La “canonisation” de Mgr Escrivà de Balaguer

Bref commentaire de Sodalitium

Le 6 octobre 2002, Place Saint-Pierre, Jean-Paul II canonisait Mgr Josemaria Escrivà de Balaguer.

Sodalitium a déjà exposé la doctrine catholique sur l’infaillibilité du Pape dans la canonisation des Saints (n° 53, pp. 29-30 n° 40, pp. 45-46 ; vous pouvez lire cet article sur notre site), infaillibilité bien exprimée dans la formule même de canonisation prononcée par Jean-Paul II, formule qui implique une véritable définition : « … nous déclarons et définissons Saint le Bienheureux Josemaria Escrivà de Balaguer et l’inscrivons au Catalogue des Saints et établissons que dans toute l’Eglise, il soit dévotement honoré parmi les Saints » (O. R., 7-8 octobre 2002, p. 5).

Si Jean-Paul II jouissait de l’autorité pontificale divinement assistée, Josemaria Escrivà de Balaguer devrait être considéré comme Saint par tous les catholiques du monde, et en tant que tel être imité dans la vie et vénéré sur les autels.

La position de l’Institut Mater Boni Consilii et de sa revue Sodalitium est bien connue des lecteurs. D’une part, nous pensons qu’il est démontré que Jean-Paul II n’est pas formellement Pape : donc Josemaria Escrivà de Balaguer n’a pas été réellement canonisé. D’autre part, notre jugement sur l’orthodoxie d’Escrivà de Balaguer et de l’Opus Dei, fondée par lui, est négatif. En ce qui concerne ce jugement, nous renvoyons le lecteur à ce qui a déjà été publié dans Sodalitium aux nn° 40 (A propos de l’Opus Dei) et 42 (Encore sur l’Opus Dei), de 1996. Nous n’avons aucun motif pour rétracter ce qui y était affirmé (1).

Les partisans des positions de Mgr Lefebvre sont d’accord avec nous pour nier la sainteté de Mgr Josemaria Escrivà de Balaguer, mais il y a dissension entre eux et nous en ce qui concerne l’infaillibilité du Pape dans les canonisation des Saints.

Le supérieur du district italien de la Fraternité Saint Pie X, Michel Simoulin, écrit, par exemple, dans Roma Felix (n° 11, nov. 2002, p. 3) : « Le fait de cette canonisation de Mgr Balaguer n’est pas non plus un article de foi, pas plus que ne l’est le fait de l’infaillibiblité du Pape dans les canonisations. C’est ce que dit le Pape Benoît XIV : ‘Les deux opinions doivent être laissées dans leur probabilité jusqu’à ce que le Siège Apostolique prononce un jugement’. Même si la majorité des théologiens pensent [sic] que le Pape est infaillible en [sic] la matière, il ne sera donc pas téméraire d’avoir un avis différent si les arguments sont au moins aussi forts que ceux de la majorité, et si cela ne provoque pas le scandale des fidèles » .

Selon l’abbé Simoulin il est licite de penser que le Pape n’est pas infaillible dans les canonisations, et tel serait l’avis de Benoît XIV. Par contre l’Encyclopédie catholique écrit :

Benoît XIV enseigne qu’il est certainement hérétique et téméraire d’enseigner le contraire [de l’infaillibilité du Pape dans les canonisations] » (rubrique Canonisations).

Où est la vérité ? Comme nous le rappelions dans le numéro précédent, pour Benoît XIV, le fait que le Pape soit infaillible dans la canonisation des Saints est une vérité de foi divine, comme l’est le fait que tel canonisé soit réellement un Saint. Mais il admet comme licite l’opinion de ceux qui pensent au contraire qu’il s’agit d’une vérité de foi ecclésiastique (c’est-à-dire à croire non à cause de l’autorité divine mais à cause de l’autorité de l’Eglise infaillible) ; dans ce dernier cas, celui qui nierait les vérités susdites serait seulement… suspect d’hérésie et défenseur d’une proposition erronée méritant les plus graves censures. Par contre aucun théologien catholique ne soutient que l’on puisse impunément enseigner que le Pape peut errer en matière de canonisation des Saints. Nous en concluons donc que, selon la doctrine de Benoît XIV invoquée par lui (De servorum Dei beatificatione et beatorum canonisatione, chap. XLV, n. 29) (2) l’abbé Simoulin, en admettant qu’il n’enseigne pas l’hérésie, enseigne pour le moins l’erreur, et pas du tout une opinion licite bien que discutable comme il veut le faire croire à ses lecteurs.

