Comment meurt un homme de Dieu

(extrait de Sodalitium n°18)

par M. l’abbé Giuseppe Murro

Nous ne pourrons jamais assez remercier le Seigneur pour les grâces dont Il nous comble ; mais la faveur que la divine Providence m’a octroyée, de pouvoir assister spirituellement Mgr Guérard des Lauriers pendant les 45 jours de son hospitalisation, est telle que l’on ressent plus clairement sa propre indignité devant un tel bienfait.

Mgr Guérard est entré à l’hôpital de Cosne sur Loire le 10 janvier 1988 ; il y mourra le 27 février.

La maladie

Mgr Guérard souffrait d’une grave insuffisance hépatique qui l’obligeait à observer une diète particulière.

En octobre 1987 il eut une nouvelle aggravation, accompagnée de douloureuses insomnies, avec des crises fréquentes qui le laissaient sans force.

L’alimentation devenait de plus en plus difficile car il n’arrivait plus à assimiler, en sorte que le 10 janvier il se vit contraint d’entrer à l’hôpital.

Alimenté uniquement par perfusions, il était dans un état d’extrême faiblesse ; souvent il passait les nuits dans des crises terribles, sujet à des secousses musculaires qui agitaient tout son corps.
En général, tôt, le matin, il parvenait à se reposer.
Pendant le jour, la douleur au foie continuait à se faire sentir, quelquefois de manière aigüe, à moins qu’il ne fût étendu sur le côté : mais le fait de rester dans la même position lui occasionnait des escarres l’obligeant à changer de côté, et c’était le retour conséquent de la douleur hépatique.

Les résultats des analyses révélaient la présence d’une tumeur au colon sigmoïde, avec métastases au foie et probablement à un rein : étant donné l’état avancé de la maladie, en particulier le foie étant complètement pris, au point de ne pouvoir assurer aucune fonction, il n’était plus possible désormais d’envisager un quelconque traitement.

Comme il n’avalait plus rien, les sécrétions lui provoquaient une continuelle salivation qui l’empêchait de parler distinctement. De plus, arrivé à l’hôpital tard dans la soirée du 10 janvier, il fut mis dans une chambre encore froide, ce qui lui causa une bronchite.

« Quand je souffre moins – disait Monseigneur durant les premiers jours d’hôpital – je crois que je vais pouvoir écrire un peu, mais dès que j’esquisse les gestes pour le faire, je suis cloué ». Et pourtant, Monseigneur n’a pas hésité à écrire lettres et documents, lorsqu’il l’estimait nécessaire.

Vers la fin de janvier et le début de février il avait repris assez de forces pour pouvoir se lever un peu, faire quelques pas dans la chambre et rester assis plusieurs heures durant le jour.
Mais ensuite, la maladie a repris le dessus, la faiblesse a augmenté, le corps a commencé à sentir la fatigue d’une aussi longue épreuve qui se serait dénouée avant, si la forte constitution de Monseigneur n’avait opposé au mal une résistance durable.

Ce n’est pas tous les jours que l’on peut voir un Religieux se préparer, parmi les souffrances de la maladie, à bien mourir ; c’est encore plus rare de voir un théologien qui a su apporter une réponse aux problèmes les plus difficiles, continuer la recherche spéculative dans les moments qui précèdent sa mort ; mais c’est rarissime de voir – et je dirais de contempler – un homme de Dieu qui se prépare à quitter cette terre pour rencontrer son Créateur.

Le Religieux

Mgr Guérard a donné l’exemple d’un Religieux.

Dans son lit d’hôpital il avait toujours son rosaire en main ; souvent il invitait ses visiteurs à réciter quelque prière avec lui ; il se recommandait à tous pour que l’on prie pour lui afin de rester fidèle à l’accomplissement de la volonté de Dieu.

Dès les premiers jours de son hospitalisation il n’a pas hésité à demander pardon pour ses manquements :

Je vous demande pardon de mes impatiences, du manque d’édification que j’ai pu être pour vous ; j’aurais pu faire plus pour vous, mais maintenant au moins, je fais tout ce que je peux.

Le 12 janvier il voulut faire une confession générale.

Il pensait au bien des âmes : plus d’une fois il déclara qu’il offrait tout pour l’Église, pour notre Institut, pour les fidèles : 

Autant que je puisse assigner une intention : c’est pour vous, c’est pour votre œuvre, pour le séminaire d’Orio, pour que vous deveniez des missionnaires de Marie, selon le dessein qu’a exprimé si bien St Louis M. Grignon de Montfort.

