne adéquate pour s’occuper des rapports judéo-chrétiens, en tant que prêtre d’un côté, et que juif de l’autre (cf. Samuele Schaerf, I cognomi degli ebrei d’Italia, Ed. Israel, Florence 1925, p. 28). ↑ retourner en haut
  38. Je rappelle au lecteur que le Synode Romain fut annoncé par Jean XXIII au Concile Vatican II en même temps que la révision du Code de Droit Canonique. Il eut lieu avant le Concile et devait en être une répétition générale. Ses documents, en eux-mêmes valides pour le seul diocèse de Rome, considérés par Jean XXIII lui-même (allocution du 29 juin 1960) comme “un acte préfiguratif et une réalisation anticipée” du Concile, furent promulgués les 25, 26 et 27 janvier 1960. “Dans tous les ordres de la vie de l’Église (…) le Synode proposait une vigoureuse restauration” – écrit Romano Amerio – c’est pourquoi “ (…) il n’est personne qui ne voie qu’une telle réintégration massive de la discipline [ancienne] voulue par le Synode fut contredite et démentie par le Concile presque en chaque article. De la sorte, le Synode Romain, qui aurait dû être la préfiguration et la norme du Concile, dégringola en quelques années dans l’Erèbe de l’oubli: c’est vraiment tamquam non fuerit, comme s’il n’eût jamais existé. Pour donner un échantillon de cet anéantissement, je ferai remarquer qu’ayant cherché dans des Curies et des archives diocésaines les textes du Synode Romain, je ne les y ai point trouvés, et ai dû les emprunter à des bibliothèques publiques civiles”. (Pour l’exposition et le commentaire du Synode Romain voir, précisément, l’ouvrage de Romano Amerio, Iota Unum, Nouvelles Editions Latines, Paris 1987, § 31, pp. 53-55). D’après Amerio, le Synode est donc un exemple “de l’aboutissement paradoxal du Concile au regard de sa préparation”, c’est-à-dire du comment le Concile trahit et dénatura les attentes de ceux qui l’avaient préparé. Cette interprétation, certainement valable pour les attentes de la Curie romaine, est probablement à corriger pour celles de Jean XXIII qui, pour le moins, ne sont pas cohérentes. Et le même Synode Romain Ier est-il ensuite si univoquement restaurateur, si le cardinal Bea y trouve le fondement de sa théologie œcuménique? Parfois une seule goutte de venin détruit le meilleur plat… ↑ retourner en haut
  39. S. Schmidt, op. cit., pp. 347-348. Naturellement, Bea s’appuie tout à fait abusivement sur le Code de Droit Canonique et sur Pie XII. Celui-ci, dans l’encyclique Mystici Corporis dément l’interprétation que Bea donne de Mediator Dei. Quant au Code (de 1917) Bea ampute le canon 87 de sa dernière partie: “…Néanmoins la jouissance des droits est empêchée par toute cause qui rompt le lien de la communion ecclésiastique, ou par une censure de l’Église”! Aux hérétiques et aux excommuniés est enlevé tout droit: seuls restent les devoirs. Comme, par exemple, le déserteur est considéré expulsé de l’armée, mais cependant toujours punissable par les autorités militaires (l’hérétique n’est pas membre mais est cependant toujours sujet de l’Église). ↑ retourner en haut
  40. La “théologie du baptême” a eu une telle influence que non seulement elle est devenue doctrine conciliaire, mais elle a été soutenue même par certains des catholiques qui s’opposent à Vatican II. Moi-même j’ai entendu de mes propres oreilles un représentant bien connu “sédévacantiste”, aujourd’hui décédé, s’appuyer abusivement, comme le cardinal Bea, sur le canon 87 du Code de Droit Canonique pour soutenir que les “Orthodoxes” font eux aussi partie du Corps Mystique du Christ et, par conséquent, de l’Église. ↑ retourner en haut
  41. Cf.: St Cyprien, ep. 73 ad Iubaianum, DS. 575 (XVI Conc. de Tolède), DS 792 (Innocent III, abjuration imposée aux Vaudois), DS. 802 (Concile du Latran IV), DS. 870 (Boniface VIII), DS. 1191 (Concile de Constance), 1351 (Concile de Florence), DS. 2730 s. (Grégoire XVI), DS. 2865, 2867, 2917, 2998 (Pie IX), 3304 (Léon XIII), 3821 s. (Pie XII, Mystici Corporis), DS. 3866 s. (Saint-Office, à l’évêque de Boston). ↑ retourner en haut
  42. AAS, 35 (1943), 202 s.; Denz. 2286, Denz.-Sch. 3802. ↑ retourner en haut
  43. S. Schmidt, op. cit., p. 434 ↑ retourner en haut
  44. S. Schmidt, op. cit., p. 436. ↑ retourner en haut
  45. L.c.; Baumann «écrit lui avoir continuellement suggéré: “Ne vous adressez pas à nous comme à des païens, des juifs ou des musulmans, mais comme à des personnes baptisées au nom du Dieu Unique en trois Personnes, c’est-à-dire en tenant compte du baptême. (…) Le baptisé est une personne dans l’Église. Ce qui manque à nous non-catholiques doit être expliqué dans le cadre de la communion baptismale déjà existante, sous l’autorité de la Parole de Dieu”. ↑ retourner en haut