C’est différemment que raisonnent les dominicains lefebvristes (3) du couvent d’Avrillé dans le n° 42 (automne 2002) de leur revue Le sel de la terre, dans laquelle est publiée ce qu’avait déclaré Mgr Lefebvre le 18 septmbre 1989 à propos de l’infaillibilité (mieux : de la non-infaillibilité) des canonisations opérées par Jean-Paul II. Selon Mgr Lefebvre (approuvé par ses disciples), Jean-Paul II, n’ayant pas l’intention d’user de ce pouvoir auquel lui-même ne croit pas, ne serait pas infaillible.

Nous ne pensons pas qu’il soit possible de démontrer ce qu’affirmait Mgr Lefebvre (4). Mais en admettant que ce soit possible, il faudrait en conclure qu’en tout cas Jean-Paul II ne peut être le Pontife légitime. En effet, ou Jean-Paul II a voulu vraiment canoniser Escrivà, usant de son infaillibilité (et alors il ne peut être Pape, si Escrivà n’est pas un Saint), ou bien Jean-Paul II a refusé consciemment d’utiliser le charisme de l’infaillibilité qui intervient dans les canonisations des Saints, mais alors il refuserait une vérité définie (se reconnaissant lui-même formellement hérétique) ou pour le moins démontrerait ne pas vouloir procurer le bien/fin de l’Eglise, ce qui est incompatible avec le fait d’être Pontife légitime.

La position de Mgr Lefebvre et de Mgr de Castro Mayer, consistant par ailleurs à nier la moindre valeur à tous les actes accomplis par Jean-Paul II, équivaut, au moins de fait et dans la pratique, à soutenir cette vacance (au moins formelle) du Siège Apostolique en théorie opiniâtrement niée (5).

Sodalitium


Notes
  1. Et même, on pourrait de temps à autre alléguer de nouvelles accusations contre l’Opus Dei et son fondateur, ou pour le moins entreprendre de nouvelles recherches, comme par exemple évaluer le rôle que joua dans la fondation de l’œuvre le religieux syncrétiste, point de référence des ésotéristes chrétiens, Raimundo Pannikar (cf. Il Foglio, oct. 2002, p. 4). ↑ retourner en haut
  2. Nous reportons ici le texte de Benoît XIV (Prospero Lambertini) :

    Itaque, ut tantæ quæstioni finem denique imponamus; si non hæreticum, temerarium tamen, scandalum toti Ecclesiæ afferentem, in Sanctos injuriosum, faventem Hæreticis negantibus auctoritatem Ecclesiæ in canonizatione Sanctorum, sapientem hæresim, utpote viam sternentem infidelibus ad irridendum Fideles, assertorem erroneæ propositionis, et gravissimis pœnis obnoxium dicemus eum, qui auderet asserere Pontificem in hac, aut illa Canonizatione errasse, hunque, aut illum Sanctum ab eo canonizatum non esse cultu duliæ colendum: quemadmodum assentiuntur etiam illi, qui docent, de fide non esse Papam esse infallibilem in Canonizatione Sanctorum, nec de fide esse, hunc aut illum Canonizatum esse Sanctum.

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  3. Nous l’écrivons sans y mettre d’intention péjorative, comme on parle de salésiens, de dominicains, de thomistes, de scotistes, etc… ↑ retourner en haut
  4. Les lefebvristes eux-mêmes se contredisent lorsqu’ils attribuent une valeur infaillible à certaines déclarations de Jean-Paul II (comme, par exemple, celles contre le sacerdoce féminin). ↑ retourner en haut
  5. Niée du moins par Mgr Lefebvre. Dans le dernier numéro de Sodalitium, nous écrivions que Mgr de Castro Mayer n’était pas sédévacantiste. Nous devons corriger cette affirmation sur la base de ce qui a été déclaré à Ecône par l’évêque brésilien peu avant les consécrations épiscopales du 30 juin 1988. Le prélat brésilien, accueilli à Ecône le 25 juin, déclara entre autres : « Le monde peut dire: cette consécration est faite sans le Chef visible de l’Eglise. Mais où est le Chef visible de l’Eglise ? Pouvons-nous accepter comme Chef visible de l’Eglise un Evêque qui met sur le même plan les divinités païennes et la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ ? [Mgr de Castro Mayer fait allusion à la rencontre interreligieuse d’Assise] Ce n’est pas possible. (Trancription à partir de l’enregistrement d’une homélie de Mgr De Castro Mayer prononcée en portugais et traduite, en présence de l’évêque, par son secrétaire le Père Fernando Arias Rifan, actuellement évêque consacré avec mandat de Jean-Paul II) ».
    Le 25 juin 1988 au moins, Mgr Antonio de Castro Mayer NE reconnut donc PAS l’autorité de Jean-Paul II. ↑ retourner en haut
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