 

Il agissait pour le bien des âmes : quelle que soit la question dont on l’entretenait, il ne manquait jamais de dire ne serait-ce qu’une parole, une phrase nécessaire pour le bien spirituel de l’interlocuteur.
On peut affirmer que la souffrance lui donnait une lumière spéciale lui faisant comprendre l’état de l’âme des personnes qui l’approchaient.
Des docteurs aux infirmiers, avec tous il cherchait à faire son devoir de religieux, visant le salut de leurs âmes.

A toutes ses connaissances lorsqu’elles venaient le visiter, il ne parlait pas longtemps, mais ce qu’il disait, venait réellement de l’abondance du coeur ; rien de conventionnel, mais des paroles destinées à se graver dans l’esprit de qui les écoutait.

A tous, il recommandait de rester fidèles « usque ad mortem », jusqu’à la mort, malgré les épreuves et les persécutions qui pourraient arriver.

Le Théologien

Mgr Guérard a enseigné durant toute sa vie ; sur son lit d’hôpital il nous a peut-être donné le meilleur de son enseignement, celui qui touche directement le salut des âmes.

La prière que je fais presque constamment : « O mon Sauveur chéri, que mon corps pour mourir partage ton Agonie dans l’infini désir ». Je retrouve toujours une nouvelle profondeur pour chacune de ces paroles, participer à l’agonie de Jésus est une chose tellement immense, sans mesure, qu’on n’a jamais fini de l’approfondir. Alors, ça, je suis en train de le vivre pour ainsi dire.

On sait qu’il a gardé sa lucidité presque jusqu’à la fin au grand étonnement des médecins et des infirmiers ; et nonobstant la faiblesse et la fatigue, il a continué à scruter la vérité pour diverses questions.
Soit des arguments d’ordre doctrinal, répondant aux visiteurs, aux prêtres, pour éclairer, expliquer, approfondir certains aspects de la Thèse de Cassiciacum.
Soit des arguments d’ordre pastoral : je le vois encore assis sur le fauteuil de sa chambre d’hôpital, montrer à l’Abbé Ricossa, et à moi, la situation des personnes qui manquent de ferveur, perdent le désir d’embrasser la vérité tout entière, se laissent aller et finalement s’arrêtent sur des positions moins exigeantes, plus commodes. Combien de personnes, de prêtres même, cherchent le nombre mais pas la vérité : pour conserver une plus grande quantité de « fidèles », ils doivent taire certaines choses, et trahissent l’intégrité de la vérité. Il ne faut pas s’étonner, ajoutait-il, qu’il en soit toujours ainsi, mais ceux qui mêlent la vérité à l’erreur ne sont pas destinés à durer : de même que dans la nature les hybrides ne se reproduisent pas, de même ces personnes ne pourront continuer longtemps de la sorte : ils se rangeront ou d’un côté ou de l’autre.

Accepter une compromission, même dans un but qui serait bon, est une erreur à la racine : ça n’est pas ce qu’a fait Jésus, surtout pour mourir. Donc il ne faut absolument pas faire cela. Tant pis, vous resterez un petit groupe ».

Monseigneur n’a pas manqué de nous donner des conseils, avec beaucoup de délicatesse, pour notre ministère, nous suggérant de ne pas être seulement missionnaires, mais aussi pasteurs des âmes que le Seigneur nous confie :

L’intuition de St. Louis M. Grignon de Montfort il faut la réaliser. C’est ce que vous faites déjà, d’ailleurs, mais allez plus loin dans la communication de la vérité. Je vous demande pardon : au lieu de devenir plus missionnaires que pasteurs, que votre fonction de missionnaires prolonge celle de pasteurs.
Ce qui est difficile, très difficile, mais je crois que le bon Dieu vous donne la lumière, la force et l’amour pour accomplir cette tâche : une fois que quelques-uns auront compris, et qu’ils seront avec vous, beaucoup viendront.