  46. Cf. P. Hebblewaite, op. cit., p. 421. ↑ retourner en haut
  47. Cit. par S. Schmidt, op. cit., pp. 435-436. Bea exprima publiquement cette pensée à partir de novembre 1960, à Ferrare, pour ensuite la développer et la répéter constamment durant les années suivantes. ↑ retourner en haut
  48. Les citations de Vatican II sont extraites des Documents Conciliaires, Concile Œcuménique Vatican II, vol. I, “L’Église, l’œcuménisme, les églises orientales”, Ed. du Centurion, Paris 1965, pp. 51-52 et 198-199. Pour une critique consciencieuse (y compris une censure théologique) de ces erreurs, cf. AA.VV., Lettre à quelques évêques…, Société Saint-Thomas-d’Aquin, Paris 1983, pp. 23-40 et 70/3-70/4 (III Addendum); voir aussi (bien que moins précis): R. Amerio, op. cit., pp. 453-454. ↑ retourner en haut
  49. S. Schmidt, op. cit., p. 349. ↑ retourner en haut
  50. Cf. Annuario Pontificio per l’anno 1961, Città del Vaticano, pp. 1105-1127. ↑ retourner en haut
  51. Elle comptait 90 membres (parmi lesquels 49 cardinaux, 5 patriarches, 32 évêques et 4 supérieurs religieux), et 26 Conseillers. Le Secrétaire Général était Mgr Pericle Felici. Parmi les membres notons les futurs adversaires, les cardinaux Ottaviani et Bea et, à titre de curiosité, Mgr Lefebvre et Mgr Ngô-Dinh-Thûc, qui par la suite s’opposèrent à Vatican II. ↑ retourner en haut
  52. P. Hebblethwaite, op. cit., p.409. ↑ retourner en haut
  53. Pour la vérité, Bugnini était déjà secrétaire de la Commission pour la réforme liturgique instituée par Pie XII le 28 mai 1948, et dirigera toutes les réformes sous Pie XII, Jean XXIII et Paul VI, de 1948 à 1975! Cf. Annibale Bugnini, La riforma liturgica (1948-1975), CLV, Ed. Liturgiche, Rome 1983. Pour un jugement sur les réformes liturgiques précédant Vatican II, sous Pie XII et Jean XXIII, cf. Sodalitium, n° 20, pp. 34-53. ↑ retourner en haut
  54. S. Schmidt, op. cit., p. 351. D’après l’Annuario Pontificio de 1961 (pp. 1226-1227) le Secrétariat comptait, sous la présidence de Bea, 11 membres (6 évêques: Jaeger, Martin, Heenan, Charrière, De Smedt et Nierman, et 5 prêtres: Höfer, Maccarrone, Boyer, Corr et Cunningham) et 15 consulteurs (Volk, Davis, Vodopivec, Bellini, Feiner, Stakemeier, Thijssen, P. Dumont de Chevetogne, C. Dumont, Hamer – futur cardinal -, Baum, Bévenot, Weigel, Tavard et Hanahoe). Comme aides au secrétaire du Secrétariat le futur cardinal Willebrands, le “professeur de protestantisme de Jean XXIII”, Arrighi, et le Père Stranski, comme le Père Baum d’origine juive. ↑ retourner en haut
  55. Wilton Wynn, Custodi del Regno, Frassinelli, Milan 1989, pp. 83-84. ↑ retourner en haut
  56. Ralph M. Wiltgen S. V. D., Le Rhin se jette dans le Tibre. Le Concile inconnu, Editions du Cèdre, Paris 1976, p. 22. L’édition originale est de 1967 (Hawthorn Book Inc., New York) avec imprimatur de l’archevêque local. ↑ retourner en haut
  57. R. Amerio, op. cit., pp. 49-53. ↑ retourner en haut
  58. Mgr Marcel Lefebvre, Un Evêque parle, Dominique Martin Morin, éd., Jarzé 1974, p. 101. ↑ retourner en haut
  59. La doctrine catholique à ce sujet a été admirablement reproposée par le Cardinal Alfons Stickler dans l’article: El celibato eclésiastico, su historia y sus fundamentos teològicos publié dans la revue Scripta Theologica de la Faculté de Théologie de l’Université de Navarre (janvier-avril 1994, vol. XXVI/1, pp. 13-78). Mais comment concilier la tradition apostolique défendue par l’auteur avec l’autorisation donnée actuellement d’ordonner diacres des personnes mariées même si elles ne se séparent pas de leurs épouses? ↑ retourner en haut
  60. Suivant le schéma de Bea, les religions non-catholiques doivent jouir, en tout cas, de la liberté. Suivant celui d’Ottaviani (et selon la doctrine catholique) elles n’ont pas droit à la liberté, mais peuvent, dans certaines circonstances, être tolérées par l’Etat quand on ne peut faire autrement. ↑ retourner en haut
  61. Mgr Marcel Lefebvre, Il colpo da maestro di Satana, Il Falco, Milan 1978, pp. 12-15. On ne trouve pas ce récit dans l’édition française; le même épisode a été relaté par Mgr Lefebvre dans “Un Evêque parle”, pp. 101-102. ↑ retourner en haut
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