 

L’homme de Dieu

Lorsque Mgr Guérard fut hospitalisé il ne pouvait plus avaler même une goutte d’eau. Et pourtant, tous les jours, il put recevoir comme unique nourriture la Sainte Communion. Il vivait par et pour l’Eucharistie, son unique joie, qu’il rayonnait et transmettait aux autres.
Après la Communion il prolongeait son action de grâces, durant laquelle on voyait pour ainsi dire sensiblement son âme s’emplir du surnaturel et il lui arrivait parfois de faire ensuite partager aux présents ce qu’il avait découvert et médité. Il n’oubliait jamais de remercier celui qui lui apportait la Sainte Communion :

C’est le viatique qui donne la mesure de toute chose, le désir, l’infini désir, la participation à l’agonie et la pénétration de la mesure infinie de l’agonie de Jésus. C’est la Communion qui assigne la mesure de Croix que je dois porter pour ce jour-ci.

 

Monseigneur n’a pas refusé la Croix que le Seigneur lui envoyait : il l’a accepté avec un abandon total en union avec les souffrances de Notre-Seigneur durant Sa Passion :

C’est le degré qui compte. Le degré dans l’agonie, le degré dans l’abandon, le degré dans le désir. J’ai désiré la Croix. C’est bien ça la loi de l’Amour. Quant on y est, c’est moins facile qu’on pouvait croire. Mais la grâce du bon Dieu est là. Nous avons des généreux désirs, quand il faut les accomplir, c’est plus difficile.

 

Il n’a pas caché la lutte intérieure qu’il soutenait alors : à tous il demandait leurs prières « pour que je sois fidèle, pour que je reste dans l’abandon ». Il se plaignait rarement, mais son visage laissait entrevoir l’effort dans l’épreuve.

Quelqu’un pensera peut-être qu’au milieu de tant de souffrances physiques la présence du Seigneur le consolait, comme une compensation aux douleurs du corps. Mgr Guérard a bu jusqu’au fond au calice amer de la Passion, étant à l’imitation de Notre Sauveur, dans la désolation spirituelle, privé des grâces sensibles que le Seigneur accorde pour nous aider à supporter les peines quotidiennes. Jésus semblait abandonner son âme et se taisait :

C’est un grand silence. C’est la Foi, la pure foi, en sorte que je reste ouvert à l’une comme à l’autre : à une guérison miraculeuse, ou bien à la mort.

 

Mais parmi tant de tribulations, Monseigneur n’a jamais cédé à des mouvements de relâchement, ni de désespoir :

Je répète souvent :  « Non recuso laborem, je ne refuse pas le travail », si le bon Dieu me laisse sur terre. Je crois pouvoir dire : je suis vraiment dans l’indifférence complète. Qu’Il use de moi comme Il veut. Tout ce qu’Il veut.

 

Toutes ces actions ont été surnaturelles. Même dans les moments de plus grande souffrance, il tournait son regard vers les images, réunies comme dans un tryptique, des Saints protecteurs de son Ordre : S. Dominique, S. Thomas d’Aquin, Ste Catherine.

Lorsqu’il recevait la Sainte Communion, il était un exemple de dévotion et de piété, par son recueillement intérieur et la foi qui transparaissaient dans tous ses gestes. Que son âme fût pure et reçût des lumières particulières, cela se voyait sans ses yeux : limpides, d’une extraordinaire clarté, ils semblaient immergés sans la vision des choses célestes, dans la possession et dans la contemplation de la Vérité : tellement que tout son visage semblait irradié de cette lumière et la transmettait à quiconque pouvait la voir.

Beaucoup venaient lui rendre visite, souvent pour trouver une consolation auprès de lui : Monseigneur écoutait, parfois donnait de brèves réponses, mais plus souvent se taisait ; alors, en reconnaissance de la visite, c’est son lumineux sourire qu’il donnait et qui remplissait l’âme de celui qui le recevait.

Lorsqu’il parlait de quelque chose, il allait jusqu’au fond du sujet mais comme ce généreux effort lui causait une grande fatigue, les personnes qui le connaissaient bien renonçaient à lui poser des questions pour ne pas alourdir ses épreuves ; et les visites se faisaient alors dans un silence, non pas vide mais plus expressif que bien des paroles.

La Fin

Durant la seconde quinzaine de février l’état du malade avait continué de s’aggraver : ses nuits n’étaient qu’angoisse et convulsions et ses journées épuisement, fatigue et faiblesse.

Après une nuit où il s’était senti particulièrement mal, il voulu faire une seconde fois sa confession générale : il se rendait compte, sans le dire, qu’il ne se relèverait plus. Son visage était décharné et sa tête qu’habituellement il tenait inclinée pour diminuer la douleur ne pouvait plus se soulever sans qu’on lui vienne en aide.

Le mardi 23 février il reçut la Sainte Communion en viatique, ce qui le consola beaucoup. Les deux jours suivants il réussit à prendre seulement un fragment d’Hostie.

Depuis de nombreux mois Monseigneur souffrait d’une sorte d’amertume intérieure dont il avait demandé au Seigneur d’être délivré.
Il fut exaucé le jeudi 25 février, et ce fut une matinée de si grande consolation qu’il en parla à ceux qui l’entouraient :

La Sainte Vierge a ôté l’amertume et aussi l’angoisse. Alors j’ai demandé la permission à la Sainte Vierge de continuer la joie de la crucifixion ou bien de poursuivre dans cette joie. Alors c’est pour moi un signe de sa sollicitude maternelle. C’est une grande grâce de sérénité. Je souffre beaucoup et c’est dans la paix de la volonté du Bon Dieu qui doit s’accomplir entièrement en moi. Je n’ai qu’à poursuivre dans la voie que le bon Dieu m’a ainsi tracée, qui, certes, est très douloureuse mais qui répond à toutes les conditions que j’ai pressenties devoir se réaliser.
Donc je vous invite à rendre grâces, à poursuivre pour l’action de grâces et la confiance et l’abandon. Voilà l’essentiel de ce que je voulais vous dire ce matin car c’est un grand événement dans ma vie et qu’il vous rassure dans la grande conviction de la vérité.
Misericordiamo Domini in aeternum cantabo. Je vous demande alors de ne pas être dans la tristesse mais dans l’action de grâces et la joie.
 
Persévérez avec ardeur, enthousiasme. Je ne pouvais pas avoir un signe plus grand, étant donné la situation. Je voudrais que cette nouvelle vous soit consolation et encouragement à persévérer dans la même joie, dans la même certitude, dans la même Foi.
Je souffre encore beaucoup mais c’est le programme : que Dieu nous conserve dans cette grâce, car elle est fragile. Dieu peut la retirer si nous nous prévalions de la faveur reçue, mais j’espère que l’humilité nous préservera de ce danger et de cette erreur.

 

Quelques moments après, Monseigneur demanda si l’on était le samedi : apprenant que c’était jeudi il s’attrista de devoir attendre encore deux jours.
Avait-il pressenti qu’il quitterait la terre le jour consacré à la Sainte Vierge ? Ce fut l’impression des personnes présentes.

Il attendait une visite dans l’après-midi : il demanda qu’on fasse venir la personne au plus tôt, avant l’heure prévue ; ce ne fut pas possible.
Au début de l’après-midi, Monseigneur, en raison de sa très grande faiblesse, n’eut plus la force de parler ; malgré ses efforts il n’arriva pas à adresser la parole à son visiteur.

Le vendredi 26 février, pour la première fois, il lui fut impossible de communier : il ne pouvait plus ouvrir la bouche et malgré l’aide des assistants les mâchoires restaient contractées. Il pleura en réalisant qu’il devait faire même le sacrifice de ce qu’il avait de plus cher au monde ici-bas, Jésus-Hostie. Alors il ferma les yeux, et entra dans une solitude où personne ne pouvait accéder.

Lorsqu’on l’appelait, il ouvrait avec peine les yeux, mais il n’y avait plus aucune réaction dans ses membres. La respiration était difficile à cause d’une autre bronchite, le catarrhe risquait de le suffoquer et les infirmiers lui faisaient des sondes nasales très pénibles.

En le voyant, l’on ne pouvait s’empêcher d’évoquer l’Homme des douleurs, Notre-Seigneur souffrant durant Sa Passion : du sommet du corps jusqu’à la plante des pieds tout était dans la souffrance : dans le nez la sonde, au cou la perfusion, les artères des bras piquées par les perfusions précédentes, l’appareil digestif, l’épicentre de ses douleurs, les poumons encombrés par le catarrhe, les hanches et les jambes ayant des escarres, une sonde urinaire, les pieds enflammés.

Les personnes présentes, après avoir récité les prières pour les agonisants, restèrent à son chevet pour prier.

Le 27 février 1988, à 3 heures environ du matin, tout-à-coup la respiration redevint tranquille, comme si le catarrhe avait disparu, et tandis que les assistants récitaient les prières pour le trépas, son âme s’en allait vers le Seigneur : il était 3 heures 10.

Le corps ayant cessé de souffrir, tous les membres semblèrent trouver un peu de repos et le visage sembla prendre une expression plus tranquille.
Monseigneur avait terminé sa passion.

L’on n’a pas trouvé un semblable à lui, qui gardât la loi du Seigneur

Monseigneur eut toujours une tendre dévotion à la Sainte Vierge. Maintenant qu’il n’est plus là, maintenant que nous éprouvons la douleur de sa mort, maintenant que nous ressentons son absence, maintenant que nous nous sentons poussés aux larmes de douleur comme des orphelins qui viennent de perdre leur père, même pour ces moments Monseigneur a pensé à nous : il nous a laissé encore le réconfort de ses paroles, il nous a laissé sa dévotion à la Sainte Vierge, à l’« Inviolata ».

Il y a deux noms : « Immaculée Conception » et « Fulgida Coeli Porta » : mais c’est la même réalité sublime, quasi divine, de notre Mère que nous adorons comme effet de la Sagesse du Bon Dieu. S’il y a pour vous des heures douloureuses, à cause de tout ce qui va se passer, que ce soit votre cantique intérieur : « Inviolata », puis « Fulgida Coeli Porta ». Que ce refrain du ciel vous délivre des tristesses de la terre. Que ce chant chante dans votre coeur et vous enchante.
Il faut quelque chose pour cela, un peu de volonté pour s’arracher à toutes les contingences avec lesquelles on ne peut pas ne pas être confronté.
Mais de toute façon je prierai pour que vous en ayez la grâce et pour que ce chant berce toute votre vie, où qu’elle se déroule. J’espère qu’avec beaucoup de volonté, de ferveur, cette joie céleste – qui fait qu’on vit un peu dans le Ciel, déjà sur terre – vous soutiendra. Que ce soit votre viatique, que vous porterez dans votre coeur.
 
La sérénité réconfortera d’autres âmes qui végètent pour ainsi dire, parce qu’elles ignorent ces splendeurs que le bon Dieu met miséricordieusement à notre disposition. Voilà, mes chers enfants, je vous veillerai du haut du ciel comme si j’étais encore sur terre : que le bon Dieu fasse sa Sainte Volonté.
 
Le plus grand cadeau qu’il nous fait c’est notre Mère. Elle est votre Mère, votre Maman à chacun et elle saura trouver dans son Intelligence, dans son Cœur, dans sa Tendresse, les accents qui consoleront vos âmes, qui sècheront votre douleur, qui transformeront même les pleurs en pierres précieuses pour le Ciel. Et il n’y a rien de plus beau sur terre que les larmes que l’on répand par amour. Bienheureux ceux qui pleurent parce qu’ils seront consolés et bienheureux ceux qui pleurent parce qu’ils consolent Jésus et ils consolent sa Mère. C’est comme des perles brillantes sur la terre où il y a tant de pourriture, de péché, ou de choses qui amènent le dégoût de Dieu.
 
Mais quand le bon Dieu voit des âmes qui pleurent dans l’Amour, qui acceptent dans les larmes, avec un grand amour, le don que le bon Dieu leur fait – de leur donner une Maman qui les veille – le bon Dieu est consolé et son regard courroucé qui tomberait sur terre à cause du péché se trouve apaisé : Il ne peut pas négliger, ne pas tenir compte de ces larmes intérieures. Alors ne craignez pas si le don vous en est fait, de pleurer, de pleurer ces larmes d’amour en pensant à la tendresse de votre Maman du Ciel, l’Immaculée et la Porte éclatante du Ciel.
 
Or ces vérités il faut les vivre, jusqu’au moment où tout près de la mort, on touche l’achèvement de Marie elle-même. Je vous confie à elle. Et je continuerai à le faire du haut du Ciel en espérant que le bon Dieu me privera de l’éternelle misère à cause de Marie, ma Maman. Au-dessus des vicissitudes de la terre que nous avons à vivre, que ce chant l’emporte sur tout et qu’ainsi vos larmes légitimes soient apaisées, transfigurées, qu’elles deviennent des pierres étincelantes qui ornent la Fulgida Coeli Porta ».


Toutes les citations sont des paroles de Mgr Guérard enregistrées durant son séjour à l’hôpital.

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